Un bond en arrière de près de vingt ans. Le financement international de la lutte contre le VIH a chuté de 18 % en 2025 par rapport à l'année précédente, selon un rapport du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) que rapporte Euronews FR. Cette baisse, la plus forte depuis deux décennies, menace de balayer des décennies de progrès obtenus à grand peine dans la prévention, le dépistage et les traitements de cette maladie.

Ce qu'il faut retenir

  • Le financement extérieur de la riposte mondiale au VIH dans les pays à revenu faible et intermédiaire a reculé de 18 % en 2025 par rapport à 2024, selon l'ONUSIDA.
  • Les États-Unis ont retiré leur soutien, notamment en démantelant l'USAID, ce qui a entraîné des pertes d'emplois et des interruptions de services dans les structures de santé.
  • La prophylaxie pré-exposition (PrEP) a chuté de plus de 50 % au Cameroun, au Nigeria et en Zambie entre 2024 et 2025.
  • Le nombre de décès liés au sida en 2025 était 57 % inférieur à celui de 2010, mais cette tendance pourrait s'inverser.
  • L'ONUSIDA estime que 32,1 millions de personnes vivant avec le VIH suivaient un traitement en décembre 2025, soit une hausse de 3 % par rapport à 2024.

Un financement extérieur en chute libre et des conséquences immédiates

Depuis des années, les programmes de prévention et de traitement du VIH dépendaient massivement de l'aide des bailleurs de fonds internationaux dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Or, en 2025, le financement extérieur de la riposte mondiale au VIH a connu un recul sans précédent de 18 %, soit le plus fort déclin enregistré depuis près de vingt ans. « Le financement des bailleurs nous a permis d'arriver là où nous en sommes aujourd'hui », rappelle Mwelwa Phiri, spécialiste du VIH/sida à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers et à Zambart, en Zambie. Et d'ajouter, inquiet : « Si le sous-financement se poursuit, la situation reculera à coup sûr. »

Les effets de ces coupes budgétaires se font déjà sentir sur le terrain. « Nous n'allons pas atteindre les personnes qui en ont besoin, parce que nous avons cessé de faire ce que nous faisions, et cela fonctionnait », explique Phiri. Les services de dépistage et de prévention, souvent assurés par des travailleurs communautaires, ont été brutalement interrompus. Les systèmes de santé, déjà fragiles, peinent à absorber le choc. Les pertes d'emplois dans le secteur médical aggravent encore la situation, créant des goulots d'étranglement dans l'accès aux soins.

Des services de santé saturés et une prévention en berne

Parmi les principaux bailleurs ayant retiré leur soutien figurent les États-Unis, dont l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a été démantelée. « Les financements de l'USAID servaient en réalité à rémunérer une partie du personnel dans les établissements de santé », précise Phiri. Leur disparition a laissé des équipes médicales débordées et des structures saturées. Résultat : les patients, même ceux qui ressentent le besoin d'un test de dépistage, hésitent à se rendre dans des centres bondés. Le risque ? Une baisse du nombre de personnes connaissant leur statut sérologique, ce qui retarde l'accès aux traitements et favorise la propagation du virus.

Autre signe alarmant : l'absence de volontaires pour des campagnes de dépistage dans les communautés. « Nous n'avons plus de personnes qui se rendent dans les quartiers pour proposer des tests à celles et ceux qui ne peuvent pas venir jusqu'à l'établissement », confirme Phiri. Pour le VIH, comme pour toute maladie chronique, le dépistage précoce est crucial. Un diagnostic rapide permet d'entamer une thérapie avant que la maladie ne progresse, et d'atteindre une charge virale indétectable, empêchant ainsi la transmission du virus.

Des progrès menacés, des chiffres qui en témoignent

Après des décennies de travail acharné et de solidarité internationale, le nombre annuel de nouvelles infections au VIH et de décès liés au sida avait atteint en 2025 son niveau le plus bas depuis plus de trente ans. Selon les données de l'ONUSIDA, le nombre de décès liés au sida en 2025 était inférieur de 57 % à celui de 2010, passant de 1,3 million à 570 000. Parallèlement, 32,1 millions de personnes vivant avec le VIH suivaient un traitement à la fin de l'année 2025, soit une augmentation de 3 % par rapport à 2024.

Pourtant, ces avancées pourraient être rapidement effacées. L'ONUSIDA souligne que les pays ne sont actuellement pas sur la bonne trajectoire pour atteindre les objectifs d'élimination du VIH fixés pour 2030. En 2024, on dénombrait déjà un million de nouvelles infections et 400 000 décès supplémentaires par rapport aux prévisions nécessaires pour respecter ces objectifs. « La mortalité reste inacceptable pour une maladie que l'on peut traiter », insiste l'agence onusienne.

Vers une prise en main locale, mais le défi reste de taille

Face à cette situation, l'ONUSIDA appelle à une transition vers un financement national et une réduction de la dépendance aux bailleurs internationaux, tout en maintenant une solidarité internationale. « Nous devons continuer, planifier et procéder par étapes pour que cela soit bénéfique pour tout le monde », insiste Mwelwa Phiri. Selon elle, un retrait progressif des financements est nécessaire pour éviter des ruptures brutales dans les services de santé.

Mais cette transition ne se fera pas sans obstacles. « Il y a de nombreuses questions structurelles fondamentales à régler, non seulement au sein du système de santé, mais aussi dans d'autres secteurs, notamment la protection sociale », explique-t-elle. Les pertes d'emplois dans le secteur médical et l'interruption des programmes communautaires montrent à quel point la transition doit être soigneusement orchestrée pour éviter des régressions brutales.

Et maintenant ?

L'ONUSIDA et les experts appellent à une mobilisation urgente pour stabiliser le financement de la lutte contre le VIH, en combinant efforts nationaux et solidarité internationale. Les prochaines années seront déterminantes : si les tendances actuelles se poursuivent, les objectifs de 2030, déjà compromis, pourraient devenir hors de portée. Une conférence internationale sur le financement de la santé, prévue en 2027, pourrait offrir une plateforme pour relancer les engagements des bailleurs et des États.

Quant aux pays touchés par les coupes, comme le Cameroun, le Nigeria ou la Zambie, leur capacité à mobiliser des ressources locales et à renforcer leurs systèmes de santé sera mise à l'épreuve. Pour Mwelwa Phiri, la clé réside dans une approche progressive : « Les gens méritent de la dignité, et nous pouvons leur offrir une forme de dignité sociale en planifiant correctement. »

Cette baisse s'explique principalement par le retrait de plusieurs bailleurs majeurs, dont les États-Unis avec le démantèlement de l'USAID. D'autres facteurs, comme les réallocations budgétaires mondiales vers d'autres priorités sanitaires ou géopolitiques, ont également joué un rôle, selon le rapport de l'ONUSIDA.

Les pays à revenu faible et intermédiaire, dépendants de l'aide internationale, sont les plus affectés. Les exemples cités par l'ONUSIDA incluent le Cameroun, le Nigeria et la Zambie, où la prophylaxie pré-exposition (PrEP) a chuté de plus de 50 % entre 2024 et 2025.