L’ancien président de la République François Hollande, qui n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2027, expose dans un livre-programme ses propositions en matière de retraites. Selon nos confrères de BFM Business, il suggère notamment de fixer l’âge légal de départ à 63 ans dès 2028, avant d’allonger progressivement la durée de cotisation, une approche opposée à la volonté socialiste de revenir à 62 ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Âge légal à 63 ans : Hollande propose de porter l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans à partir du 1er janvier 2028.
  • Allongement des cotisations : La durée de cotisation serait ajustée en fonction de l’évolution de l’espérance de vie, via un mécanisme piloté par les partenaires sociaux.
  • Indexation des pensions limitée à 1% pendant cinq ans, ce qui équivaudrait à un report d’un an de l’âge de départ.
  • Part de capitalisation : Introduction d’une part de capitalisation contrôlée par les partenaires sociaux.
  • Financement : Les mesures seraient financées par une contribution sur les grosses successions et une hausse progressive de la TVA de 20% à 24%, avec un taux réduit maintenu à 5,5% pour les produits de première nécessité.
  • Refus d’une alliance avec La France insoumise : Hollande exclut toute collaboration avec Jean-Luc Mélenchon.

Un livre-programme en vue de 2027

François Hollande publie « Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche », un ouvrage qui tient lieu de programme politique en prévision d’une éventuelle candidature à l’élection présidentielle. Comme le rapporte BFM Business, l’ancien chef de l’État y défend une réforme structurelle des retraites, marquée par un âge légal fixé à 63 ans dès 2028, suivi d’un ajustement continu des durées de cotisation. « Le dossier des retraites reviendra inéluctablement sur la table », écrit-il dans cet essai à paraître le 3 septembre aux éditions Robert Laffont.

Contrairement à la ligne défendue par une partie de la gauche, qui milite pour un retour à l’âge légal de 62 ans, Hollande privilégie un relèvement progressif de l’âge pivot, lié à l’allongement de l’espérance de vie. « L’âge pivot doit tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et être corrigé en permanence », explique-t-il dans un entretien accordé au Point. Cette proposition s’inscrit dans la continuité de sa politique menée durant son quinquennat (2012-2017), où il avait déjà opté pour l’allongement de la durée de cotisation plutôt que pour un report de l’âge légal.

Des mesures complémentaires pour équilibrer le système

Pour financer ces ajustements, François Hollande propose plusieurs leviers. Il suggère notamment de limiter à 1% pendant cinq ans l’indexation des pensions, une mesure qui, selon ses calculs, procurerait un gain équivalent à celui d’un report d’un an de l’âge de départ. Autre piste : l’introduction d’une part de capitalisation, gérée par les partenaires sociaux. Cette idée s’inscrit dans une logique de diversification des sources de financement des retraites, un sujet récurrent dans les débats économiques actuels.

Côté financement, l’ancien président mise sur deux sources principales. D’une part, une contribution sur les grosses successions, qui toucherait les héritages les plus élevés. D’autre part, une hausse progressive du taux normal de la TVA, passée de 20% à 24%. Cependant, pour protéger le pouvoir d’achat, il prévoit de maintenir à 5,5% le taux réduit de TVA pour les produits de première nécessité, notamment alimentaires, et pour l’énergie, y compris les carburants. « Sur l’énergie, y compris les carburants, et les produits de première nécessité, notamment alimentaires, le taux réduit de TVA à 5,5% serait ramené à 0% », précise-t-il.

Baisse des cotisations salariales et rapprochement du salaire net et brut

François Hollande propose également de rapprocher le salaire net du salaire brut en réduisant les cotisations salariales. Cette mesure vise à augmenter le pouvoir d’achat des actifs sans alourdir les charges des entreprises. « Il s’agit de rapprocher le salaire net du brut en baissant les cotisations salariales », indique-t-il. Le financement de cette baisse serait assuré par une contribution ciblée, sans que le détail des modalités ne soit précisé dans les extraits révélés par BFM Business.

Cette proposition s’inscrit dans une logique plus large de « politique de l’offre », une approche qu’il avait déjà défendue durant son mandat. Elle vise à stimuler l’économie en augmentant le pouvoir d’achat des ménages tout en maintenant un équilibre budgétaire pour le système de retraites. « Défendant la politique de l’offre mise en place sous sa présidence », souligne le média économique.

Une candidature conditionnelle à l’élection présidentielle

François Hollande n’a pas encore officialisé sa candidature pour 2027, mais il précise qu’il prendra sa décision « en décembre ». Selon ses déclarations, il se présentera si la situation politique l’exige à la fin de l’année. « Je déciderai en décembre d’une éventuelle candidature. Je me présenterai si à la fin de l’année la situation l’exige », a-t-il indiqué. Il insiste sur sa conviction qu’un rassemblement est possible sous sa bannière : « J’ai la conviction qu’un rassemblement est possible ».

Cependant, il se dit prêt à renoncer à sa candidature si une autre figure proche de sa sensibilité émerge avec des chances sérieuses de victoire. « Si, en revanche, une candidature proche de ma sensibilité s’est imposée avec une perspective de victoire, pourquoi viendrais-je troubler la donne ? » interroge-t-il, tout en soulignant qu’il souhaite « la démonstration ». Cette position reflète une stratégie de rassemblement, alors que la gauche reste divisée entre plusieurs courants.

François Hollande a d’ailleurs confirmé qu’il ne participerait pas à la primaire du Parti socialiste, prévue en octobre. Cette décision le place en opposition avec d’autres figures social-démocrates, comme Raphaël Glucksmann, qui, lui, s’est engagé dans la course à l’investiture socialiste.

Une ligne politique claire, mais une alliance avec LFI exclue

Sur le plan politique, François Hollande exclut toute alliance avec La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon. « Aucune alliance n’est plus possible avec La France insoumise », affirme-t-il. Cette position marque une rupture avec une partie de la gauche radicale, qui prône des mesures plus ambitieuses en matière de retraites et de fiscalité.

L’ancien président, qui a multiplié les propositions sur des sujets variés comme l’immigration ou l’écologie, semble vouloir incarner une gauche modérée et pragmatique. Son livre-programme, qui mêle analyses économiques et propositions concrètes, s’adresse autant aux militants qu’aux électeurs indécis, dans un contexte où les questions sociales et économiques dominent le débat public.

Et maintenant ?

La publication de ce livre-programme intervient à un moment où le débat sur les retraites reste un sujet de tension en France. La proposition de François Hollande, qui s’écarte des positions traditionnelles de la gauche, pourrait relancer les discussions sur l’avenir du système par répartition. Reste à voir si cette initiative trouvera un écho parmi les électeurs et les partis politiques, alors que la gauche doit se structurer pour affronter les prochaines échéances électorales.

La décision de Hollande sur une éventuelle candidature, attendue pour décembre, pourrait également influencer la dynamique de la campagne présidentielle de 2027, dans un paysage politique déjà marqué par des divisions internes et une forte concurrence.

Dans un contexte économique marqué par des incertitudes et des pressions sur les finances publiques, la question des retraites reste un enjeu central. Les propositions de Hollande, qui combinent relèvement de l’âge légal, allongement des cotisations et introduction d’une dose de capitalisation, pourraient alimenter un débat technique, mais aussi politique, sur l’équilibre entre justice sociale et viabilité financière du système.