Une importante fuite de données a été signalée sur Tchap, la messagerie sécurisée de l’administration française, avec plus de 73 000 agents de l’État et 643 000 messages potentiellement exposés. Selon FrenchBreaches, cette compromission serait liée à l’usurpation d’un compte utilisateur, confirmée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).

Ce qu'il faut retenir

  • 73 467 agents de l’État concernés par cette fuite, selon les données revendiquées par un cybercriminel sur le dark web.
  • 643 459 messages consultés, ainsi que 59 386 fichiers et 13,51 Go de données récupérés.
  • Les échanges chiffrés de bout en bout ne seraient pas concernés, seuls les salons publics non sécurisés l’auraient été.
  • La DINUM et l’ANSSI ont identifié et bloqué le compte compromis pour limiter l’accès de l’attaquant.
  • Une notification a été envoyée à la CNIL concernant les données personnelles exposées.

L’incident a été détecté le 8 juin 2026, mais les investigations révèlent que l’accès illégitime aurait débuté dès juin 2023. Selon FrenchBreaches, le cybercriminel aurait exploité un compte valide lié à l’Éducation nationale pour accéder à plusieurs espaces collaboratifs interministériels. Les données exposées incluraient des identifiants, des historiques de conversations, des documents partagés et des métadonnées techniques.

La DINUM a précisé que les conversations privées chiffrées restent protégées, car Tchap utilise un chiffrement de bout en bout. Seuls les salons publics, non sécurisés par ce mécanisme, auraient été consultés. Les équipes techniques poursuivent l’analyse des journaux d’événements pour déterminer l’étendue exacte de la compromission et les données potentiellement exfiltrées. Une notification a également été transmise à la CNIL concernant les données personnelles éventuellement exposées dans certaines conversations publiques.

Un cybercriminel revendique l’accès aux données

Sur le dark web, un acteur malveillant affirme avoir récupéré un volume massif de données via Tchap, une plateforme développée sous l’égide de la DINUM et utilisée quotidiennement par des milliers d’agents publics. Selon ses déclarations, les données collectées couvriraient près de trois années d’activité, de juin 2023 à juin 2026. Parmi les éléments revendiqués figurent :

  • 73 467 agents de l’État identifiés ;
  • 643 459 messages consultés ;
  • 59 386 fichiers multimédias, dont des documents PDF, des scripts PowerShell et des pièces jointes ;
  • 13,51 Go de données téléchargées ;
  • 90 références à des contenus classés « Diffusion Restreinte ».

L’auteur de la fuite affirme avoir exploité un compte légitime appartenant à un environnement lié à l’Éducation nationale. Il aurait ensuite accédé à des espaces collaboratifs regroupant des agents de plusieurs ministères, dont ceux de l’Intérieur, des Armées, de l’Économie et des Finances, de la Justice et des Affaires étrangères. Les données récupérées incluraient des identifiants utilisateurs, des adresses e-mail professionnelles, des historiques de conversations et des métadonnées techniques.

Parmi les fichiers récupérés, certains contiendraient des informations techniques sensibles, comme des scripts d’administration, des identifiants internes ou des liens de visioconférence (Zoom, Webex). Cependant, l’authenticité et la sensibilité de ces documents n’ont pas encore été vérifiées de manière indépendante. Plusieurs espaces collaboratifs auraient également été utilisés pour des échanges informels entre agents, incluant des propos familiers ou des commentaires personnels.

Les risques potentiels pour l’administration française

Si les affirmations du cybercriminel venaient à être confirmées, les conséquences pourraient être majeures pour la sécurité des administrations concernées. Les risques identifiés incluent :

  • Des campagnes de phishing ciblé contre les agents publics ;
  • Des tentatives d’usurpation d’identité ou d’ingénierie sociale ;
  • La compromission de comptes professionnels ;
  • La collecte de renseignements sur les organisations gouvernementales ;
  • La diffusion non autorisée de documents ;
  • L’exploitation des métadonnées pour préparer des attaques ciblées.

La présence de fichiers internes et de conversations professionnelles dans les données exposées pourrait accroître l’intérêt de ces informations pour des acteurs malveillants. La DINUM rappelle par ailleurs que les informations sensibles ne doivent pas être partagées dans les salons publics de Tchap, car ceux-ci ne sont pas protégés par le chiffrement de bout en bout.

Une plateforme cruciale pour l’administration française

Développée sous la supervision de la DINUM, Tchap est présentée comme la messagerie collaborative sécurisée de l’État. Elle est utilisée quotidiennement par des milliers d’agents pour échanger des messages, partager des documents et collaborer sur des projets professionnels. Selon les informations disponibles, elle serait déployée dans de nombreux ministères et administrations, dont ceux cités précédemment.

L’incident rappelle l’importance de la cybersécurité dans les infrastructures gouvernementales, alors que les cybermenaces continuent de se multiplier. La DINUM et l’ANSSI mènent actuellement des investigations pour déterminer les modalités exactes de l’attaque, les mesures correctives à mettre en œuvre et l’étendue réelle des données exposées. Une fois les analyses terminées, des recommandations supplémentaires pourraient être émises pour renforcer la protection de la plateforme.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette fuite. La DINUM et l’ANSSI devraient publier un bilan détaillé une fois leurs investigations achevées. Par ailleurs, les agents concernés pourraient recevoir des recommandations spécifiques pour sécuriser leurs comptes. Enfin, si la fuite est confirmée, des audits de sécurité supplémentaires pourraient être lancés sur Tchap et d’autres outils collaboratifs de l’État.

À ce stade, l’authenticité des données revendiquées par le cybercriminel n’a pas été vérifiée de manière indépendante. Les autorités appellent à la prudence, tout en soulignant que les conversations privées chiffrées restent protégées. Les prochaines communications officielles permettront de clarifier l’étendue de cet incident et ses conséquences potentielles pour l’administration française.

Tchap est une messagerie collaborative sécurisée développée par la DINUM pour les agents de l’État. Elle permet d’échanger des messages, partager des documents et collaborer sur des projets professionnels. Contrairement à des outils grand public, Tchap est conçue pour garantir un niveau de sécurité adapté aux enjeux des administrations publiques.

Selon la DINUM, les conversations privées chiffrées ne sont pas concernées. Seuls les salons publics, non sécurisés par le chiffrement de bout en bout, auraient été consultés. Une notification a cependant été envoyée à la CNIL concernant les données personnelles éventuellement exposées dans ces espaces.