Alors que l’intelligence artificielle s’impose dans les entreprises, un nouveau syndrome gagne du terrain parmi les salariés : le FOBO, ou « Fear Of Being Obsolete ». Selon Capital, cette crainte d’être remplacé par une machine touche désormais des millions de travailleurs en France et à l’international, alimentant un climat d’incertitude sans précédent.
Ce qu'il faut retenir
- Cinq millions de postes pourraient être menacés par l’IA en France, d’après l’Observatoire des emplois menacés et émergents, relayé par Radio France.
- Quatre salariés sur dix citent la perte d’emploi liée à l’IA comme l’une de leurs principales craintes, un chiffre qui a doublé en un an.
- Certaines entreprises invoquent l’IA pour justifier des plans sociaux, un phénomène qualifié d’« alibi IA » par le MIT.
- Près de 30 % des employés tenteraient de freiner, voire de saboter, l’adoption de l’IA dans leur entreprise, selon une étude relayée par Tech Trash.
- Le phénomène de « deskilling » – la perte de compétences manuelles ou intellectuelles par une utilisation excessive de l’IA – gagne du terrain.
Un syndrome en hausse : le FOBO, nouvelle hantise des salariés
Le FOBO, acronyme de « Fear Of Being Obsolete », désigne la peur de devenir obsolète dans un monde professionnel où l’intelligence artificielle gagne du terrain. Selon Capital, ce syndrome touche désormais des millions de travailleurs, alimenté par des prévisions alarmistes. Le chercheur et entrepreneur britannique Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind, a même évoqué une automatisation totale des tâches de bureau d’ici dix-huit mois, une perspective qui renforce l’anxiété collective. « L’IA n’est plus une menace lointaine, elle est déjà une réalité pour beaucoup », souligne un expert interrogé par le magazine.
Cette crainte n’est pas infondée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quatre travailleurs sur dix considèrent désormais la perte d’emploi liée à l’IA comme l’une de leurs principales inquiétudes, selon une enquête citée par Fortune. Un chiffre qui a doublé par rapport à l’année précédente, signe d’une accélération brutale de la prise de conscience. « Autant dire que le FOBO n’est plus un phénomène marginal, mais une tendance de fond », commente un analyste du marché du travail.
Des chiffres qui interrogent : cinq millions de postes menacés en France
L’Observatoire des emplois menacés et émergents, cité par Radio France, estime que cinq millions de postes pourraient être concernés par l’automatisation liée à l’IA en France. Cette projection s’inscrit dans un contexte plus large où l’OCDE et d’autres institutions alertent sur les bouleversements à venir. « Ce ne sont pas seulement les métiers répétitifs qui sont touchés, mais aussi des tâches autrefois considérées comme complexes, comme l’analyse de données ou la rédaction de rapports », explique un économiste.
Pour autant, tous les observateurs ne partagent pas cette vision catastrophiste. Le MIT, par exemple, invite à relativiser en comparant l’arrivée de l’IA à une « marée montante » plutôt qu’à un « tsunami ». « L’impact sera progressif et inégal selon les secteurs », précise une étude du prestigieux institut américain. Pourtant, cette nuance ne suffit pas à calmer les inquiétudes, d’autant que certaines entreprises semblent déjà utiliser l’IA comme prétexte pour réduire leurs effectifs.
L’« alibi IA » : quand les plans sociaux se déguisent en réorganisations technologiques
Le phénomène de l’« alibi IA » commence à faire parler de lui. Selon des observateurs, certaines entreprises invoquent la transformation technologique pour justifier des licenciements, alors même que les postes supprimés ne sont pas encore directement menacés par l’automatisation. « C’est une pratique qui se généralise dans la Tech, où les suppressions d’emplois sont souvent présentées comme une nécessité pour rester compétitif », explique un syndicaliste interrogé par Capital.
Cette stratégie pose un problème éthique et social. « Les salariés se retrouvent pris au piège : ils doivent s’adapter à l’IA pour éviter le licenciement, mais cette adaptation elle-même peut être utilisée contre eux », dénonce une experte en droit du travail. Le MIT, dans ses travaux, souligne d’ailleurs que les entreprises les plus promptes à licencier en invoquant l’IA sont souvent celles qui n’ont pas encore investi dans la formation de leurs équipes.
Compétition et « deskilling » : les effets pervers de la course à l’IA
Face à cette menace, une dynamique de compétition s’installe dans les entreprises. « On assiste à une sorte de darwinisme social où chacun cherche à maîtriser l’IA plus vite que ses collègues, par peur de devenir le maillon faible », observe un consultant en transformation digitale. Cette course effrénée a cependant des effets contre-productifs : certains salariés, obnubilés par l’utilisation de l’IA, finissent par perdre la main sur des tâches élémentaires.
C’est le phénomène du « deskilling » : à force de déléguer des tâches basiques à des outils comme ChatGPT ou Claude, les compétences humaines s’atrophient. « Un rédacteur qui ne relit plus ses textes, un comptable qui ne vérifie plus ses calculs… Les exemples sont légion », illustre un formateur professionnel. Selon une étude récente, 25 % des employés avouent avoir vu leurs compétences diminuer depuis l’arrivée de l’IA dans leur quotidien professionnel.
Résistance et sabotage : quand les salariés rejettent l’IA
Dans un contexte aussi anxiogène, la résistance n’est pas un mythe. Selon une enquête relayée par Tech Trash, 29 % des employés chercheraient activement à freiner, voire à saboter, l’introduction de l’IA dans leur entreprise. Un chiffre qui monte à 44 % chez les 25-35 ans, une génération pourtant réputée pour son attrait pour la technologie. « Cette résistance n’est pas une question d’âge ou de culture, mais bien une réaction face à un sentiment d’impuissance », analyse un psychosociologue.
Les méthodes varient : certains sabotent discrètement les projets en cours, d’autres refusent de collaborer avec les nouveaux outils, ou encore diffusent des rumeurs pour discréditer l’IA. « Ce n’est pas de la paresse ou de l’obscurantisme, c’est une défense psychologique face à une menace perçue comme existentielle », explique le chercheur. Pourtant, cette opposition pourrait aggraver les tensions dans des entreprises déjà en proie à des mutations profondes.
Une chose est sûre : le FOBO n’est pas près de disparaître. Tant que l’IA continuera de progresser, la peur de l’obsolescence restera un enjeu majeur pour des millions de travailleurs. « L’enjeu n’est plus technologique, mais bien sociétal », conclut un économiste. La manière dont les entreprises, les salariés et les institutions y répondront déterminera en grande partie l’avenir du travail en France.
Le FOBO, ou « Fear Of Being Obsolete », désigne la peur de devenir obsolète dans un monde professionnel marqué par l’introduction massive de l’intelligence artificielle. Ce syndrome se manifeste par une anxiété croissante chez les salariés, qui craignent d’être remplacés par des machines ou des algorithmes. Selon Capital, ce phénomène touche désormais des millions de travailleurs en France et à l’international.
