Alors que le conflit social s'intensifie au sein de la compagnie aérienne French Bee, cette dernière a recours à une solution exceptionnelle pour garantir la continuité de ses vols. Selon BFM Business, la direction a en effet choisi de louer des avions — et leurs équipages — à une compagnie espagnole, Wamos Air, afin d'honorer une partie de son programme malgré l'arrêt de travail de son personnel navigant.
Ce qu'il faut retenir
- Une grève de cinq jours, du 27 au 31 août 2026, a été lancée par les syndicats SNPNC-FO et CGT pour dénoncer la « dégradation continue des conditions de travail » et des salaires jugés insuffisants.
- French Bee assure maintenir « l'ensemble de son programme de vols », mais un vol Paris-Los Angeles a déjà été annulé, et d'autres passagers ont été réacheminés via Newark avec une correspondance sur Alaska Airlines.
- Pour les liaisons transatlantiques, la compagnie a affrété des appareils — avec leurs équipages — auprès de Wamos Air, une solution qui coûte « des millions d'euros » selon les syndicats.
- Les revendications portent aussi sur des plannings jugés instables, des repos insuffisants et des changements de dernière minute, des problèmes pointés depuis plus d'un an.
- La direction refuse toute négociation en pleine grève, une stratégie qualifiée de « politique de non-concession » par les syndicats.
Une grève déclenchée sur fond de tensions sociales persistantes
Le conflit qui oppose la direction de French Bee à ses hôtesses de l'air et stewards s'inscrit dans un contexte de dégradation continue des conditions de travail. Arnaud Neyt, responsable syndical au sein du SNPNC-FO, a précisé à l'AFP que l'appel à la grève, lancé pour cinq jours du 27 au 31 août 2026, visait à protester contre des salaires jugés trop bas, mais aussi contre des plannings « instables » et des repos jugés « insuffisants ». Ces problèmes, selon les syndicats, persistent depuis plus d'un an sans que la direction n'apporte de réponses concrètes.
Malgré l'arrêt de travail, French Bee affirme maintenir « l'ensemble de son programme de vols ». Une affirmation qui, selon les observateurs, semble difficile à tenir dans la durée. Interrogée sur la manière dont elle parvenait à assurer ses vols, la compagnie n'a pas répondu, laissant planer le doute sur l'efficacité réelle de ses mesures.
Des affrètements coûteux pour contourner le conflit
Pour pallier l'absence de son personnel navigant, French Bee a choisi une solution radicale : louer des avions — et leurs équipages — à Wamos Air, une compagnie espagnole spécialisée dans les vols long-courriers. Selon les syndicats, ces affrètements représentent un coût « de plusieurs millions d'euros » sur une semaine. « Il serait moins cher de satisfaire nos revendications, puisque nos demandes ne coûteront que quelques millions », a déploré Arnaud Neyt auprès de l'AFP. « C'est ubuesque. »
La situation est d'autant plus paradoxale que les salaires demandés par le personnel navigant, bien que jugés légitimes par les syndicats, restent bien inférieurs au coût des affrètements. Ces derniers, en plus d'être onéreux, soulèvent la question de la viabilité économique d'une telle stratégie à moyen terme.
Des annulations et des réacheminements déjà en cours
Les premières conséquences du conflit se font déjà sentir. Un vol Paris-Los Angeles prévu initialement le 29 août a été annulé, contraignant la compagnie à proposer une alternative : les passagers ont été acheminés via un vol Paris-Orly-Newark, avec une correspondance sur un vol d'Alaska Airlines. Une solution temporaire qui illustre les difficultés logistiques auxquelles French Bee est confrontée.
Pour les liaisons transatlantiques, l'affrètement de Wamos Air semble être la principale solution envisagée. Cependant, cette pratique reste exceptionnelle dans le secteur aérien, où les compagnies privilégient généralement des solutions internes pour gérer les conflits sociaux. Le recours à une compagnie étrangère, avec ses propres règles et conventions collectives, pourrait aussi poser des questions sur la qualité du service proposé aux passagers.
Une direction inflexible, des syndicats déterminés
Du côté de la direction, la réponse au conflit reste ferme : aucune négociation n'est envisagée tant que la grève se poursuit. « La politique de cet employeur est de ne jamais rien lâcher », a critiqué Arnaud Neyt. « Nous le regrettons, parce que cela fait plus d'un an que nous alertons sur les problèmes soulevés avec cette grève. » Les syndicats dénoncent une stratégie de blocage qui, selon eux, ne fait qu'aggraver les tensions.
Pourtant, les revendications du personnel navigant portent sur des questions concrètes : des salaires revalorisés, des plannings stables et des repos suffisants. Des demandes qui, si elles étaient satisfaites, pourraient à terme réduire les risques de conflits futurs. Mais pour l'instant, la direction de French Bee semble prête à assumer le coût des affrètements plutôt que d'engager un dialogue social constructif.
French Bee, filiale du Groupe Dubreuil qui possède également Air Caraïbes, opère selon un modèle low-cost sur des destinations long-courriers depuis Paris-Orly. Sa flotte, composée de six Airbus A350, lui permet de relier des destinations comme l'Amérique du Nord, l'océan Indien ou Tahiti. Mais cette grève met en lumière les limites d'un modèle économique qui repose en partie sur une main-d'œuvre sous tension.
Alors que les syndicats appellent à une reprise des discussions, la balle reste dans le camp de la direction. Pourra-t-elle concilier rentabilité et équité sociale ? La réponse à cette question déterminera non seulement l'avenir de French Bee, mais aussi l'image d'un secteur aérien déjà fragilisé par les crises successives.
La direction de French Bee a justifié cette décision par la nécessité de maintenir ses vols, malgré la grève. Selon les syndicats, cette stratégie reflète une politique de blocage des négociations, la direction refusant tout dialogue tant que le conflit persiste. Les affrètements, bien que coûteux, permettraient ainsi de contourner l'absence de personnel navigant sans céder aux revendications salariales et sociales.