Carlos Cordeiro, conseiller principal de Gianni Infantino et figure historique du football américain, a annoncé sa démission immédiate pour dénoncer le projet de la FIFA de créer une filiale commerciale afin d’ouvrir son capital à des investisseurs privés. Selon RMC Sport, cette initiative, qui vise à lever 4,2 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros), a été vivement critiquée par Cordeiro, qui affirme n’avoir jamais été consulté et juge le projet « une très mauvaise affaire » pour l’ensemble des fédérations membres.
Ce qu'il faut retenir
- Carlos Cordeiro, conseiller principal de Gianni Infantino à la FIFA, a démissionné avec effet immédiat pour protester contre le projet de création d’une filiale commerciale de l’instance.
- Ce projet prévoit l’ouverture du capital à des investisseurs privés, avec une levée de fonds estimée à 4,2 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros).
- Cordeiro affirme n’avoir aucune implication dans cette proposition et dénonce l’absence de réponses à des questions fondamentales sur le processus.
- La FIFA, qui détient déjà d’importantes réserves financières sans dette, justifie le projet par la nécessité de renforcer les revenus pour les 211 associations membres.
- L’UEFA, la Concacaf et l’AFC ont déjà menacé de boycotter les compétitions FIFA, dont la Coupe du monde, si le projet est maintenu.
- Le fonds d’investissement Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump, est pressenti pour jouer un rôle clé dans ce projet.
Un désaveu public et une démission immédiate
Dans un communiqué publié ce vendredi 8 août 2026, Carlos Cordeiro a justifié sa décision en ces termes : « En tant que conseiller principal du président de la FIFA, ancien banquier et supporter de football depuis toujours, je ne peux rester les bras croisés alors que la FIFA envisage de vendre une partie de la Coupe du monde. » Selon ses déclarations rapportées par RMC Sport, il n’a « eu aucune implication dans cette proposition » et s’y oppose « sans équivoque ». Pour lui, cette initiative représente « une mauvaise affaire pour les associations membres de la FIFA, pour le football et l’avenir de ce sport à long terme ».
Ancien président de la Fédération américaine de football et conseiller du groupe de travail de la Maison-Blanche pour la Coupe du monde 2026, Cordeiro met en avant son expérience dans le secteur bancaire pour souligner la valeur de l’actif que constitue la Coupe du monde. « Le football a été au cœur de ma vie et, après plus de 35 ans dans le secteur bancaire, je mesure à la fois la valeur de cet actif et les conséquences d’en céder une partie », précise-t-il. Selon lui, « céder une participation permanente dans l’actif le plus précieux du football pour lever 4,2 milliards de dollars n’a guère de sens. Cela revient à hypothéquer l’avenir du football sans justification convaincante. »
Des questions restées sans réponse
Parmi les critiques formulées par Cordeiro, l’absence de réponses à des questions essentielles occupe une place centrale. « Pourquoi cet accord ? Pourquoi maintenant ? Quels mécanismes de contrôle sont prévus ? Qui en bénéficie ? Y a-t-il eu un processus concurrentiel ? Quelle gouvernance sera mise en place ? Qu’est-ce que les investisseurs gagneront en fin de compte, et à quel prix pour le football ? », s’interroge-t-il. Ces interrogations, selon lui, « restent en grande partie sans réponse », alors que les associations membres n’auraient que 50 jours pour se prononcer, sous peine d’être « laissées pour compte ».
Cordeiro rappelle que la FIFA dispose déjà de ressources financières considérables, avec des milliards de dollars de réserves et aucune dette. « Si les associations membres estiment que des investissements supplémentaires sont nécessaires pour développer le football, la FIFA possède déjà la capacité financière de fournir ce soutien grâce à ses ressources existantes », affirme-t-il. Pour lui, le projet actuel manque de transparence et de justification économique solide.
Une opposition croissante au sein du football mondial
La démission de Carlos Cordeiro s’inscrit dans un contexte de forte opposition au projet porté par Gianni Infantino et la FIFA. Dès mardi, plusieurs médias internationaux avaient révélé l’intention de l’instance dirigeante de créer une filiale commerciale, baptisée FIFA Football Enterprises (FFE), afin de lever des fonds auprès d’investisseurs privés. Le fonds Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner — frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump — est évoqué comme un partenaire potentiel.
Face à ce projet, les fédérations européennes, américaines et asiatiques ont réagi avec virulence. L’UEFA, dirigée par Aleksander Čeferin, a menacé de boycotter l’ensemble des compétitions organisées par la FIFA, y compris la Coupe du monde, si le projet était mené à terme. La Concacaf et la Confédération asiatique de football (AFC) ont apporté leur soutien à cette opposition, renforçant la pression sur Gianni Infantino. Selon RMC Sport, cette fronde pourrait bien « définitivement contrarier les plans » du président de la FIFA, désormais sous très haute pression.
La FIFA tente de rassurer, mais les critiques persistent
Malgré les vives critiques, la FIFA a réaffirmé, dans un communiqué publié ce vendredi, son « engagement en faveur d’un processus de consultation ouvert et démocratique ». L’instance souligne que « sans le soutien de la majorité des associations membres, les activités commerciales de la FIFA resteraient inchangées » et que « la FFE ne serait pas créée ». Elle assure également que les fonds levés seraient redistribués aux 211 fédérations membres.
Cependant, ces arguments peinent à convaincre les détracteurs du projet. Cordeiro, comme l’UEFA et d’autres fédérations, estime que la FIFA dispose déjà des moyens financiers nécessaires pour soutenir le développement du football. Pour lui, le recours à des investisseurs privés revient à « hypothéquer l’avenir du football sans justification convaincante ». La question de la gouvernance et des bénéficiaires finaux de l’opération reste également en suspens, alimentant les craintes d’une privatisation déguisée de l’un des événements sportifs les plus populaires au monde.
En attendant, la démission de Carlos Cordeiro marque un nouveau coup dur pour le président de la FIFA, déjà fragilisé par une série de critiques sur sa gouvernance. Alors que le football mondial entre dans une période de tensions sans précédent, la question de l’avenir économique de la Coupe du monde reste plus que jamais au cœur des débats.