À la maison de retraite des Petites Sœurs des Pauvres, à Versailles, l’accompagnement des résidents en fin de vie repose depuis toujours sur les soins palliatifs. Sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, une équipe dédiée, composée de soignants et de bénévoles, veille à préserver la dignité et la vie jusqu’au bout. Pourtant, ce modèle est aujourd’hui remis en cause par le projet de loi sur la fin de vie, actuellement en discussion au Parlement. Mère Marie-Christine, responsable de l’établissement, craint que ce texte ne conduise à une obligation d’appliquer l’euthanasie, au risque, pour les soignants, de s’exposer à des poursuites judiciaires. Une perspective qui, selon elle, « va à l’encontre de tout notre combat pour la vie ».
Ce qu'il faut retenir
- Les Petites Sœurs des Pauvres, à Versailles, appliquent une prise en charge palliative 24h/24 et 7j/7 pour leurs résidents en fin de vie.
- Mère Marie-Christine craint que le projet de loi sur la fin de vie n’impose l’euthanasie, risquant de placer les soignants dans une situation illégale.
- L’établissement refuse catégoriquement d’appliquer une loi qu’il juge incompatible avec ses valeurs de préservation de la vie.
- Le texte est actuellement en discussion au Parlement, suscitant des tensions entre partisans d’une légalisation encadrée et opposants radicaux.
Un engagement centenaire en faveur de la vie, menacé par le projet de loi
Fondée en 1839 par sainte Jeanne Jugan, la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres est reconnue pour son dévouement aux personnes âgées pauvres et dépendantes. À Versailles, l’établissement qu’elle dirige incarne cette mission à travers une prise en charge globale, où les soins palliatifs occupent une place centrale. « Notre priorité, c’est de soulager la souffrance sans jamais donner la mort », explique Mère Marie-Christine. Selon le Figaro, qui rapporte ses propos, cette approche s’inscrit dans une tradition où la fin de vie est accompagnée, jamais provoquée.
Avec l’arrivée du projet de loi sur la fin de vie, les équipes redoutent de devoir basculer vers une pratique qu’elles condamnent moralement et religieusement. « Nous ne pouvons pas accepter de devenir les exécutants d’une loi qui, pour nous, équivaut à un meurtre légalisé », précise-t-elle. Les soignants et bénévoles, formés à accompagner la mort naturelle, se retrouvent aujourd’hui dans une position inconfortable : celle de devoir choisir entre leur éthique et la loi.
Une loi controversée qui divise les acteurs du soin et de la société
Le texte en discussion au Parlement propose d’encadrer l’accès à l’euthanasie et au suicide assisté sous conditions strictes, notamment en cas de maladie incurable et de souffrance réfractaire. Ses partisans, parmi lesquels figurent des associations de patients et certains médecins, y voient une avancée vers plus d’autonomie pour les malades. D’autres, comme les Petites Sœurs des Pauvres ou les milieux conservateurs, y perçoivent une rupture avec le principe fondamental du serment d’Hippocrate : « Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ».
Les débats, qui s’intensifient depuis le retour du texte en séance parlementaire, opposent deux visions de la fin de vie. D’un côté, ceux qui prônent une légalisation encadrée pour éviter des euthanasies clandestines ; de l’autre, ceux qui, comme les religieuses de Versailles, refusent catégoriquement toute atteinte à la sacralité de la vie, quelle que soit la législation en vigueur. « Ce n’est pas une question de loi, c’est une question de conscience », martèle Mère Marie-Christine.
Quelles conséquences pour les établissements comme celui de Versailles ?
Si le projet de loi est adopté en l’état, les établissements comme celui des Petites Sœurs des Pauvres à Versailles pourraient se retrouver dans une situation juridique complexe. En effet, la loi pourrait imposer aux structures médicales et médico-sociales de proposer l’euthanasie à leurs patients, sous peine de sanctions. « Nous ne pouvons pas appliquer une loi qui bafoue nos valeurs », insiste la religieuse. Pour elle, cette obligation créerait une fracture profonde entre la loi et la pratique soignante, mettant en péril des décennies d’accompagnement humain et médical.
Face à cette menace, les congrégations et associations opposées à l’euthanasie préparent déjà des stratégies de résistance. Certaines envisagent de fermer leurs portes plutôt que de se soumettre à une loi jugée inacceptable. D’autres, comme celle de Versailles, comptent sur la mobilisation de l’opinion publique et des élus pour faire entendre leur voix avant le vote définitif.
Reste à savoir si la loi, une fois adoptée, intégrera des clauses permettant aux établissements de refuser de participer à des actes contraires à leurs convictions. En attendant, le combat pour la préservation de la vie, tel que le mène cette congrégation depuis près de deux siècles, s’apprête à connaître un nouveau chapitre, sous le feu des projecteurs politiques et sociétaux.
Le texte en discussion propose d’encadrer l’accès à l’euthanasie et au suicide assisté pour les personnes majeures souffrant d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, provoquant des douleurs réfractaires aux traitements. L’accès serait soumis à une procédure collégiale incluant au moins deux médecins et un délai de réflexion de quinze jours. Le patient devrait formuler sa demande de manière libre et éclairée, et son état serait réévalué avant toute décision. Enfin, la loi prévoit que le médecin puisse refuser de pratiquer l’acte, mais elle ne précise pas si un établissement pourrait s’opposer collectivement à sa mise en œuvre.