Selon Le Figaro, l’ancien président de l’UEFA, Michel Platini, a félicité son successeur Aleksander Ceferin pour sa fermeté face aux ambitions de Gianni Infantino, le président de la Fifa. Cette prise de position s’inscrit dans le cadre d’un front commun contre le projet controversé de création d’une société commerciale, baptisée « Fifa Forward Enterprise », visant à ouvrir le capital de la Fifa à des investisseurs privés. Jeudi 7 août 2026, l’instance européenne a annoncé que ses 55 associations membres avaient voté à l’unanimité en faveur d’un boycott de la Coupe du monde si ce projet venait à aboutir.

Ce qu’il faut retenir

  • 55 associations membres de l’UEFA ont voté à l’unanimité jeudi 7 août 2026 pour un boycott éventuel de la Coupe du monde en cas de vente partielle des droits du Mondial.
  • Michel Platini, ancien président de l’UEFA, a appelé et félicité Aleksander Ceferin pour sa résistance au projet de Gianni Infantino, selon L’Équipe.
  • Le projet de société « Fifa Forward Enterprise » prévoit la vente de parts de la Fifa à des investisseurs privés, une initiative critiquée pour son aspect mercantile.
  • L’UEFA justifie sa position par le fait que « certaines choses sont simplement trop importantes pour être vendues au plus offrant », selon son communiqué.
  • Platini et Infantino entretiennent des relations tendues depuis des années, notamment après le « Fifagate » qui a empêché l’ancien Français de briguer la présidence de la Fifa.

Un front européen uni contre le projet de la Fifa

L’UEFA a confirmé jeudi que ses 55 fédérations membres avaient adopté une position commune et sans équivoque : si Gianni Infantino maintient son projet de créer une société commerciale pour vendre des parts de la Fifa, l’Europe pourrait boycotter la Coupe du monde. « Certaines choses sont simplement trop importantes pour être vendues au plus offrant. La Coupe du Monde de la FIFA fait partie du patrimoine du football (...) Et aussi longtemps que l’Europe pourra faire entendre sa voix, le football ne sera jamais à vendre », a déclaré l’instance dans un communiqué. Cette menace, qualifiée d’historique par plusieurs observateurs, marque une escalade dans la confrontation entre les institutions du football européen et la direction de la Fifa.

Selon Le Figaro, Michel Platini, qui a dirigé l’UEFA de 2007 à 2015, a appelé personnellement Aleksander Ceferin pour le soutenir dans cette démarche. L’ancien Lorrain, connu pour son hostilité envers Infantino — son ex-bras droit à l’UEFA avant que ce dernier ne bascule à la tête de la Fifa — a ainsi manifesté son opposition frontale à la politique actuelle du président italo-suisse. Platini accuse notamment Infantino d’avoir œuvré en coulisses pour l’empêcher de devenir président de la Fifa, un projet qu’il caressait avant le scandale du « Fifagate » en 2015.

Un contexte de tensions persistantes entre Infantino et l’Europe du football

Le conflit entre Gianni Infantino et les institutions européennes n’est pas nouveau. Dès 2024, l’UEFA avait déjà manifesté son désaccord face à certaines décisions de la Fifa, notamment en matière de commercialisation des droits télévisuels. Le projet de « Fifa Forward Enterprise », dévoilé en juillet 2026, a cependant accéléré les tensions. Cette initiative vise à créer une entité commerciale chargée de gérer les revenus liés à la Coupe du monde, avec la possibilité d’y associer des investisseurs externes. Pour ses détracteurs, cette manœuvre s’apparente à une privatisation déguisée d’un tournoi considéré comme un bien commun du football mondial.

D’après Le Figaro, la Confédération asiatique de football (AFC) a également apporté son soutien à l’UEFA et à la Concacaf, une autre confédération, dans leur opposition à ce projet. « Nous sommes aux côtés de l’UEFA et de la Concacaf pour protéger l’intégrité de la Coupe du monde », a indiqué un porte-parole de l’AFC. Cette alliance transcontinentale renforce la pression sur la Fifa, qui pourrait se retrouver isolée si d’autres confédérations rejoignent le mouvement.

Un ancien conseiller de la Fifa prend ses distances

La polémique autour de ce projet a déjà entraîné des remous internes à la Fifa. Carlos Cordeiro, ancien conseiller principal du président Gianni Infantino, a annoncé sa démission lundi 6 août 2026. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a précisé n’avoir « pas participé à cette proposition » de vente partielle des droits de la Coupe du monde. « J’ai toujours défendu les valeurs fondamentales du football, et je ne peux cautionner une démarche qui va à l’encontre de son esprit », a-t-il déclaré. Sa démission intervient alors que plusieurs responsables de la Fifa, notamment en Europe, sont de plus en plus critiques envers la gouvernance d’Infantino.

Par ailleurs, le gouvernement français a annoncé la tenue d’une réunion d’urgence des instances européennes du football pour ce mercredi 10 août 2026. L’objectif : coordonner une réponse commune face à la crise ouverte par le projet de la Fifa. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où plusieurs pays européens, dont la France, ont exprimé leur inquiétude quant à l’avenir du Mondial, symbole du football populaire.

Et maintenant ?

La prochaine étape cruciale interviendra lors du prochain Conseil de la Fifa, prévu le 20 août 2026. C’est à cette date que Gianni Infantino devra présenter plus en détail son projet de « Fifa Forward Enterprise » et, éventuellement, soumettre le texte à un vote des 211 fédérations membres. Si l’UEFA maintient sa menace de boycott, la Fifa pourrait se retrouver face à un scénario inédit : une absence des meilleures équipes européennes lors des prochaines éditions de la Coupe du monde, un événement qui priverait le tournoi de son prestige traditionnel.

Dans l’immédiat, les consultations entre les confédérations et les fédérations nationales devraient s’intensifier. Une réunion des dirigeants européens est d’ores et déjà prévue la semaine prochaine à Nyon, en Suisse, siège de l’UEFA. Pour Infantino, l’enjeu sera de trouver un compromis qui préserve l’unité du football mondial, tout en évitant une scission qui affaiblirait durablement la Fifa.

Reste à voir si les autres confédérations, notamment la CAF (Afrique), la CONCACAF (Amériques) et l’OFC (Océanie), suivront le mouvement européen. Pour l’instant, seule l’AFC a officiellement apporté son soutien à l’UEFA, mais d’autres pourraient emboîter le pas dans les prochains jours. La situation rappelle étrangement les tensions des années 1980, lorsque l’Europe avait menacé de boycotter la Coupe du monde en Afrique du Sud en raison de l’apartheid. À l’époque, la pression internationale avait finalement conduit à l’isolement sportif du régime sud-africain. Aujourd’hui, le football mondial pourrait bien vivre un nouveau bras de fer, où la question n’est plus politique, mais économique et éthique.

L’UEFA estime que la Coupe du monde est un bien commun du football, « trop important pour être vendu au plus offrant ». Elle craint que l’introduction d’investisseurs privés ne transforme l’événement en une simple opération commerciale, au détriment de son caractère universel et historique. Selon son communiqué, « le football ne sera jamais à vendre » tant que l’Europe pourra faire entendre sa voix.