Un an et demi après son lancement, le fonds dédié à l’investissement dans l’industrie de la défense lancé par Bpifrance peine à séduire les épargnants français. Malgré un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et une hausse généralisée des budgets militaires, les particuliers boudent ce placement présenté pourtant comme stratégique. Selon Capital, ce fonds de 450 millions d’euros, ouvert en mars 2025, n’aurait collecté que moins de 100 millions d’euros à ce jour, soit moins de 25 % de son objectif initial.

Ce qu’il faut retenir

  • Un fonds souscrit à moins de 25 % : malgré un ticket d’entrée fixé à seulement 500 euros, le fonds Bpifrance Défense a enregistré une collecte inférieure à 100 millions d’euros, loin des 450 millions espérés.
  • Un secteur en forte croissance : l’industrie de la défense française, deuxième exportateur mondial d’armement, affiche des perspectives de rendement attractives, estimées trois à quatre fois supérieures à celles du Livret A selon un éditorialiste économique.
  • Des freins d’ordre moral : 70 % des Français refusent d’investir dans ce secteur, invoquant des raisons éthiques ou politiques, selon le baromètre Ifop-Altaprofits.
  • Une préférence pour les placements sécurisés : les Français privilégient traditionnellement des investissements comme l’assurance-vie, jugés moins risqués que les actions du secteur de la défense.
  • Une initiative portée par Bpifrance : le fonds, lancé en mars 2025, vise à mobiliser l’épargne privée pour soutenir les entreprises stratégiques du secteur.

Un paradoxe entre contexte géopolitique et désaffection des épargnants

Alors que les menaces internationales se multiplient – conflit en Ukraine, instabilité au Moyen-Orient, tensions en Asie – l’industrie de la défense traverse une période faste. Les commandes militaires affluent, et les entreprises du secteur enregistrent des carnets de commandes pleins. Pourtant, les Français restent largement indifférents à cette dynamique. Selon Capital, seulement moins de 100 millions d’euros ont été investis dans ce fonds depuis son lancement, un montant bien en deçà des attentes. « Ça a démarré doucement », constate Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique sur BFM TV et RMC, qui évoque un paradoxe entre la conjoncture internationale et la réticence des épargnants.

Pourtant, les arguments en faveur de cet investissement sont nombreux. La France, deuxième exportateur mondial d’armement, compte plusieurs champions industriels reconnus. « La défense est un des secteurs les plus en croissance », rappelle Emmanuel Lechypre. « Tout ça rapportera avec une quasi-certitude trois à quatre fois plus que le Livret A », ajoute-t-il. Malgré ces perspectives, les Français continuent de bouder ce type de placement, préférant des solutions perçues comme plus sûres.

Des réticences avant tout morales et politiques

Le principal frein à l’adhésion des épargnants n’est pas financier, mais éthique. D’après le dernier baromètre Ifop-Altaprofits, 70 % des Français se déclarent opposés à un investissement dans le secteur de la défense. Ce chiffre, stable depuis un an, reflète une défiance persistante malgré l’évolution du contexte géopolitique. « Une grande partie des Français invoquent des raisons politiques, éthiques ou morales », explique Emmanuel Lechypre. Beaucoup estiment que le financement de la défense relève de la responsabilité de l’État et doit être assuré par l’impôt plutôt que par l’épargne privée.

Cette réticence s’inscrit dans une tendance plus large : les Français recherchent des placements alignés sur leurs valeurs. « Les Français sont pacifistes. Ils veulent que leurs économies soient placées dans des entreprises qui correspondent à leurs convictions », souligne l’éditorialiste. Cette préférence pour des investissements « éthiques » ou « responsables » explique en partie leur méfiance envers un secteur aussi controversé que celui de l’armement. À cela s’ajoute leur goût historique pour les placements sécurisés, comme l’assurance-vie, jugés moins risqués que les actions d’entreprises de défense.

Un fonds accessible mais peu attractif

Lancé en mars 2025 avec un ticket d’entrée fixé à seulement 500 euros, le fonds Bpifrance Défense se voulait accessible au grand public. Pourtant, sa collecte reste confidentielle. Les raisons de ce désintérêt sont multiples. D’un côté, les épargnants perçoivent ce secteur comme risqué et moralement discutable. De l’autre, ils restent attachés à des produits d’épargne traditionnels, perçus comme plus stables. « Ils préfèrent l’assurance-vie et pas les risques », résume Emmanuel Lechypre.

Bpifrance, qui porte ce fonds, misait sur l’engouement des particuliers pour des placements « utiles » et stratégiques. Mais l’initiative peine à convaincre. Les épargnants, même soucieux de soutenir l’économie nationale, semblent réticents à l’idée de placer leur argent dans un secteur aussi symboliquement chargé. Le contexte géopolitique, s’il rend ce secteur plus visible, ne suffit pas à lever les obstacles d’ordre moral et éthique.

Et maintenant ?

Le fonds Bpifrance Défense pourrait évoluer dans les mois à venir pour tenter de séduire un public plus large. Une campagne de sensibilisation ciblant les épargnants les plus engagés sur les enjeux de souveraineté industrielle est envisagée. Par ailleurs, la prochaine publication des résultats financiers des grands groupes de défense français, attendue d’ici l’automne 2026, pourrait influencer l’opinion des investisseurs. Reste à voir si ces éléments suffiront à convaincre une majorité d’épargnants, alors que les tensions internationales persistent et que les rendements potentiels restent attractifs.

En définitive, ce fonds illustre une tension entre les impératifs économiques et les convictions personnelles des épargnants. Si le secteur de la défense offre des opportunités de rendement, son image reste un obstacle majeur. Pour Bpifrance, la tâche s’annonce complexe : comment concilier croissance économique et acceptabilité morale d’un placement ? La réponse dépendra en grande partie de l’évolution des mentalités et du contexte géopolitique dans les années à venir.

Bpifrance a lancé ce fonds en mars 2025 pour permettre aux épargnants français de soutenir les entreprises stratégiques du secteur de la défense. L’objectif était de mobiliser l’épargne privée afin de financer des acteurs clés dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de hausse des budgets militaires mondiaux.

Selon Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique, les perspectives de gains de ce fonds seraient trois à quatre fois supérieures à celles du Livret A, un placement sans risque réputé pour sa faible rémunération. Ces estimations s’appuient sur la forte croissance du secteur et ses carnets de commandes remplis.