Alors que le projet de création d’une société commerciale par la Fifa et d’ouverture de son capital à des investisseurs privés suscite une levée de boucliers généralisée au sein des instances du football mondial, une voix discordante s’élève. Selon RMC Sport, le président de la Fédération tchèque de football, David Trunda, a apporté son soutien à la démarche initiée par Gianni Infantino, estimant que ses « intentions vont dans le bon sens ».
Cette prise de position s’inscrit en opposition frontale avec celle de l’UEFA, qui a immédiatement dénoncé un projet « franchissant une limite inacceptable ». L’instance européenne, dirigée par Aleksander Čeferin, a rappelé que l’ensemble des parties prenantes — fédérations nationales, ligues, clubs, joueurs, supporters et gouvernements — est concerné par ce dossier, comme l’a souligné l’UEFA dans un communiqué publié dès mardi soir.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet de création d’une société commerciale par la Fifa, Fifa Forward Enterprise, vise à lever jusqu’à 20 milliards de dollars et à vendre 20 % de son capital au fonds d’investissement Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump.
- Cette opération pourrait rapporter à la Fifa près de 4,2 milliards de dollars, selon les estimations communiquées par l’instance mondiale.
- Le président de la Fédération tchèque, David Trunda, a défendu le projet en déclarant percevoir « très clairement les bénéfices pragmatiques » pour le football local, tout en appelant à une coopération étroite avec la direction de la Fifa.
- L’UEFA a réagi avec fermeté, qualifiant ce projet de « franchissement d’une ligne rouge » et annonçant prendre la situation « très au sérieux ».
- La Fifa conditionne le lancement de ce projet à l’absence d’opposition majoritaire parmi ses 211 associations membres et promet d’augmenter les dotations financières versées aux fédérations nationales, passant de 8 à 20 millions de dollars par fédération sur le cycle 2027-2030.
Un projet controversé aux enjeux financiers colossaux
Annoncé mardi 5 août 2026 par Gianni Infantino, le projet de création d’une société commerciale par la Fifa a immédiatement suscité une vague de critiques. L’instance mondiale, via sa future filiale Fifa Forward Enterprise, envisage de lever jusqu’à 20 milliards de dollars, selon les projections présentées en collaboration avec la banque d’affaires JP Morgan.
Une partie de cette somme proviendrait de la vente de près de 20 % des parts de cette nouvelle entité au fonds d’investissement Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner et beau-frère de l’ancien président américain Donald Trump. Cette opération devrait générer un apport immédiat de 4,2 milliards de dollars pour la Fifa, une manne financière sans précédent pour l’instance dirigeante du football mondial.
Les fonds ainsi obtenus permettraient à la Fifa de renforcer significativement ses dotations aux fédérations nationales. Actuellement, celles-ci perçoivent environ 1,76 million d’euros par an en moyenne, hors revenus liés aux compétitions. Avec ce projet, les dotations pourraient atteindre 20 millions de dollars par fédération sur la période 2027-2030, soit une multiplication par plus de dix des sommes allouées.
Une opposition farouche de l’UEFA et des interrogations persistantes
Dès l’annonce du projet, l’UEFA a réagi avec une fermeté inhabituelle. Dans un communiqué publié mardi soir, Aleksander Čeferin a dénoncé un projet « franchissant une limite que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais dépasser ». L’instance européenne a souligné que la situation était prise « très au sérieux » et que toutes les parties prenantes — fédérations nationales, ligues, clubs, joueurs, supporters et gouvernements — étaient concernées par cette initiative.
Cette réaction s’inscrit dans un contexte où les dirigeants européens du football expriment depuis plusieurs mois leurs craintes face aux ambitions financières croissantes de la Fifa. Plusieurs fédérations nationales ont déjà fait part de leurs réserves, tandis que des voix s’élèvent pour dénoncer une « marchandisation » excessive du sport. « Ce n’est pas du baseball », avait d’ailleurs prévenu l’Union européenne dans un avertissement adressé à la Fifa, rappelant que le football reste un enjeu culturel et social bien au-delà de sa dimension économique.
David Trunda, seul soutien public parmi les dirigeants du football européen
Dans ce concert de critiques, David Trunda, président de la Fédération tchèque de football, a choisi de défendre publiquement le projet. Interrogé par Sky Sports, il a déclaré percevoir « très clairement les bénéfices pragmatiques » pour le football tchèque en cas de collaboration étroite avec la Fifa et son président. « Bien évidemment, nous avons besoin d’en savoir plus sur ce projet, mais mon point de vue personnel est que les intentions de la Fifa vont dans le bon sens », a-t-il expliqué.
Cette prise de position, isolée à ce stade, contraste avec l’unanimité apparente des réactions hostiles au sein des autres instances dirigeantes. Trunda a toutefois nuancé son propos en insistant sur la nécessité d’obtenir davantage de précisions avant de se prononcer définitivement. Son soutien, même conditionnel, pourrait s’avérer stratégique pour la Fifa dans sa quête de légitimation du projet auprès des fédérations membres.
Les fédérations nationales, acteurs clés du processus décisionnel
La Fifa a d’ores et déjà précisé que le lancement de Fifa Forward Enterprise ne serait engagé qu’en l’absence d’opposition majoritaire parmi ses 211 associations membres. Cette condition place les fédérations nationales au cœur du débat, certaines y voyant une opportunité financière inédite, tandis que d’autres redoutent une perte d’indépendance ou une influence accrue des investisseurs privés sur les orientations du football mondial.
Les prochaines semaines s’annoncent décisives, avec des consultations prévues entre la Fifa et ses membres. L’enjeu est double : convaincre une majorité des fédérations de soutenir le projet tout en répondant aux critiques sur sa légitimité et sa transparence. Plusieurs observateurs soulignent que la capacité de la Fifa à rassurer ses partenaires sera déterminante pour l’issue de ce dossier.
Alors que les critiques persistent, l’équilibre entre les opportunités financières promises par la Fifa et les risques de dérive commerciale reste au cœur des débats. Les prochaines semaines diront si le projet peut être sauvé de l’opposition unanime des grandes instances européennes, ou s’il deviendra un précédent majeur dans l’histoire du football mondial.
Joshua Kushner est le frère de Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump. Il dirige le fonds d’investissement Thrive Eternal, qui serait en négociation avec la Fifa pour acquérir 20 % des parts de la future société commerciale Fifa Forward Enterprise. Son implication dans ce dossier suscite des interrogations en raison des liens politiques de sa famille, bien que la Fifa ait jusqu’à présent minimisé cet aspect dans ses communications.
Si le projet est validé, les fédérations membres de la Fifa pourraient bénéficier d’une augmentation significative de leurs dotations financières. Selon les projections, chacune d’entre elles recevrait 20 millions de dollars sur la période 2027-2030, contre environ 1,76 million d’euros actuellement. Cette manne financière pourrait être utilisée pour développer les infrastructures, financer les équipes nationales ou soutenir les programmes de formation.