Plus de 42 000 hectares de forêts sont partis en fumée cet été dans le sud-ouest de la France, selon les derniers bilans rendus publics. Une situation qui illustre une tendance alarmante observée à l'échelle européenne, où les incendies se multiplient d'année en année, de la France à la Grèce en passant par l'Espagne. Sylvain Delzon, docteur en écophysiologie à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et à l’université de Bordeaux, souligne que cette recrudescence est directement liée au dérèglement climatique d'origine humaine.

Ce qu'il faut retenir

  • 42 000 hectares de forêts détruits dans le sud-ouest de la France cet été, selon les premiers bilans
  • Une augmentation constante des incendies en Europe, notamment en France, Grèce et Espagne
  • Sylvain Delzon, expert à l’Inrae et à l’université de Bordeaux, attribue cette tendance au dérèglement climatique d'origine humaine
  • La question se pose : faut-il replanter les zones sinistrées et, surtout, repenser la gestion des forêts pour les rendre plus résistantes aux incendies ?

Un phénomène européen aux conséquences dramatiques

L’été 2026 confirme une fois de plus que les incendies de forêt ne sont plus une exception estivale, mais une réalité récurrente en Europe. Dans le sud-ouest de la France, les départs de feu ont ravagé des milliers d’hectares, contraignant des centaines de personnes à évacuer leurs domiciles. La Grèce et l’Espagne, régulièrement touchées par des mégafeux, enregistrent également des bilans humains et matériels lourds. « Le risque d’incendie ne cesse d’augmenter chaque année », rappelle Sylvain Delzon dans une interview accordée à RFI. Pour l’expert, cette situation n’est pas une simple coïncidence, mais le résultat d’un climat plus sec et plus chaud, deux paramètres directement influencés par l’activité humaine.

Les données climatiques disponibles confirment cette analyse. Les températures estivales sont en moyenne supérieures de 1,5 à 2°C par rapport aux moyennes du XXe siècle, tandis que les épisodes de sécheresse se prolongent. Autant dire que les forêts, déjà fragilisées par des décennies de gestion sylvicole intensive, peinent à résister à cette nouvelle donne. « Les arbres, surtout les plus âgés, souffrent de plus en plus », explique Delzon, qui étudie depuis des années la résistance des espèces végétales à la sécheresse.

Repenser les forêts pour limiter les risques

Face à l’ampleur des dégâts, une question s’impose : faut-il replanter les zones brûlées ? La réponse n’est pas aussi simple qu’il y paraît. D’un côté, la régénération naturelle est souvent compromise par l’aridité persistante du sol. De l’autre, les essences traditionnelles, comme le pin maritime dans le sud-ouest, se révèlent particulièrement vulnérables aux incendies. « Il ne s’agit pas seulement de replanter, mais de repenser l’ensemble de l’écosystème forestier », insiste Delzon. Selon lui, une approche combinant diversité des espèces, réduction de la densité des peuplements et création de coupures de combustible pourrait réduire significativement les risques.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique de gestion adaptative, où la forêt n’est plus considérée comme un simple stock de bois, mais comme un écosystème complexe à préserver. Des projets pilotes, menés notamment dans les Landes, montrent déjà des résultats encourageants. En introduisant des feuillus comme le chêne ou le hêtre, moins inflammables que les résineux, et en espaçant les arbres pour limiter la propagation des flammes, les gestionnaires forestiers obtiennent des premiers succès. « La forêt de demain ne sera pas la copie de celle d’hier », résume Delzon.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir se multiplier les appels à projets visant à financer la reconversion des forêts sinistrées. Les collectivités locales, déjà en première ligne, pourraient bénéficier de subventions européennes dédiées à l’adaptation au changement climatique. Pour Sylvain Delzon, une chose est sûre : « Les décisions prises aujourd’hui auront un impact dans vingt ou trente ans ». Reste à voir si les pouvoirs publics et les propriétaires forestiers sauront saisir cette opportunité pour transformer durablement leurs pratiques.

Un débat qui dépasse les frontières

Si le sud-ouest de la France concentre l’attention médiatique en raison de l’ampleur des incendies, le phénomène dépasse largement les frontières nationales. En Espagne, les régions de Catalogne et d’Andalousie enregistrent des surfaces brûlées records, tandis que la Grèce, déjà touchée en 2023, voit ses forêts méditerranéennes menacées par des feux de plus en plus intenses. Les experts s’accordent sur un point : sans une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et une gestion forestière repensée, la situation ne pourra que s’aggraver. « On ne peut plus se contenter de constater les dégâts », souligne Delzon. « Il faut agir maintenant, avant que les zones encore épargnées ne deviennent à leur tour des poudrières ».

Pour l’instant, l’Union européenne n’a pas encore adopté de stratégie commune en matière de gestion des forêts face au changement climatique. Pourtant, des initiatives comme le plan « Forêts et climat » de la Commission, prévu pour 2027, pourraient marquer un tournant. En attendant, les scientifiques, les gestionnaires forestiers et les collectivités locales sont contraints d’innover à leur échelle, avec des moyens souvent limités.

Un défi de taille, alors que l’été n’est pas encore terminé et que les risques d’incendie restent élevés dans de nombreuses régions.

Selon Sylvain Delzon, les feuillus comme le chêne, le hêtre ou le charme sont généralement moins inflammables que les résineux (pin, sapin, etc.). Leur écorce plus épaisse et leur capacité à rejeter de souche après un incendie en font des candidates idéales pour les forêts de demain. Certaines espèces méditerranéennes, comme le chêne-liège, sont également très résistantes grâce à leur écorce protectrice.