La note souveraine de la France sera réexaminée ce vendredi 5 septembre 2026 par l’agence Fitch Ratings, dans un contexte économique marqué par un ralentissement marqué et une dette publique toujours alarmante. La croissance française, estimée à 0,7 % en 2026, reste bien en deçà des prévisions initiales, tandis que les dépenses de l’État continuent de peser sur les finances publiques, selon nos confères de BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Note actuelle : La France est notée A+ par Fitch depuis septembre 2025, avec une perspective « stable ».
  • Dette publique : Elle représentait 117,5 % du PIB à la fin du premier trimestre 2026, selon l’Insee.
  • Déficit public : Le gouvernement table sur un déficit de 5 % du PIB en 2026, un objectif jugé « difficile à atteindre » par le ministre de l’Économie.
  • Croissance révisée à la baisse : Les prévisions sont passées de 1 % à 0,7 % en juillet, en raison des tensions géopolitiques et des aléas climatiques.
  • Taux d’emprunt : Le taux à dix ans français dépasse ceux de la plupart de ses voisins européens, une préoccupation pour les investisseurs.
  • Prochaines échéances : Moody’s et S&P Global Ratings rendront leur verdict respectivement les 23 octobre et 27 novembre 2026.

Une notation sous surveillance renforcée

Fitch Ratings avait maintenu la note française à A+ en mars 2026, tout en soulignant les risques liés à une dette publique élevée et à un environnement politique peu propice à une consolidation budgétaire rapide. À l’époque, l’agence anticipait un déficit public de 4,9 % du PIB pour 2026, un chiffre proche de l’objectif gouvernemental. Cependant, depuis, la situation s’est dégradée : Roland Lescure, ministre de l’Économie, a reconnu que la cible de 5 % serait « difficile à atteindre », rapporte BFM Business.

Les révisions successives des prévisions de croissance illustrent cette dégradation. Après un recul à 0,9 % en avril, puis 0,7 % en juillet, le gouvernement évoque désormais un « été difficile », marqué par des canicules et des incendies aux conséquences économiques tangibles. « Les canicules, les incendies, ça a un impact sur la production agricole, l’économie », a déclaré Roland Lescure le 2 septembre 2026.

Des facteurs aggravants pour la note

Plusieurs éléments pourraient inciter Fitch à revoir sa notation ou sa perspective. D’abord, le taux d’emprunt de l’État français, au plus haut depuis près de vingt ans, pèse mécaniquement sur le coût de la dette. « Le taux à dix ans français est désormais bien au-dessus de la plupart des voisins européens », souligne Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg. Pour lui, cette situation « pourrait justifier une dégradation de la note de la France ».

Ensuite, le contexte politique complique la tâche du gouvernement. Avec une absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, l’adoption du budget 2027 s’annonce déjà tendue. Fitch avait prévenu en mars que « les discussions sur le budget 2027 devraient être tout aussi difficiles » que celles de l’année précédente, faute de marge pour une consolidation budgétaire rapide avant l’élection présidentielle de 2027.

Les projets du gouvernement face aux critiques

Pour tenter de redresser les comptes publics, l’exécutif a exploré plusieurs pistes cet été, dont une désindexation partielle des pensions des retraités les plus aisés par rapport à l’inflation. Roland Lescure a confirmé que cette mesure « fait partie des pistes » envisagées pour le budget 2027, précisant que « il n’y a pas un salarié en France, à part ceux qui sont au Smic, qui est automatiquement indexé ».

Cependant, ces annonces n’ont pas suffi à apaiser les craintes des agences de notation. Eric Dor met en garde : la perspective d’une victoire au second tour de l’élection présidentielle de 2027 de figures comme Marine Le Pen (RN) ou Jean-Luc Mélenchon (LFI) — selon les sondages — pourrait « participer de l’inquiétude des marchés », en raison des programmes économiques portés par ces partis, jugés risqués par les investisseurs. Récemment, Jean-Luc Mélenchon a même proposé d’annuler une partie de la dette française, une idée immédiatement rejetée par le gouvernement.

Un calendrier chargé pour les agences de notation

Fitch n’est pas la seule à scruter la santé financière de la France. Deux autres géants du secteur, Moody’s et S&P Global Ratings, doivent rendre leur verdict dans les prochains mois. Moody’s, qui classe toujours la dette française en Aa3 — soit en bas de la catégorie « qualité haute ou bonne » — publiera son analyse le 23 octobre 2026. S&P Global Ratings, qui a également dégradé la note française à A+ à l’automne 2025, se prononcera le 27 novembre 2026.

Pour l’heure, les deux agences maintiennent une perspective « stable », comme Fitch. Mais la dégradation de la croissance et l’accumulation des pressions budgétaires pourraient les amener à revoir leur position. Eric Dor estime qu’à défaut d’une dégradation pure et simple, Fitch pourrait au moins abaisser sa perspective, offrant ainsi un répit au gouvernement. « Ce serait une manière de lui donner du temps », analyse-t-il.

Et maintenant ?

Le verdict de Fitch vendredi soir pourrait donner le ton pour les prochains mois. Si l’agence décide de maintenir sa note tout en revoyant sa perspective à la baisse, cela enverrait un signal d’alerte sans pour autant plonger le pays dans une crise immédiate. En revanche, une dégradation de la note elle-même entraînerait mécaniquement une hausse des taux d’emprunt, alourdissant encore le fardeau de la dette. Le gouvernement, déjà sous pression pour finaliser le budget 2027, devra alors composer avec des marges de manœuvre encore plus réduites, dans un contexte politique déjà tendu.

Les prochaines semaines seront donc cruciales : entre les négociations budgétaires, les anticipations des marchés et les échéances électorales, l’exécutif devra naviguer dans un environnement économique et politique particulièrement complexe.

Reste à savoir si les réformes envisagées — comme la désindexation partielle des retraites — suffiront à rassurer les investisseurs et les agences de notation, ou si la France devra se préparer à une nouvelle dégradation de sa note souveraine d’ici la fin de l’année.

La croissance a été revue à la baisse en raison de plusieurs facteurs : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui ont perturbé l’approvisionnement en hydrocarbures, les aléas climatiques (canicules, incendies) affectant la production agricole, et un ralentissement général de l’économie mondiale. Le gouvernement a ainsi réduit ses prévisions de 1 % à 0,7 % en juillet 2026.

Le gouvernement doit présenter son projet de budget 2027 à l’automne, dans un contexte politique tendu avec une Assemblée nationale sans majorité absolue. Le Premier ministre Sébastien Lecornu n’a pas encore fixé d’objectif de déficit pour 2027, mais les discussions s’annoncent « tout aussi difficiles » que celles de l’année précédente, selon Fitch. Plusieurs pistes sont évoquées, dont une désindexation partielle des retraites des plus aisés.