La Fonderie de Bretagne (FDB), basée à Caudan dans le Morbihan, a été placée en redressement judiciaire pour cessation de paiements. Selon Le Figaro, cette décision intervient alors que l’entreprise, spécialisée dans la production de pièces en fonte pour les suspensions et échappements automobiles, doit réunir trois millions d’euros d’ici le 17 juillet sous peine de liquidation. Europlasma, le repreneur en série d’entreprises industrielles en difficulté, avait repris la FDB en avril 2025, promettant d’investir 15 millions d’euros sur trois ans et de diversifier la production. Pourtant, la situation s’est rapidement dégradée.

Ce qu'il faut retenir

  • La Fonderie de Bretagne, employant 245 salariés, a été placée en redressement judiciaire le 4 juillet 2026 par le tribunal de commerce de Lorient.
  • Europlasma, son repreneur depuis avril 2025, doit trouver trois millions d’euros avant le 17 juillet 2026 pour éviter la liquidation.
  • Un incendie survenu en janvier 2026 a stoppé la production, et les investissements promis n’ont pas été intégralement versés.
  • La CGT alerte sur le risque de liquidation si les fonds ne sont pas levés, tandis que les salariés espèrent une continuation de l’activité.

Le tribunal de commerce de Lorient a rendu sa décision vendredi 4 juillet, après que Europlasma a demandé le placement en redressement judiciaire dès le mardi précédent. Ce dispositif permet à l’entreprise de continuer son activité le temps de trouver un repreneur, à condition que les trois millions d’euros soient rassemblés. Sans cette somme, « ça sera la liquidation », a prévenu Eric Guyomard, délégué syndical CGT, à l’issue d’une audience à huis clos. La menace pèse lourdement sur les 245 emplois de l’usine, héritière des Forges d’Hennebont et longtemps fournisseur de Renault.

Parmi les salariés, l’annonce a suscité un mélange de soulagement et d’inquiétude. Environ 200 personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal, redoutant le pire. « Je m’attendais au redressement, pas à la liquidation car la fonderie mérite d’exister », a réagi Eric Blanchier, salarié et élu CGT. « Maintenant, il faut qu’il y ait des gens sérieux à la tête de l’usine », a-t-il ajouté, soulignant l’urgence d’une gestion stable et transparente. Les propos des salariés reflètent une attente forte : éviter la fermeture tout en garantissant des engagements concrets de la part du repreneur.

Un repreneur en série aux promesses non tenues

Europlasma s’était présenté comme le sauveur de la FDB en avril 2025, reprenant une entreprise historique du secteur automobile. Le groupe, connu pour reprendre des sites industriels en difficulté comme Valdunes ou les Forges de Tarbes, avait annoncé un plan d’investissement de 15 millions d’euros sur trois ans. Parmi les projets figuraient la diversification de la production, notamment vers la fabrication de corps creux pour obus de mortier, une activité liée à la défense. Pourtant, selon les délégués CGT, cette diversification n’a jamais été engagée.

Les difficultés se sont accumulées depuis le début de l’année. Un grave incendie a endommagé l’un des fours de l’usine en janvier 2026, stoppant net la production. Depuis, l’activité n’a jamais repris, et les salariés dénoncent le non-versement de la totalité des sommes promises par Europlasma. Maël Le Goff, autre délégué CGT, a confirmé cette situation lors d’une déclaration à la presse. Face à ces manquements, la confiance dans le repreneur s’est érodée, alors que l’urgence financière impose désormais des solutions rapides.

La présence de Jérôme Garnache Creuillot, PDG d’Europlasma, à l’audience du 4 juillet n’a pas permis d’apaiser les tensions. Le dirigeant a quitté les lieux sans un mot, évitant délibérément les échanges avec les salariés et les médias, comme l’a constaté une journaliste de l’AFP sur place. Cette attitude a été interprétée comme un manque de considération pour les enjeux humains et économiques de la situation.

Un secteur industriel sous pression

Cette affaire illustre les défis auxquels sont confrontés les acteurs de la métallurgie et de la fonderie en France, un secteur en pleine mutation. La Fonderie de Bretagne, autrefois prestataire clé de Renault, subit de plein fouet la concurrence internationale et les mutations technologiques. La crise de la filière automobile, couplée à des coûts de production élevés, fragilise des entreprises pourtant ancrées dans leur territoire. Le placement en redressement judiciaire de la FDB s’inscrit dans une série de difficultés rencontrées par des sites industriels français ces dernières années.

Europlasma, qui a multiplié les reprises d’entreprises en difficulté, se trouve désormais lui-même dans une posture délicate. Le groupe, en proie à des problèmes financiers, a annoncé vouloir céder ses activités militaires, dont certaines étaient censées être développées à la Fonderie de Bretagne. Cette stratégie de recentrage pourrait fragiliser davantage les sites qu’il a repris, faute de moyens suffisants pour les soutenir. La situation de la FDB met ainsi en lumière les limites d’un modèle économique basé sur des repreneurs opportunistes, parfois peu outillés pour assurer la pérennité des sites.

Et maintenant ?

Les prochains jours seront décisifs pour la Fonderie de Bretagne. D’ici le 17 juillet, les dirigeants d’Europlasma et les acteurs locaux doivent trouver trois millions d’euros pour éviter la liquidation. Plusieurs pistes sont évoquées : recherche de nouveaux investisseurs, levée de fonds ou intervention de l’État via des dispositifs de soutien aux sites industriels. Une chose est sûre : sans solution rapide, l’usine de Caudan pourrait disparaître, emportant avec elle 245 emplois et un savoir-faire industriel de plus de 150 ans.

Quel que soit l’issue, cette affaire soulève des questions plus larges sur la stratégie industrielle française. Faut-il miser sur des repreneurs opportunistes, ou privilégier des acteurs capables d’investir durablement dans les sites qu’ils reprennent ? Les prochains mois pourraient apporter des éléments de réponse, alors que le secteur de la fonderie continue de subir les effets d’une concurrence accrue et d’une demande en mutation.

Selon les délégués CGT, Europlasma n’a pas versé l’intégralité des sommes promises depuis la reprise en avril 2025. Par ailleurs, les investissements annoncés pour diversifier la production, notamment vers des activités militaires, n’ont jamais été engagés. La société traverse elle-même des difficultés financières, ce qui a pu freiner ses engagements initiaux.