Le géant du streaming Spotify a été contraint d’annuler plus de 500 000 écoutes artificielles sur un morceau qui s’était hissé artificiellement en tête des classements aux États-Unis. Selon Le Figaro, cette manipulation aurait été organisée par des utilisateurs de la plateforme de paris prédictifs Kalshi, afin de toucher des gains liés à la performance de la chanson dans le classement. «Earrings», du chanteur américain Malcom Todd, sorti en 2024, a vu son nombre d’écoutes bondir de 70 % en 24 heures, passant de la dixième à la première place du Top 50 américain entre dimanche et lundi derniers.
Ce qu'il faut retenir
- Un morceau de Malcom Todd a été propulsé en tête du classement Spotify aux États-Unis grâce à des écoutes artificielles, selon Le Figaro.
- Plus de 500 000 écoutes ont été annulées par Spotify après avoir été identifiées comme générées par des bots.
- Cette hausse coïncide avec des paris suspects sur Kalshi, une plateforme de paris prédictifs où les utilisateurs pouvaient empocher jusqu’à 20 fois leur mise si la chanson atteignait la première place.
- Spotify a confirmé avoir mené une enquête interne et supprimé les royalties associées à ces écoutes manipulées.
- Kalshi a indiqué enquêter à son tour et a affiché une mention précisant que ses produits «ne sont pas approuvés par Spotify».
Une chanson propulsée par des bots et des parieurs
L’affaire prend racine dans une stratégie de manipulation coordonnée. Selon Le Figaro, un trader américain nommé Caleb Davies, connu pour ses gains sur des plateformes comme Kalshi ou Polymarket, a été le premier à alerter sur la suspicion de fraude. Il a repéré des utilisateurs pariant sur Kalshi avec des mises multipliées par vingt si «Earrings» atteignait le sommet du classement. «Tous les services de streaming font face à des manipulations des écoutes», a reconnu une porte-parole de Spotify auprès du média Wired. Elle a précisé que l’entreprise, qui ne verse pas de royalties pour ces écoutes jugées frauduleuses, applique des protocoles stricts de détection et de prévention.
Une fois l’alerte donnée, Spotify a mené une enquête interne et confirmé l’origine artificielle de la majorité des écoutes. Le morceau, initialement en tête du classement américain, a été rétrogradé à la quatrième place après suppression des données frauduleuses. Malgré cette correction, les parieurs de Kalshi avaient déjà empoché leurs gains, rendant l’opération lucrative pour eux.
Kalshi et Spotify face à la montée des dérives
Cette affaire illustre une nouvelle fois les risques liés à l’essor des plateformes de paris prédictifs, dont les mécanismes peuvent inciter à des manipulations ciblées. Kalshi, qui permet de parier sur des événements variés – y compris des classements musicaux –, est interdite en France. Selon Le Figaro, la plateforme a depuis affiché une mention sur son site rappelant que ses produits «ne sont pas approuvés par Spotify». Une porte-parole de Kalshi a indiqué à Wired être «en contact avec Spotify» et mener une «enquête approfondie» sur cette affaire.
Les dérives ne se limitent pas au domaine musical. Début avril 2026, des parieurs sur Polymarket auraient manipulé des capteurs de Météo France à l’aéroport Charles-de-Gaulle pour influencer des paris sur les températures à Paris. Météo France a porté plainte «pour altération du fonctionnement d’un système de traitement automatisé de données», révélant l’ampleur des risques lorsque des plateformes de paris interfèrent avec des infrastructures critiques.
L’intelligence artificielle, nouveau levier des manipulations
Le phénomène des écoutes frauduleuses n’est pas nouveau pour Spotify, mais il s’amplifie avec l’essor des technologies d’intelligence artificielle. Ces outils permettent de générer des écoutes artificielles de manière encore plus sophistiquée et massive. Selon Le Figaro, cette évolution alimente les craintes d’une généralisation des manipulations sur les plateformes de streaming, où la visibilité commerciale repose en grande partie sur les classements. Les artistes et labels indépendants, déjà fragilisés par la concentration du secteur, pourraient être les premières victimes de ces pratiques.
Pour contrer ces dérives, Spotify insiste sur l’efficacité de ses outils de détection. «Nous disposons des meilleures pratiques en matière de prévention des écoutes manipulées», a rappelé la porte-parole de l’entreprise. Pourtant, la rapidité des évolutions technologiques rend la tâche complexe. Les plateformes de streaming doivent sans cesse adapter leurs algorithmes pour distinguer les écoutes légitimes des manipulations orchestrées par des bots ou des réseaux de fraudeurs.
Un enjeu de confiance pour l’industrie musicale
Au-delà des pertes financières directes, cette affaire soulève une question plus large : celle de la crédibilité des classements musicaux, pilier de l’industrie du streaming. Des artistes comme Malcom Todd, dont la carrière peut être boostée ou ruinée par une brève présence en tête de classement, sont particulièrement exposés. «La musique ne devrait pas être un terrain de jeu pour les parieurs», a réagi un représentant du secteur sous couvert d’anonymat. Cette fraude rappelle également les limites des modèles économiques actuels, où la rémunération des artistes dépend en partie de leur visibilité algorithmique.
Pour les plateformes comme Spotify, l’enjeu est double : préserver l’intégrité de leurs classements tout en protégeant les revenus des artistes. La suppression de 500 000 écoutes sur un seul titre montre l’ampleur des corrections nécessaires, mais aussi les failles persistantes. Les utilisateurs, quant à eux, pourraient perdre confiance dans les données affichées, remettant en cause la légitimité des succès musicaux médiatisés.
Cette affaire rappelle que l’innovation technologique, lorsqu’elle est détournée, peut fragiliser les écosystèmes qu’elle prétend servir. Pour l’industrie musicale, la priorité reste de concilier croissance et équité, à l’heure où les algorithmes et les paris façonnent de plus en plus la réussite des œuvres.
Kalshi est une plateforme américaine de paris en ligne permettant de miser sur des événements futurs, qu’ils soient sportifs, politiques ou culturels. Contrairement aux bookmakers traditionnels, elle se concentre sur des prédictions à court terme, comme les résultats d’élections, les performances boursières ou, dans ce cas précis, les classements musicaux. Ces plateformes sont interdites en France, où les paris sportifs et les jeux d’argent sont strictement encadrés.
Spotify utilise des algorithmes avancés pour analyser les patterns d’écoute et identifier les comportements suspects, comme des écoutes répétées en boucle par un même utilisateur ou un pic d’activité anormalement rapide. La plateforme précise ne pas verser de royalties pour les écoutes jugées artificielles et travaille en continu pour améliorer ses outils de détection, notamment face à l’évolution des technologies d’intelligence artificielle utilisées pour générer des fraudes.