Selon Courrier International, la récente tentative avortée de Gianni Infantino de céder une participation majoritaire dans une filiale commerciale de 20 milliards de dollars illustre l’ampleur des dysfonctionnements au sein de la Fifa. Le projet, baptisé Fifa Forward Enterprise, a été abandonné en moins d’une semaine, sous la pression d’un tollé mondial et de désaveux internes. L’affaire confirme, une fois encore, que la gouvernance du football mondial reste profondément opaque, malgré les promesses répétées de transparence.
Ce qu'il faut retenir
- 20 milliards de dollars : montant de la filiale commerciale que la Fifa souhaitait céder à des investisseurs privés avant que le projet ne soit abandonné.
- Quatre jours : durée pendant laquelle le projet de cession a survécu avant d’être enterré sous la pression des critiques.
- Gianni Infantino : président de la Fifa depuis 2016, désormais en position délicate après cet échec et les scandales répétés qui jalonnent son mandat.
- Transparence promise : Infantino avait assuré en 2016 vouloir « redorer l’image de la Fifa » et établir une ère de « transparence », des engagements qui n’ont pas résisté à l’épreuve du temps.
- Réforme structurelle : selon Courrier International, le problème dépasse la personne d’Infantino ; la Fifa aurait besoin d’une refonte en profondeur de ses mécanismes de gouvernance.
Un projet abandonné sous la pression des critiques
L’initiative de transformer une partie des actifs de la Fifa en une entité commerciale valorisée à 20 milliards de dollars a tourné court en à peine quatre jours. Le tollé a été immédiat, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur même de l’institution. Plusieurs collaborateurs proches d’Infantino se sont désolidarisés du projet, tandis que des observateurs extérieurs y ont vu une nouvelle illustration des dérives d’une gouvernance opaque. Le président suisse, déjà fragilisé par des années de scandales, se retrouve désormais sur un « siège éjectable », selon l’expression utilisée par Courrier International.
Cette volte-face rapide intervient après des années de controverses autour des méthodes de gestion d’Infantino. Depuis son élection en 2016, le dirigeant avait pourtant multiplié les déclarations ambitieuses. « Nous allons redorer l’image de la Fifa et rétablir le respect pour la fédération. Le monde entier va nous applaudir », avait-il promis à l’époque. Pourtant, force est de constater que les pratiques semblent avoir peu évolué, malgré les engagements initiaux.
Infantino, un héritier de Blatter dans la gestion des affaires
Pour de nombreux observateurs, le mandat d’Infantino présente des similitudes troublantes avec celui de son prédécesseur, Sepp Blatter. Ce dernier avait quitté la présidence en 2015 sous la pression de scandales de corruption, avant d’être suspendu pour huit ans par la Fifa. Les autorités américaines avaient alors révélé un système de pots-de-vin généralisé autour de l’attribution des Coupes du monde. Blatter avait lui aussi commencé son mandat en promettant une ère de renouveau, avant de sombrer dans les mêmes travers.
Selon Courrier International, Infantino a hérité d’un système où les conflits d’intérêts et l’opacité restent la norme. Les réformes annoncées en 2016 n’ont pas suffi à endiguer les dérives, malgré des déclarations répétées sur la moralisation du football mondial. « Ce n’est pas seulement une question de personne, mais de système », souligne le média, qui estime que la Fifa a besoin d’une refonte en profondeur de ses statuts et de ses pratiques.
Une gouvernance sous surveillance internationale
Les projets commerciaux de la Fifa, comme la création de Fifa Forward Enterprise, ont souvent suscité la méfiance. Cette filiale, destinée à gérer les revenus dérivés des grands événements (Coupe du monde, tournois continentaux), avait pour ambition de diversifier les sources de financement de l’institution. Pourtant, sa gestion a rapidement été pointée du doigt. Les investisseurs privés, initialement séduits par le potentiel lucratif du projet, se sont retirés face aux risques juridiques et réputationnels.
Les révélations de Bloomberg News — média américain spécialisé dans l’économie et les affaires financières — ont joué un rôle clé dans l’abandon du projet. Le groupe, qui publie quotidiennement des milliers d’articles dans plus de 120 pays, a mis en lumière les failles du système. Depuis 2018, son site Bloomberg.com limite l’accès gratuit à 10 articles par mois pour les utilisateurs non abonnés, une stratégie payante qui lui permet de financer un journalisme d’investigation exigeant.
Quelles solutions pour la Fifa ? Une réforme en profondeur
Face à l’accumulation des scandales, la question d’une réforme structurelle se pose avec acuité. Courrier International souligne que remplacer Infantino ne suffirait pas à résoudre les problèmes endémiques de la Fifa. L’institution doit, selon plusieurs observateurs, revoir en profondeur ses mécanismes de gouvernance : transparence accrue, séparation des pouvoirs entre exécutif et contrôle, et indépendance des instances disciplinaires. Autant dire que le chantier est immense.
Les partisans d’une telle refonte s’appuient sur des exemples extérieurs. Certains championnats nationaux, comme la Premier League anglaise, ont mis en place des garde-fous pour limiter les conflits d’intérêts. D’autres fédérations, comme l’UEFA, ont renforcé leurs comités d’éthique. Pourtant, la Fifa, en tant qu’institution mondiale, reste un cas à part en raison de son poids économique et de son influence politique.
Les prochaines semaines pourraient voir émerger des propositions de réforme, portées par les associations de joueurs, les clubs ou les fédérations nationales. Reste à savoir si l’institution, habituée aux compromis et aux arrangements, acceptera de se remettre en cause. Une chose est sûre : l’opinion publique, elle, n’a plus patience.
Selon Courrier International, cette filiale, Fifa Forward Enterprise, avait pour objectif de diversifier les revenus de l’institution en externalisant la gestion de ses actifs commerciaux. L’idée était de capter une partie des profits liés aux grands événements comme la Coupe du monde, tout en attirant des investisseurs privés pour moderniser les infrastructures. Le projet a été abandonné après seulement quatre jours, sous la pression des critiques internes et externes.
La Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, représente un moment clé pour la crédibilité de l’institution. Les réformes structurelles, si elles voient le jour, devront être annoncées avant cette échéance pour avoir un impact. Par ailleurs, la pression des associations de joueurs et des fédérations nationales pourrait s’accentuer dans les mois à venir, notamment lors des assemblées générales.