La FIFA a confirmé, vendredi 31 juillet 2026, son intention de poursuivre son projet controversé d’ouverture aux investisseurs privés, malgré les menaces de boycott formulées par l’UEFA et la Concacaf. Selon Franceinfo - Sport, l’instance dirigeante du football mondial entend ainsi financer le développement du sport à hauteur de 10 milliards de dollars d’ici 2030, via la création de la FIFA Forward Enterprise (FFE), une société dont les parts pourront être détenues par des acteurs privés à hauteur de 20 % au maximum.

Ce qu'il faut retenir

  • L’UEFA menace de boycotter toutes les compétitions FIFA si le projet d’investisseurs privés n’est pas abandonné, comme annoncé jeudi à l’unanimité par ses 55 fédérations membres.
  • La FIFA Forward Enterprise (FFE) vise à lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation de 20 milliards de dollars, avec des investisseurs privés minoritaires (20 %).
  • Le projet, révélé en juillet 2026, a été élaboré en secret, ce que critique vivement l’UEFA, qui dénonce une gouvernance au service des actionnaires plutôt que du football.
  • La Concacaf, regroupant les fédérations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, s’est également opposée au projet, rejoignant les réserves de l’UEFA.
  • La FIFA a rejeté les accusations, affirmant vouloir consulter ses 211 fédérations membres d’ici le 19 septembre 2026, malgré les accusations de « gouvernance par la peur » de l’UEFA.

L’UEFA, qui représente 55 fédérations européennes et sept des dix derniers champions du monde, a adopté une position radicale : un boycott total des compétitions FIFA, y compris la Coupe du monde, si le projet aboutit. « Nous ne pouvons pas accepter que des décisions majeures concernant le football, comme le calendrier international ou le format des compétitions, soient prises pour servir les intérêts des actionnaires plutôt que ceux du sport », a déploré l’instance européenne dans un communiqué.

La Concacaf, de son côté, a également rejeté le projet, rejoignant ainsi l’opposition de l’UEFA. Ces deux confédérations, parmi les plus influentes du football mondial, représentent ensemble une part majeure des nations engagées en Coupe du monde. Leur opposition s’ajoute à celle de plusieurs observateurs et experts, qui dénoncent un « tournant majeur » et une « ligne franchie » dans la gouvernance du football.

Un projet sous le feu des critiques pour son manque de transparence

Le projet de la FIFA, révélé en juillet 2026 par le Times, a été critiqué tant sur le fond que sur la forme. La FIFA Forward Enterprise (FFE), créée pour porter ce plan, prévoit de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs privés, qui pourront détenir jusqu’à 20 % du capital de la société. L’objectif affiché est de financer le développement du football à hauteur de 10 milliards de dollars d’ici 2030, notamment via des projets éducatifs, infrastructurels et sportifs dans les pays émergents.

Cependant, l’élaboration du projet en secret a suscité de vives réactions. L’UEFA a dénoncé une « gouvernance par la peur », pointant un calendrier serré (les fédérations ont jusqu’au 19 septembre 2026 pour se prononcer) et une consultation jugée insuffisante. « Aucune décision sur le futur du football ne doit être prise dans l’ombre, sans consultation réelle des acteurs du jeu », a souligné l’instance européenne. La FIFA, de son côté, a assuré vouloir mener une « consultation ouverte et démocratique », tout en qualifiant les critiques de « basées sur des informations inexactes ».

Des liens controversés avec des investisseurs proches de figures politiques

Parmi les potentiels investisseurs cités, le fonds Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner — frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump — a attiré l’attention. La proximité entre Gianni Infantino, président de la FIFA, et l’administration Trump, notamment lors de la Coupe du monde 2026 organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, a nourri les suspicions. Pourtant, la FIFA a tenté de rassurer : « Personne n’est en train de vendre le football. La FIFA n’envisagerait jamais une telle chose », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Ces liens, bien que niés par l’instance, alimentent les craintes d’une influence politique et financière sur le football. La FIFA, dont Gianni Infantino brigue un nouveau mandat en mars 2027 (il est pour l’instant le seul candidat déclaré), se trouve au cœur d’une polémique qui dépasse le cadre sportif. Les observateurs soulignent que ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation, mais aussi de recherche de nouveaux revenus face à l’évolution des habitudes de consommation du football.

Une consultation controversée et un ultimatum perçu comme une pression

Les fédérations membres de la FIFA ont jusqu’au 19 septembre 2026 pour se prononcer sur le projet, un délai qualifié d’« ultimatum » par l’UEFA. Dans une lettre révélée par plusieurs médias, Gianni Infantino a justifié ce calendrier par la nécessité d’avancer avant les échéances électorales de 2027. « Chaque fédération a le droit de s’opposer ou de demander des éclaircissements, mais aucune entité ne peut prétendre représenter l’ensemble des 211 associations membres », a-t-il répondu aux critiques.

Cette pression temporelle, couplée à l’opposition frontale de l’UEFA et de la Concacaf, place la FIFA dans une position délicate. L’instance a beau insister sur la nécessité de financer le développement du football, les craintes d’une marchandisation du sport restent vives. « Le football doit rester un sport, pas une marchandise », a résumé un responsable de l’UEFA sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp des 211 fédérations membres de la FIFA, qui doivent se prononcer d’ici le 19 septembre 2026. Une réunion décisive est attendue en septembre pour tenter de trouver un compromis, mais les tensions entre la FIFA et les confédérations européennes laissent peu d’espoir à une issue rapide. Si le projet aboutit malgré les menaces de boycott, les conséquences pourraient être lourdes : privation des nations européennes des compétitions FIFA, perte de prestige pour la Coupe du monde, et affaiblissement de la gouvernance du football mondial. À l’inverse, un recul de la FIFA pourrait fragiliser sa stratégie financière et sa crédibilité à long terme. Reste à voir si la FIFA parviendra à concilier innovation et indépendance du football.

Ce bras de fer illustre les défis auxquels fait face la FIFA pour moderniser son modèle économique tout en préservant l’essence même du sport. Alors que les prochaines échéances électorales approchent, Gianni Infantino devra naviguer entre les exigences de transparence et les pressions des investisseurs, sous le regard attentif des fédérations et des supporters.

Parmi les investisseurs cités, le fonds Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner (frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump), est le plus médiatisé. Cependant, la FIFA n’a pas officiellement révélé la liste complète des investisseurs intéressés. L’instance a simplement indiqué que les parts des investisseurs privés seraient limitées à 20 % du capital de la FFE.

L’UEFA a menacé de boycotter « toutes les compétitions organisées par la FIFA », ce qui inclurait notamment la Coupe du monde, la Coupe des confédérations, la Coupe du monde féminine, ainsi que les compétitions de jeunes et futsal organisées par l’instance mondiale.