Alors que l’économie russe montre des signes d’essoufflement croissants, les milieux d’affaires allemands participent de nouveau au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), surnommé le « Davos russe », qui s’ouvre ce mercredi 3 juin sous la présidence de Vladimir Poutine. Selon BFM Business, cette présence marque un retour officiel des entreprises germaniques après plusieurs années d’absence liée à la guerre en Ukraine, malgré un commerce bilatéral en forte chute depuis 2021.
Ce qu'il faut retenir
- Le SPIEF 2026 s’ouvre le 3 juin à Saint-Pétersbourg sous la présidence de Vladimir Poutine, dans un contexte de ralentissement économique russe marqué.
- Pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine, des entreprises allemandes participeront au forum pour préserver leurs plus de 100 milliards d’euros d’actifs en Russie.
- Le commerce germano-russe a chuté de près de 90% en cinq ans, passant de 59-60 milliards d’euros en 2021 à moins de 10 milliards en 2024-2025.
- L’économie russe, dépendante des matières premières, voit sa croissance s’effriter : 4,9% en 2024, 1% en 2025, et une projection à 0,4% en 2026, selon les dernières estimations.
- Les frappes ukrainiennes sur les infrastructures russes (raffineries, ports) ont affecté un quart des capacités de raffinage du pays.
- La Chine renforce sa présence économique en Russie, avec 1 400 nouvelles entreprises chinoises créées au premier trimestre 2026.
Un retour des Allemands à Saint-Pétersbourg malgré la guerre
Après plusieurs années d’absence, des représentants du monde économique allemand prendront part au SPIEF 2026, qui se tient jusqu’au 6 juin. Cette participation s’inscrit dans une logique de préservation des intérêts stratégiques, notamment pour protéger les actifs allemands estimés à plus de 100 milliards d’euros en Russie, d’après Matthias Schepp, président du conseil d’administration de la Chambre de commerce germano-russe, cité par BFM Business.
« Les entreprises allemandes souhaitent préserver leurs liens économiques avec la Russie, car après un éventuel cessez-le-feu, l’Allemagne suivra probablement la même approche que d’autres puissances occidentales », a-t-il déclaré. Il a également souligné que l’Occident ne devait pas abandonner le marché russe au profit de l’Asie, où la Chine étend son influence avec la création de 1 400 nouvelles entreprises en Russie rien qu’au premier trimestre 2026.
Une économie russe en perte de vitesse, fragilisée par la guerre
Le ralentissement économique de la Russie s’accélère. Après une croissance de 4,9% en 2024, le pays n’a enregistré qu’une progression de 1% en 2025, avec une projection à seulement 0,4% pour 2026, selon les données compilées par BFM Business. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : les sanctions occidentales, un rouble surévalué, des taux d’intérêt élevés et les conséquences des frappes ukrainiennes ciblant les infrastructures critiques.
Les attaques de drones menées par Kiev ont notamment touché des raffineries, des usines d’engrais et des ports, réduisant de 25% les capacités de raffinage du pays. Malgré une résilience partielle grâce à l’industrie de la défense, l’économie russe peine à trouver de nouveaux moteurs de croissance. « Ni les chars ni les obus n’ont de valeur de consommation : l’économie les produit, mais ils ne peuvent pas être consommés par la population », a souligné Renat Souleimenov, député communiste de Sibérie, dans une rare déclaration critique envers la stratégie militaire russe.
« De quel développement, de quels investissements et de quelles dépenses d’investissement peut-on bien parler ? »
Renat Souleimenov, député du Parti communiste
La Chine et les États-Unis, deux partenaires aux approches contrastées
Tandis que les entreprises allemandes tentent de maintenir une présence en Russie, la Chine renforce son emprise économique. Avec 1 400 nouvelles entreprises chinoises créées au premier trimestre 2026, Pékin consolide sa position de partenaire commercial incontournable. En parallèle, les États-Unis et la France, bien que dans une logique de dialogue économique avec Moscou, n’ont pas encore concrétisé les promesses d’assouplissement des sanctions évoquées lors des pourparlers de paix lancés en février 2025. Ces discussions, suspendues en raison du conflit entre Washington et Téhéran, laissent peu d’espoir d’un changement rapide.
« Les rebonds et l’enthousiasme observés sur le marché boursier russe à chaque nouvelle positive issue des pourparlers de paix indiquent quelle devrait être leur véritable réponse », a relevé, sous couvert d’anonymat, un haut dirigeant d’entreprise interrogé par Reuters et cité par BFM Business. Pourtant, l’absence de progrès concrets dans les négociations et la poursuite de la guerre rendent cette perspective incertaine.
Quelles solutions pour relancer une économie à bout de souffle ?
Face à cette situation, les autorités russes explorent des pistes pour stimuler la croissance. Lors du SPIEF 2026, les débats devraient porter sur la réaffectation de la main-d’œuvre vers des secteurs plus dynamiques, ainsi que sur le développement de plateformes numériques et d’outils d’intelligence artificielle dans le commerce et la banque. Cependant, les marges de manœuvre restent limitées : le taux d’intérêt directeur reste à deux chiffres, les impôts ont augmenté pour financer la guerre, et les investissements privés reculent depuis deux ans.
« Le gouvernement n’a pratiquement rien à proposer pour relancer la croissance », a déploré Oleg Vyouguine, ancien vice-président de la Banque centrale, interrogé par Reuters. Les facteurs qui ont soutenu l’économie russe sous Vladimir Poutine – investissements étrangers, recettes énergétiques et dépenses publiques – sont soit épuisés, soit en forte diminution depuis le début du conflit en Ukraine.
« La question est de savoir ce qui stimulera la croissance si les consommateurs ne sont pas susceptibles d’augmenter leurs dépenses, si les investissements sont en baisse depuis deux ans et si la politique budgétaire est, au mieux, non stimulante. »
Anton Tabakh, économiste en chef de l’agence de notation Expert RA
La flambée des prix du pétrole, tirée par la guerre au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz, a offert un répit temporaire à Moscou. Mais cette manne reste fragile et ne suffit pas à compenser les effets structurels de l’isolement économique et des sanctions.
Dans un contexte où les États-Unis et l’Union européenne maintiennent une pression économique sur Moscou, l’évolution du SPIEF – forum à la fois économique et politique – sera scrutée pour y déceler les moindres signes de changement dans la stratégie russe.
Les milieux d’affaires allemands souhaitent préserver leurs intérêts en Russie, où leurs actifs sont estimés à plus de 100 milliards d’euros. Leur participation s’inscrit dans une logique de protection de leurs investissements, dans l’attente d’un éventuel cessez-le-feu qui permettrait de relancer les échanges, comme le rapporte Matthias Schepp, président de la Chambre de commerce germano-russe.