Alors que Kadokawa, maison mère de FromSoftware, se trouve sous la pression d’un fonds d’investissement activiste, Hidetaka Miyazaki, président du studio à l’origine d’Elden Ring et de la série Dark Souls, a réaffirmé l’importance de préserver l’autonomie créative de son équipe. Selon Numerama, cette prise de position intervient dans un contexte de restructuration majeure pour Kadokawa, désormais sous l’influence croissante du fonds hongkongais Oasis Management.

Ce qu'il faut retenir

  • Oasis Management détient désormais 13,76 % de FromSoftware, après être devenu le principal actionnaire de Kadokawa en mars 2026.
  • Le fonds activiste pousse Kadokawa à licencier le PDG Takeshi Natsuno et à exiger une augmentation des revenus, notamment via une autoédition de FromSoftware.
  • Miyazaki souligne que l’environnement actuel de développement permet une totale liberté créative, sans ingérence excessive.
  • FromSoftware dépend encore largement de partenaires comme Bandai Namco ou Sony pour la distribution et le marketing de ses jeux.
  • Une autoédition forcée exposerait le studio à des coûts élevés et à des risques juridiques liés aux droits de licence.

Kadokawa sous la coupe d’un fonds activiste

Depuis le mois de mars 2026, Kadokawa, éditeur japonais historique, est sous l’influence d’Oasis Management Company, un fonds d’investissement activiste basé à Hong Kong. Comme l’a révélé Numerama le 22 mai 2026, Oasis Management est devenu le principal actionnaire de l’entreprise, déclenchant une campagne pour réformer la direction. L’objectif affiché : obtenir le licenciement de Takeshi Natsuno, actuel PDG de Kadokawa, et imposer des changements stratégiques majeurs.

Parmi les priorités d’Oasis Management figure la volonté de transformer FromSoftware, filiale de Kadokawa, en un studio autoédité. Cette proposition vise à maximiser les revenus en interne, plutôt que de les laisser aux partenaires historiques comme Bandai Namco ou Activision, qui assurent aujourd’hui la diffusion des jeux du studio. Une stratégie qui s’explique notamment par le succès mondial d’Elden Ring, dont les ventes ont été réalisées à plus de 80 % à l’international, laissant peu de bénéfices directs à Kadokawa.

FromSoftware, un joyau créatif sous surveillance

FromSoftware, dirigé par Hidetaka Miyazaki, est un acteur clé du portefeuille de Kadokawa. Le studio, connu pour des franchises cultes comme Dark Souls, Bloodborne ou Elden Ring, représente une part importante de la valeur de l’éditeur. Cependant, son modèle de développement repose sur des partenariats externes pour la distribution et le marketing. Dark Souls est ainsi associé à Bandai Namco, tandis que Bloodborne et Demon’s Souls sont liés à Sony Interactive Entertainment.

Oasis Management suggère que FromSoftware pourrait publier davantage de jeux en autonomie, voire s’autoéditer. Selon un document interne révélé par le fonds le 21 mai 2026, un titre à succès comme Elden Ring, s’il avait été autoédité, aurait permis à Kadokawa de capter une part bien plus importante des revenus. Une perspective séduisante, mais qui ignore les réalités opérationnelles du studio.

Miyazaki défend une liberté créative sans compromis

Le 12 juin 2026, Hidetaka Miyazaki a pris la parole sur le site Denfaminicogamer pour rappeler les priorités de FromSoftware. Dans un message adressé à la fois à sa maison mère et aux joueurs, il a déclaré : « Tout d’abord, je suis globalement satisfait de l’environnement de développement actuel de FromSoftware. Bien sûr, il y a des points à améliorer, mais nous sommes libres de créer les jeux que nous souhaitons sans ingérence excessive. »

« Et je crois que maintenir cet environnement à l’avenir, afin de nous permettre de nous concentrer au maximum sur le développement de nos jeux, est essentiel pour moi et pour toute l’équipe de FromSoftware. »

— Hidetaka Miyazaki, président de FromSoftware

Le créateur a également rassuré les joueurs en annonçant que l’équipe continuerait à travailler « plus dur que jamais » pour produire des jeux de haute qualité, qu’ils soient annoncés ou non. Une déclaration qui semble répondre indirectement aux pressions exercées par Oasis Management, sans pour autant entrer dans le détail des tensions internes chez Kadokawa.

L’autoédition, un pari risqué pour FromSoftware

Si l’idée d’une autoédition peut paraître attrayante sur le papier, elle comporte des défis majeurs pour FromSoftware. Aujourd’hui, des partenaires comme Bandai Namco ou Activision prennent en charge des fonctions essentielles : marketing mondial, distribution physique et numérique, gestion des plateformes, ou encore négociation avec les revendeurs. Passer à l’autoédition obligerait le studio à assumer ces coûts et responsabilités, ce qui pourrait fragiliser sa stabilité financière.

Par ailleurs, FromSoftware ne possède pas les droits de plusieurs de ses licences emblématiques. Une autoédition forcée nécessiterait donc de longues négociations avec les éditeurs historiques, comme Sony pour Bloodborne ou Demon’s Souls, ou Bandai Namco pour Dark Souls. Une procédure complexe, coûteuse, et potentiellement source de conflits juridiques.

Un fonds activiste aux méthodes controversées

Oasis Management n’en est pas à sa première tentative d’influence sur un géant du jeu vidéo. Il y a une dizaine d’années, le fonds avait tenté de convaincre Nintendo de se tourner vers les jeux mobiles free-to-play, une stratégie qui aurait pu bouleverser le modèle économique de l’entreprise japonaise. Une approche que certains observateurs qualifient de court-termiste, privilégiant les profits immédiats au détriment de la pérennité créative.

Dans le cas de FromSoftware, cette pression s’inscrit dans une logique similaire : maximiser les revenus à court terme, quitte à sacrifier l’autonomie d’un studio dont la réputation repose sur l’innovation et la qualité artistique. Une vision qui contraste avec l’approche de Miyazaki, dont la priorité reste la liberté créative de son équipe.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour Kadokawa et FromSoftware. Le fonds Oasis Management pourrait accentuer la pression sur la direction de l’éditeur, notamment en poussant pour le départ de Takeshi Natsuno. Une décision qui, si elle était prise, pourrait accélérer les changements stratégiques au sein du groupe, avec des répercussions directes sur le studio de Miyazaki.

Pour FromSoftware, l’enjeu sera de préserver son modèle actuel, tout en évaluant les alternatives proposées par Kadokawa. Une autoédition partielle ou totale pourrait être envisagée, mais elle nécessiterait des investissements lourds et une refonte des partenariats existants. À suivre, donc, d’autant que le prochain titre du studio, *The Duskbloods*, est déjà très attendu par les joueurs.

Reste à savoir si Kadokawa parviendra à concilier les exigences de ses actionnaires avec la préservation de la singularité créative de FromSoftware. Une équation complexe, où l’avenir de l’un des studios les plus respectés de l’industrie pourrait se jouer.

FromSoftware collabore principalement avec Bandai Namco pour la série Dark Souls, et avec Sony Interactive Entertainment pour Bloodborne et Demon’s Souls. Ces partenariats assurent la distribution et le marketing des jeux à l’international.