Selon Euronews FR, la crise à Gaza ne se limite plus aux seuls conflits armés. Elle s’aggrave sous l’effet combiné d’un réchauffement climatique aux conséquences de plus en plus tangibles, de la destruction des infrastructures essentielles et de l’accumulation des émissions de gaz à effet de serre liées à près de deux ans de guerre. Des experts humanitaires tirent la sonnette d’alarme : sans une intégration immédiate de l’adaptation climatique dans l’aide d’urgence, les systèmes de survie locaux pourraient s’effondrer définitivement.
Comme le rapporte Euronews FR, les phénomènes météorologiques extrêmes – canicules mortelles, orages diluviens et inondations – s’ajoutent aux destructions causées par les combats. Résultat : des milliers de déplacés vivent désormais dans des conditions sanitaires précaires, exposés à des risques épidémiques et à des températures mortelles. Pendant ce temps, les émissions massives générées par les opérations militaires et la reconstruction aggravent un peu plus la crise environnementale mondiale.
Ce qu’il faut retenir
- 33 millions de tonnes d’équivalent CO₂ : c’est le bilan carbone de la guerre à Gaza, selon une étude de la Queen Mary University of London, publiée en avril dans la revue One Earth. Cela équivaut aux émissions annuelles de la Jordanie ou à celles de 7,6 millions de voitures à essence.
- Plus de 1,3 million de tonnes de CO₂ ont été émises uniquement par les opérations militaires (artillerie, roquettes, équipements lourds), selon la même étude.
- En mars 2026, des orages ont transformé les rues de Gaza en « lacs stagnants », endommageant les abris de plus de 3 000 déplacés et aggravant les conditions de vie déjà insalubres.
- 800 000 Gazaouis – soit près de 40 % de la population – vivent désormais sur des sites exposés aux inondations, selon l’OCHA (Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU).
- 11 enfants, dont plusieurs nouveau-nés, sont morts d’hypothermie début février après avoir été exposés au froid et à l’humidité prolongés, indique l’UNICEF.
- Les experts de l’ONG SKT Welfare alertent sur la propagation accrue de maladies (hépatite A, infections cutanées, maladies diarrhéiques) en raison de la chaleur, de la pénurie d’eau et de l’effondrement des systèmes d’assainissement.
Une guerre qui pèse lourd sur le climat
L’impact environnemental du conflit à Gaza, souvent qualifié de « négligé » dans les débats sur le climat, est désormais chiffré avec précision. Selon les travaux de la Queen Mary University of London, relayés par Euronews FR, la guerre a déjà généré l’équivalent de 33 millions de tonnes d’équivalent CO₂. Ce chiffre inclut non seulement les émissions directes des opérations militaires – plus de 1,3 million de tonnes –, mais aussi celles liées à la reconstruction des infrastructures (routes, bâtiments) et à la construction de défenses, dont l’empreinte carbone est « considérable ».
Pour mettre ces émissions en perspective, 33 millions de tonnes correspondent aux rejets annuels de gaz à effet de serre de la Jordanie tout entière. Cela représente aussi les émissions moyennes de 7,6 millions de voitures essence circulant pendant un an, selon les standards européens. Ces données soulignent l’urgence d’intégrer les émissions militaires dans le bilan carbone des États, une revendication portée de plus en plus fortement par la communauté scientifique.
Le Dr Frederick Otu-Larbi, chercheur à l’université de Lancaster et à l’University of Energy and Natural Resources au Ghana, insiste sur cette nécessité : « Comprendre les impacts environnementaux des conflits est essentiel pour rendre pleinement compte des moteurs du changement climatique ». Il ajoute : « Une plus grande transparence sur les émissions militaires permettra de faire en sorte que ces impacts ne soient plus ignorés ».
Cette question n’est pas nouvelle, mais elle gagne en visibilité. L’an dernier, l’Ukraine a réclamé à la Russie 37 milliards d’euros de réparations climatiques, une première mondiale, pour compenser l’impact environnemental de l’invasion russe sur les écosystèmes et le climat.
Le réchauffement climatique aggrave une crise humanitaire déjà critique
À Gaza, le changement climatique ne se contente pas de s’ajouter aux destructions de la guerre : il les amplifie. L’été 2025 a été marqué par une canicule historique, avec des températures dépassant 40 °C. Cette chaleur extrême a non seulement accru les risques de déshydratation et de malnutrition, mais elle a aussi détérioré les denrées alimentaires stockées, déjà limitées par les restrictions d’accès. Des milliers de Gazaouis, privés d’électricité et de logements adaptés en raison des déplacements forcés, ont dû subir ces conditions sans protection.
Les projections de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sont alarmantes : il y a 91 % de chances qu’au moins l’une des cinq prochaines années dépasse le seuil de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Pour rappel, 2024 détient déjà le record de l’année la plus chaude jamais enregistrée. Selon l’OMM, chaque augmentation de 1 °C de la température moyenne permet à l’atmosphère de retenir 7 % d’humidité en plus, ce qui se traduit par des pluies plus intenses et des risques d’inondations accrus.
Ces mécanismes climatiques ont déjà des conséquences dramatiques sur le terrain. En mars 2026, des orages d’une violence inhabituelle ont submergé les rues de Gaza, transformant les zones résidentielles en « lacs stagnants ». Résultat : plus de 3 000 abris de déplacés ont été endommagés, aggravant leur précarité. Début février, l’UNICEF a recensé la mort de 11 enfants, dont plusieurs nouveau-nés, morts d’hypothermie après une exposition prolongée au froid, à l’humidité et au vent. Selon l’OCHA, près de 800 000 personnes – soit près de 40 % de la population gazaouie – vivent désormais dans des zones à haut risque d’inondation.
Santé publique en danger : chaleur, insalubrité et épidémies
La conjugaison des températures extrêmes, de la pénurie d’eau potable et de la dégradation des systèmes d’assainissement crée un terreau idéal pour la propagation de maladies. Asif Hussain, directeur général de l’ONG britannique SKT Welfare, met en garde : « Les agences humanitaires ont maintes fois averti que la chaleur et l’eau non potable favorisent la propagation des maladies diarrhéiques, de l’hépatite A, des infections cutanées et d’autres maladies transmissibles ». Il ajoute que les infestations de rongeurs et d’insectes se multiplient, transformant les déchets accumulés et les égouts effondrés en foyers de contamination.
Ces risques ne se limitent pas à Gaza. Selon Hussain, dans des régions comme le Yémen, le Pakistan ou d’autres « contextes fragiles », les modifications des régimes de précipitations, les sécheresses prolongées et la hausse des températures ne sont plus des événements ponctuels. « Elles deviennent des conditions structurelles qui affectent directement l’accès à l’eau, la production alimentaire, les moyens de subsistance et les économies locales », souligne-t-il. Pour l’expert, il est urgent de cesser de traiter l’adaptation climatique comme un « élément séparé » de la réponse d’urgence : « Les autorités et les acteurs humanitaires doivent intégrer cette dimension au cœur de leurs stratégies ».
Les conséquences sont déjà visibles : les systèmes de santé, déjà affaiblis par des années de conflit, peinent à contenir les flambées épidémiques. Les infrastructures sanitaires, endommagées par les bombardements et les chocs climatiques, ne peuvent plus absorber la pression. Les populations déplacées, entassées dans des camps surpeuplés, sont particulièrement vulnérables. Hussain résume la situation : « Lorsque les températures augmentent, que les égouts débordent et que les déchets s’accumulent, les conditions de transmission des maladies se détériorent en quelques semaines ».
Une urgence qui dépasse les frontières de Gaza
L’expert humanitaire Asif Hussain alerte sur un phénomène plus large : « Les communautés seront confrontées à des urgences répétées, avec de moins en plus de mal à se relever entre deux crises ». Selon lui, la dégradation de l’environnement, les conflits armés, l’insécurité alimentaire et les chocs climatiques forment désormais un cercle vicieux difficile à briser. « Lorsque les systèmes de santé s’effondrent, que les populations sont déplacées vers des environnements surpeuplés et que les températures continuent d’augmenter, contenir les épidémies devient un combat perdu d’avance », explique-t-il.
Cette réalité impose une refonte des stratégies d’aide humanitaire. SKT Welfare et d’autres ONG plaident pour que la résilience climatique ne soit plus considérée comme un « complément », mais comme une composante essentielle de l’aide d’urgence. Sans quoi, prévient Hussain, « les crises humanitaires risquent de s’enchaîner sans interruption, épuisant les ressources et les populations ».
Les 33 millions de tonnes d’équivalent CO₂ générées par le conflit proviennent principalement des opérations militaires (artillerie, roquettes, véhicules blindés), mais aussi de la reconstruction des infrastructures détruites et de la construction de défenses. Selon l’étude de la Queen Mary University of London, les 1,3 million de tonnes liées aux seules opérations militaires équivalent aux émissions annuelles de pays comme le Tchad ou le Népal.