Alors que l’Union des associations européennes de football (UEFA) a déjà dénoncé le projet, la Confédération de football d’Amérique du Nord, centrale et Caraïbes (CONCACAF) a elle aussi critiqué, ce mercredi 9 août 2026, la volonté de Gianni Infantino d’ouvrir le capital de la FIFA à des investisseurs privés. Selon RMC Sport, la CONCACAF a réagi par un communiqué officiel pour rappeler que les dirigeants du football doivent agir « en permanence dans l’intérêt supérieur de la discipline ».

Ce projet, révélé mardi par plusieurs médias internationaux et confirmé par la FIFA, prévoit la création d’une filiale commerciale baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE), valorisée à 20 milliards de dollars (soit environ 17,5 milliards d’euros). L’objectif affiché est de lever près de 4,2 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d’euros) en cédant 20 % du capital de cette entité à des partenaires financiers. Selon RMC Sport, le fonds d’investissement Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner — frère cadet de Jared Kushner, ancien conseiller de Donald Trump à la Maison-Blanche — serait favori pour organiser ce tour de table.

Ce qu'il faut retenir

  • La CONCACAF a rejoint l’UEFA pour critiquer le projet de création d’une filiale commerciale de la FIFA, FIFA Forward Enterprise (FFE), selon RMC Sport.
  • Cette filiale, valorisée à 20 milliards de dollars, pourrait lever 4,2 milliards de dollars en cédant 20 % de son capital à des investisseurs privés.
  • Le fonds Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner, est pressenti pour organiser l’opération, selon les révélations de la presse.
  • La FIFA assure que le projet ne sera pas mené à terme sans l’accord de la majorité de ses 211 associations membres, mais mise sur une augmentation des dotations financières pour les convaincre.
  • Les deux confédérations — UEFA et CONCACAF — dénoncent un manque de transparence et une gouvernance incompatible avec les principes du football.

Une opposition unie contre la commercialisation du football

Dans son communiqué publié ce mercredi matin, la CONCACAF a exprimé sa « vive préoccupation » face à « l’absence de respect des procédures établies ». Selon RMC Sport, l’instance nord-américaine n’a pris connaissance du projet que par le biais des médias, avant d’en découvrir les détails via un communiqué officiel de la FIFA. « Nous partageons la déception de nombreux acteurs de notre région et du monde du football de voir un projet aussi détaillé élaboré et rendu public avant même toute discussion avec les instances dirigeantes et les parties prenantes concernées », peut-on lire dans le texte.

La CONCACAF rappelle que les dirigeants du football ont « la responsabilité d’agir en permanence dans l’intérêt supérieur de la discipline ». Elle insiste sur la nécessité de respecter « les principes de bonne gouvernance, des processus rigoureux et une gestion responsable à long terme ». Bref, l’instance nord-américaine se pose en garante des valeurs du sport, un rôle qu’elle assume aux côtés de l’UEFA, déjà en première ligne contre le projet d’Infantino.

L’UEFA crie au scandale et dénonce une atteinte aux valeurs du football

De son côté, l’UEFA a réagi avec virulence dès mardi, qualifiant le projet de « limite franchie ». Selon RMC Sport, Aleksander Ceferin, président de l’instance européenne, a fustigé dans un communiqué « l’âme et la gouvernance du football » présentées comme des « actifs destinés à être négociés ». Il a souligné « l’absence totale de transparence quant aux bénéficiaires financiers », une critique récurrente des opposants au projet. Pour l’UEFA, cette initiative mercantile menace l’intégrité même du football, un sport dont les principes devraient, selon elle, rester intouchables.

Cette opposition frontale entre les confédérations et la direction de la FIFA s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour de la gouvernance du football mondial. Depuis plusieurs mois, Gianni Infantino est critiqué pour ses méthodes de gestion et ses projets de réforme perçus comme des atteintes à l’indépendance des fédérations nationales. Le projet de cession partielle de la FIFA à des investisseurs privés en est l’exemple le plus récent, et il cristallise les craintes d’une mainmise accrue du secteur financier sur le sport roi.

Un argument financier qui pourrait faire basculer le vote des fédérations

Face à cette levée de boucliers, la FIFA tente de rassurer en mettant en avant les bénéfices financiers que pourrait en tirer les associations membres. Selon les informations rapportées par RMC Sport, la FIFA envisage d’augmenter significativement les dotations versées aux fédérations. Actuellement, chaque association nationale perçoit environ 2 millions de dollars par an (soit 1,76 million d’euros) en dehors des gains liés aux compétitions. Avec la création de FFE, cette somme pourrait passer à 20 millions de dollars pour chaque fédération sur la période 2027-2030, contre 8 millions initialement prévus.

Ce carrot financier pourrait séduire les fédérations les plus modestes, souvent dépendantes des revenus de la FIFA. Cependant, la question de la gouvernance et de la transparence reste centrale. Comme le souligne la CONCACAF dans son communiqué, « chacune de nos décisions doit être guidée par les principes de bonne gouvernance ». Autant dire que l’argument pécuniaire ne suffira pas à faire taire toutes les critiques, d’autant que les détails concrets du projet — notamment l’identité des investisseurs et les modalités de gestion de FFE — restent flous.

Thrive Eternal et Joshua Kushner, des acteurs clés dans l’ombre

Parmi les éléments qui alimentent les suspicions, le rôle joué par Thrive Eternal et son dirigeant, Joshua Kushner, ne manque pas de susciter des interrogations. Frère cadet de Jared Kushner, ancien conseiller à la Maison-Blanche sous Donald Trump, Joshua Kushner est une figure du monde des affaires aux États-Unis. Son implication dans ce projet soulève des questions sur d’éventuels conflits d’intérêts ou sur la nature des liens entre la FIFA et le milieu politique américain.

Selon RMC Sport, Thrive Eternal serait en pole position pour organiser la levée de fonds et gérer les investisseurs privés intéressés par FFE. Si ce partenariat venait à se concrétiser, il marquerait une étape supplémentaire dans l’influence croissante des acteurs financiers sur le football mondial. Une perspective qui inquiète les défenseurs de l’autonomie du sport, déjà ébranlés par les scandales passés de la FIFA.

Et maintenant ?

La FIFA a indiqué que le projet de création de FFE ne serait pas mené à terme sans l’aval de la majorité de ses 211 associations membres. Une réunion d’urgence est prévue à l’UEFA pour coordonner la réponse des confédérations, tandis que les fédérations nationales devraient être consultées dans les prochaines semaines. D’ici là, le débat sur la gouvernance du football risque de s’intensifier, avec un enjeu de taille : préserver l’équilibre entre rentabilité économique et préservation des valeurs sportives. Reste à voir si les promesses financières de la FIFA parviendront à convaincre les sceptiques, ou si l’opposition des grandes confédérations parviendra à faire plier Gianni Infantino.

Ce projet, s’il aboutit, pourrait redéfinir durablement les rapports de force au sein du football mondial. Entre enjeux financiers colossaux et principes éthiques, la ligne de fracture entre les partisans d’une modernisation mercantile et les gardiens d’un football plus traditionnel n’a jamais été aussi profonde. Une chose est sûre : le football de demain se jouera autant sur les terrains que dans les salles de négociation.

Joshua Kushner est le fondateur et dirigeant du fonds d’investissement Thrive Eternal, pressenti pour organiser la levée de fonds de la filiale commerciale de la FIFA, FIFA Forward Enterprise (FFE). Son frère, Jared Kushner, a été haut conseiller de Donald Trump à la Maison-Blanche. Son implication dans ce projet soulève des questions sur d’éventuels liens entre le monde politique américain et la gouvernance de la FIFA.

Si la FIFA parvient à lever des fonds via FFE, les fédérations nationales pourraient bénéficier d’une augmentation significative de leurs dotations financières. Cependant, elles s’exposeraient aussi à une dépendance accrue envers les investisseurs privés, avec un risque de perte d’autonomie dans la gestion du football. De plus, la transparence limitée sur les bénéficiaires financiers pourrait créer des tensions internes au sein des associations.