Selon Euronews FR, la FIFA, dirigée par Gianni Infantino, a dévoilé mardi un projet controversé visant à créer une société commerciale chargée de gérer les compétitions mondiales, dont la Coupe du monde, avec l’appui d’investisseurs privés. Ce plan, baptisé FIFA Forward Enterprise (FFE), prévoit une levée de fonds de 4,2 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros) dès cette année, sur la base d’une valorisation initiale de 20 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros). L’objectif affiché est de financer des programmes de développement pour les 211 fédérations membres, tout en ouvrant leur capital à des investisseurs minoritaires sans droit de contrôle.

Ce qu'il faut retenir

  • Une société commerciale, FIFA Forward Enterprise (FFE), serait créée pour gérer la Coupe du monde et d’autres compétitions sous l’égide de la FIFA.
  • FFE prévoit une levée de fonds de 4,2 milliards de dollars en 2026, avec une valorisation initiale de 20 milliards de dollars.
  • Parmi les investisseurs pressentis figurent Thrive Eternal, fonds lié à la famille Kushner, proche de Donald Trump.
  • L’UEFA a vivement réagi, dénonçant une « ligne rouge franchie » et une absence de transparence sur les bénéficiaires financiers.
  • Chaque fédération pourrait recevoir jusqu’à 24 millions de dollars d’ici 2038, contre 8 millions actuellement pour le cycle 2027-2030.
  • Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large d’Infantino, déjà tenté en 2018 avec SoftBank, et coïncide avec l’influence croissante des pétromonarchies du Golfe dans le football.

Un projet qui divise la communauté footballistique

Le projet FFE, révélé par le Times et confirmé par la FIFA, suscite une opposition frontale de l’UEFA, qui y voit une menace pour l’intégrité du football. Dans un communiqué au ton sans équivoque, l’instance européenne dénonce une « ligne que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais franchir ». Elle met en garde contre la commercialisation de « l’âme et la gouvernance du football », soulignant l’absence totale de transparence sur les bénéficiaires financiers de cette opération.

L’UEFA rappelle que la FIFA reste une association à but non lucratif basée en Suisse, dont les 211 fédérations membres doivent approuver tout changement structurel. Pourtant, le projet d’Infantino promet des retombées financières immédiates pour ces dernières : leur contribution au capital de FFE pourrait leur permettre de percevoir jusqu’à 20 millions de dollars dès le cycle 2027-2030, contre 8 millions actuellement, puis 22 et 24 millions pour les cycles suivants jusqu’en 2038.

Des investisseurs liés à l’entourage de Donald Trump

Parmi les investisseurs pressentis pour entrer au capital de FFE figure Thrive Eternal, un fonds créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. Cette proximité politique alimente les spéculations sur les motivations réelles du projet, d’autant que la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, a renforcé les liens entre Infantino et Trump. Les deux hommes ont multiplié les échanges publics, suscitant des inquiétudes au sein de la communauté footballistique.

La FIFA, pour sa part, assure que les investisseurs sélectionnés seront des partenaires de long terme, acquérant des participations minoritaires sans pouvoir de contrôle. Elle évoque une « démocratisation du football à l’échelle mondiale » et insiste sur le lancement d’un « processus de consultation » auprès de ses membres. La banque JP Morgan, basée à New York, accompagne la FIFA dans ce projet.

Une stratégie déjà tentée… et rejetée

Cette initiative n’est pas la première du genre pour Infantino. En 2018, il avait proposé un accord de 25 milliards de dollars sur douze ans avec le fonds japonais SoftBank, visant à créer de nouvelles compétitions, dont une Coupe du monde des clubs élargie. Ce projet, soutenu par des capitaux saoudiens, avait finalement été abandonné face à l’opposition farouche de l’UEFA, qui y voyait une menace pour ses propres compétitions phares, comme la Ligue des champions.

Malgré cet échec, Infantino a consolidé ses alliances avec les pétromonarchies du Golfe. L’Arabie saoudite, qui accueillera la Coupe du monde 2034, a financé la Coupe du monde des clubs 2025 aux États-Unis, remportée par Chelsea face au Paris Saint-Germain. Ces partenariats s’inscrivent dans une dynamique plus large de diversification des sources de financement du football mondial, au détriment des modèles traditionnels européens.

Infantino en quête d’un quatrième mandat

Le succès financier de la Coupe du monde 2026, qui a généré environ 12 milliards de dollars de recettes, devrait permettre à Infantino d’être réélu sans opposition pour un quatrième mandat en 2027. Depuis sa réélection par acclamation en 2023 au Rwanda, il a répété que tout dirigeant d’entreprise privée affichant des résultats comparables serait maintenu indéfiniment à son poste.

Des rumeurs persistantes évoquent son souhait de conserver un rôle influent dans le football mondial au-delà de la présidence de la FIFA, son mandat s’achevant lorsqu’il atteindra 61 ans. Selon le Times, un poste de « commissaire », proche d’un rôle de PDG, pourrait lui être proposé à la tête de FFE. La FIFA a démenti toute discussion en ce sens, tout en précisant que le président et son administration « auront des rôles de premier plan » dans la nouvelle entité, si elle est approuvée.

Et maintenant ?

Le calendrier des négociations reste flou. La FIFA, son Conseil présidé par Infantino et les 211 fédérations membres devront valider ou rejeter ce projet, qui nécessite une refonte structurelle majeure. Si elle est adoptée, FFE pourrait être opérationnelle dès 2027, avec des répercussions immédiates sur la gouvernance du football mondial. La réaction de l’UEFA, déterminée à défendre son modèle, laisse présager une bataille juridique et politique.

Des enjeux qui dépassent le sport

Au-delà des aspects financiers, ce projet interroge sur l’avenir de la gouvernance du football. La FIFA, institution historique à but non lucratif, s’oriente-t-elle vers un modèle hybride, mêlant valeurs traditionnelles et logique capitalistique ? Les investisseurs privés, souvent liés à des régimes politiques ou des fortunes controversées, pourraient-ils influencer les compétitions au détriment de leur indépendance ?

Les fédérations membres, surtout celles des pays émergents, seront-elles les seules bénéficiaires de cette manne financière, ou assistera-t-on à une dilution de leur pouvoir décisionnel ? Autant de questions qui risquent d’alimenter un débat public dans les mois à venir, alors que le football mondial entre dans une ère de profondes mutations.

Parmi les investisseurs pressentis figure Thrive Eternal, un fonds créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. La FIFA collabore également avec la banque JP Morgan pour la levée de fonds. D’autres partenaires pourraient être annoncés ultérieurement, mais aucun nom supplémentaire n’a été confirmé à ce stade.

L’UEFA considère que ce projet franchit une « ligne rouge » en commercialisant l’âme et la gouvernance du football, une institution traditionnellement gérée comme une association à but non lucratif. Elle craint également une perte de contrôle sur les compétitions majeures, comme la Ligue des champions, face à l’influence croissante des investisseurs privés et des pétromonarchies.