Vingt jeunes footballeurs issus des centres de formation les plus prestigieux de France se sont affrontés le 28 mai dernier non pas sur un terrain, mais sur la scène du Château de Versailles. Leur objectif ? Remporter le premier prix au concours national d'éloquence organisé par l'association Prométhée Éducation. Une compétition qui, année après année, bouscule les préjugés sur les sportifs et leurs compétences, selon Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • La 7e édition du concours d'éloquence pour jeunes footballeurs s'est tenue le 28 mai 2026 au Château de Versailles, avec vingt finalistes issus de dix centres de formation français.
  • Parmi les participants figuraient Arthur Bar et Zélie Merlaud, deux apprentis du PSG, âgés de 16 ans, qui ont défendu le sujet des droits des enfants sans remporter de prix mais en revendiquant leur légitimité à s'exprimer.
  • Usuman Kebeh, milieu de terrain à l'AS Monaco, a remporté le premier prix dans la catégorie « Lauréats » pour son plaidoyer sur « La chance est-elle une illusion ? ».
  • Le concours est animé par Mohamed Slim, fondateur de Prométhée Éducation et diplômé de Sciences Po Paris, qui forme depuis sept ans les jeunes footballeurs à l'art oratoire.

Un concours qui s'affranchit des clichés

Pour la septième année consécutive, le concours national d'éloquence organisé par Prométhée Éducation a réuni des apprentis footballeurs en quête d'un autre type de reconnaissance que celle des terrains. Le 28 mai 2026, vingt d'entre eux — issus de dix centres de formation d'élite en France — ont présenté leurs plaidoyers devant un jury composé de personnalités issues des milieux sportifs, culturels et politiques. Une première pour beaucoup, qui ont découvert les salons du Château de Versailles dans le cadre d'une compétition où les sifflets des arbitres laissent place aux applaudissements des jurés.

Parmi les finalistes figuraient Arthur Bar et Zélie Merlaud, deux jeunes de 16 ans évoluant au centre de formation du Paris Saint-Germain. Leur prestation, centrée sur les droits des enfants, ne leur a pas valu de médaille, mais leur a permis de revendiquer une place bien au-delà du ballon rond. « On a tous montré un par un nos talents, que le foot ne faisait pas de nous des imbéciles. Je pense qu’aujourd’hui on a cassé un stéréotype qui nous suit beaucoup », a déclaré Arthur Bar à Euronews FR.

L'éloquence, un outil d'avenir pour les jeunes athlètes

Cette initiative, soutenue par plusieurs clubs professionnels dont le PSG, l'AS Monaco et l'Olympique Lyonnais, s'inscrit dans une démarche plus large de formation globale des jeunes sportifs. Mohamed Slim, fondateur de l'association et diplômé de Sciences Po Paris, consacre depuis sept ans une partie de son temps à préparer ces jeunes à l'art de la prise de parole. Son constat est clair : nombreux sont les joueurs issus de milieux défavorisés ou de quartiers sensibles, qui ne disposent pas toujours des outils nécessaires pour s'exprimer avec aisance, que ce soit sur le terrain ou en dehors.

« Les athlètes sont des figures pour la jeunesse et portent des messages. Donc, pour pouvoir porter des messages efficacement, il faut savoir parler aisément », a expliqué Mohamed Slim à Euronews FR. Au fil des années, il a formé des talents qui sont devenus des professionnels, comme Ayyoub Bouaddi (LOSC Lille) ou Warren Zaïre-Emery (PSG), aujourd'hui appelés à représenter leur pays. Pour lui, l'enjeu dépasse le cadre sportif : il s'agit de donner aux jeunes les moyens de s'intégrer pleinement dans la société, qu'ils deviennent footballeurs ou non.

Usuman Kebeh, porte-drapeau d'une nouvelle génération

Le lauréat de cette édition, Usuman Kebeh, n'est âgé que de 16 ans. Milieu de terrain à l'AS Monaco, il a remporté le premier prix dans la catégorie « Lauréats » pour son intervention sur le thème « La chance est-elle une illusion ? ». Un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, comme il l'a confié à Euronews FR : « C'est un sujet qui me procure beaucoup d'émotion, je pense que c'est ça qui m'a permis de prendre le dessus. Je n'avais aucune idée que j'avais ce talent. »

Lors de sa prestation, Usuman Kebeh a évoqué ses origines gambiennes et son parcours dans un quartier populaire. « Quand je suis monté sur scène, j’ai pensé à l’endroit d’où je viens, d’Afrique. J’ai représenté mon pays, qui est la Gambie, ou même tous les Africains, même toutes les personnes de peau noire, surtout que j’habite dans un quartier, donc pour moi j’ai vraiment cassé un cliché », a-t-il souligné. Une performance saluée par le jury, notamment par Pascal Gentil, double médaillé olympique en taekwondo : « Dans son timbre, son langage non-verbal, dans la façon dont il utilisait ses accessoires — par exemple ses lunettes — par le fait qu'il a posé un temps de silence, qu'il nous a regardés avec insistance, il a vraiment réussi à nous captiver. »

Un jury d'exception pour une compétition exigeante

Le jury de cette septième édition était composé de personnalités aux profils variés, reflétant l'ambition du concours. Outre Pascal Gentil, on comptait parmi les juges Elisabeth Moreno, ancienne ministre déléguée à l'Égalité entre les Femmes et les Hommes, et Karl Olive, député à l'Assemblée nationale et ancien journaliste sportif. Tous ont salué la qualité des interventions, à commencer par Elisabeth Moreno : « J'ai passé deux heures et demie à écouter des jeunes de 15 et 16 ans porter des messages extrêmement puissants. Entendre un jeune homme parler d'inégalité entre hommes et femmes m'a donné des frissons. Prendre le temps de les écouter, de leur apprendre les techniques de la prise de parole, c'est leur donner la possibilité de pouvoir exprimer leurs idées. »

Karl Olive, pour sa part, a souligné l'évolution des centres de formation : « On est dans une révolution parce qu'il y a dix ans peu de clubs professionnels avaient dans leur programme des enseignements de ce type. Il y a un savoir-faire qui se développe dans les centres de formation des clubs de football professionnels. C'est important parce que certains jeunes vont être amenés à être interviewés en direct. » Avant d'ajouter, avec une pointe d'optimisme : « En tant que député, je pense qu'il y a de nombreux jeunes qui se sont exprimés lors de la finale qui seraient capables de prendre la parole dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale ! »

Et maintenant ?

Si le concours d'éloquence organisé par Prométhée Éducation reste pour l'instant réservé aux jeunes footballeurs en formation, son succès pourrait inciter d'autres disciplines sportives à adopter des initiatives similaires. Mohamed Slim et son équipe préparent déjà la huitième édition, tandis que des clubs comme le PSG ou l'AS Monaco pourraient étendre ce type de programme à l'ensemble de leurs jeunes talents. Pour Usuman Kebeh, la prochaine échéance sera l'oral du baccalauréat, une autre occasion de mettre en pratique les compétences acquises. Autant dire que l'art de la rhétorique a de beaux jours devant lui.

À l'heure où le football français brille sur la scène internationale — comme en témoigne la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions le 30 mai 2026 — ces jeunes athlètes prouvent qu'ils ont bien plus à offrir que des performances sportives. Leur engagement dans ce concours révèle une autre facette de leur personnalité, où la parole devient aussi un terrain de jeu à part entière.

Le concours est organisé par l'association Prométhée Éducation, fondée par Mohamed Slim, diplômé de Sciences Po Paris. Cette structure s'est donnée pour mission de former les jeunes footballeurs à l'art oratoire, en collaboration avec plusieurs clubs professionnels français.

Parmi les clubs impliqués figurent le Paris Saint-Germain, l'AS Monaco et l'Olympique Lyonnais. D'autres centres de formation pourraient rejoindre l'initiative dans les années à venir.