Entre 2019 et 2025, le nombre de saisies sur les comptes bancaires en France a été multiplié par trois, une tendance qui s’accompagne d’une augmentation des frais facturés aux clients, selon un rapport de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) publié le 27 mai 2026 et relayé par Cryptoast. Ces pratiques, dénoncées pour leur caractère « exorbitant » et leur impact sur les ménages déjà fragilisés, seraient à l’origine de plusieurs centaines de millions d’euros de revenus supplémentaires pour le secteur bancaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Les saisies bancaires ont triplé entre 2019 et 2025, selon l’UNAF.
  • Les frais de saisie-attribution dépassent souvent 100 €, avec des pics à 250 € pour certaines banques.
  • Près de 75 % des saisies n’aboutissent pas à un recouvrement effectif de la dette, mais les frais sont tout de même facturés.
  • Ces frais aggravent la précarité des ménages, entraînant des coûts pour les finances publiques.
  • L’UNAF propose quatre mesures pour encadrer ces pratiques, dont un plafond annuel des frais de saisie.

Des frais qui s’envolent et des ménages de plus en plus vulnérables

L’UNAF met en lumière une pratique bancaire qui, sous couvert de recouvrement de créances, génère des revenus colossaux au détriment des clients les plus fragiles. Selon le rapport, la majorité des établissements financiers appliquent des frais dépassant 100 € pour une saisie-attribution, avec des tarifs pouvant atteindre 250 € dans certains cas. Ces montants, souvent prélevés sur des comptes déjà asphyxiés par des impayés, aggravent une situation déjà critique pour les ménages en situation de précarité.

Le problème ne se limite pas à l’addition des frais. Dans près des trois quarts des cas, les saisies n’aboutissent pas à un recouvrement effectif de la dette initiale. Le solde du compte visé est insuffisant pour solder la créance, ce qui prive le créancier de son dû. Pourtant, la banque facture intégralement ses frais de saisie, transformant ainsi une opération blanche pour le créancier en une double peine pour le client.

Un cercle vicieux qui appauvrit les ménages et pèse sur les finances publiques

Pour les personnes déjà endettées, l’ajout de frais bancaires liés à une saisie peut rendre impossible le paiement des dépenses essentielles. « À cause des frais bancaires de saisie, de nombreuses personnes n’ont plus les moyens de payer leur loyer ou de faire face à leurs obligations familiales, sans même avoir pu rembourser la dette visée par la saisie », souligne l’UNAF dans son rapport. Ces situations, de plus en plus fréquentes, créent un effet domino : l’appauvrissement des ménages augmente les besoins en accompagnement social, tandis que les prestations sociales perçues financent indirectement les frais facturés par les banques.

Le secteur bancaire, lui, y trouve son compte. Selon l’UNAF, ces frais représenteraient « plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires » pour les établissements. Une manne financière qui, selon l’organisation, rend cette pratique « perdant-perdant pour tous, sauf pour la banque qui tient le compte ».

La Fédération bancaire française justifie les coûts par la complexité des saisies

Face à ces critiques, la Fédération bancaire française (FBF) a réagi en défendant les pratiques des banques. Dans une réponse transmise à Cryptoast, elle a rappelé que les saisies mobilisent des « compétences humaines particulières », des « systèmes d’information adaptés » et exposent les établissements à un « risque opérationnel élevé ». Un argument que l’UNAF juge insuffisant, d’autant que les procédures de saisie, autrefois non automatisées, bénéficient aujourd’hui de technologies plus performantes, réduisant les coûts réels pour les banques.

La FBF a également souligné que le virement instantané, de plus en plus utilisé, complexifie encore davantage la gestion des saisies. Un point de vue qui n’a pas convaincu l’UNAF, pour qui les frais facturés restent disproportionnés par rapport aux coûts réels engagés par les établissements.

Quatre propositions pour limiter l’impact des frais de saisie

Pour tenter de briser ce cercle vicieux, l’UNAF formule quatre propositions concrètes. La première consiste à encadrer les frais de saisie-attribution, sur le modèle de ce qui existe déjà pour les frais de saisie administrative à tiers détenteur. Deuxième axe : limiter les frais facturés en cas de saisie inopérante, c’est-à-dire lorsque le recouvrement de la dette n’aboutit pas. Troisièmement, l’organisation demande un renforcement de la protection des clients en situation de fragilité financière, avec des dispositifs d’alerte et d’accompagnement adaptés. Enfin, elle propose d’instaurer un plafond annuel des frais de saisie pour éviter que les ménages ne s’endettent davantage.

Ces mesures, si elles étaient adoptées, pourraient atténuer l’impact des saisies sur les budgets des ménages les plus vulnérables. Reste à savoir si les pouvoirs publics et les banques seront prêts à les mettre en œuvre. Pour l’UNAF, la réponse est sans ambiguïté : « Sauf pour la banque qui tient le compte », le statu quo n’est plus tenable.

Et maintenant ?

Le rapport de l’UNAF pourrait alimenter les débats parlementaires sur la régulation des frais bancaires, notamment dans le cadre de la loi de finances 2027 ou d’une future proposition de loi dédiée. Une consultation entre les associations de consommateurs, la FBF et les autorités de régulation (ACPR, Banque de France) est attendue d’ici la fin de l’année. Si les propositions de l’UNAF venaient à être partiellement reprises, cela pourrait entraîner une baisse des frais pour les ménages concernés, mais les banques pourraient aussi chercher à compenser cette perte de revenus par d’autres types de prélèvements.

Un enjeu de société qui dépasse le simple cadre bancaire

Au-delà des chiffres et des propositions techniques, le rapport de l’UNAF rappelle une réalité sociale préoccupante : les saisies bancaires, loin d’être un simple outil de recouvrement, deviennent un facteur d’exclusion pour des milliers de foyers. « Ces frais transforment une difficulté ponctuelle en une spirale d’endettement durable », résume l’organisation. Face à l’absence de données publiques précises sur l’ampleur réelle du phénomène, l’UNAF appelle à une transparence accrue de la part des banques et des pouvoirs publics.

En attendant, les ménages concernés restent pris au piège d’un système où les frais de saisie, souvent supérieurs au montant de la dette initiale, s’ajoutent aux difficultés existantes. Une situation que l’UNAF qualifie de « jeu perdant-perdant », sauf pour les banques. Un constat qui, à l’heure où la précarité financière touche près de 10 % des Français, devrait inciter à une réflexion urgente sur l’équité des pratiques bancaires.

Selon l’UNAF, les saisies peuvent concerner des impayés de toutes natures : factures d’hôpitaux, loyers, amendes, crédits à la consommation ou dettes fiscales. Ces créances peuvent provenir de créanciers privés ou publics, et leur recouvrement est souvent confié aux banques, qui facturent des frais pour cette prestation.