Près de huit mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, signé le 10 octobre 2025 sous l’égide des États-Unis, la situation humanitaire à Gaza ne montre aucun signe d’amélioration. Les deux millions d’habitants de l’enclave, contraints de se concentrer sur un territoire réduit à 40 % de sa superficie initiale, subissent des conditions de vie toujours plus précaires, marquées par la surpopulation, le manque d’eau, de nourriture et de soins.
Selon BMF - International, les restrictions imposées par l’armée israélienne, qui contrôle désormais 60 % de Gaza, risquent de réduire encore davantage l’espace vital des Palestiniens. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a en effet ordonné à l’armée de prendre le contrôle de 70 % du territoire, ce qui pourrait contraindre la population à s’entasser dans seulement 30 % de l’enclave. « La situation humanitaire à Gaza demeure catastrophique, avec d’importants écarts entre les engagements pris et leur mise en œuvre sur le terrain », ont dénoncé trois ONG — Oxfam, Save the Children et Refugees International — dans un communiqué daté du 21 mai 2026.
Ce qu'il faut retenir
- 92 % des habitations détruites selon l’ONU, laissant la majorité de la population sans logement.
- 2,1 millions de Gazaouis confinés sur 40 % du territoire, avec un risque de réduction à 30 % en raison de l’extension des zones contrôlées par Israël.
- Production agricole en chute libre : entre 95 % et 99 % de baisse pour les cultures et la pêche, selon l’ONG Anera.
- 43 000 blessés nécessitant des soins à long terme, dont 10 000 enfants, selon l’OMS.
- Pénuries critiques de médicaments et de matériel médical, classés à « double usage » par Israël, selon l’OMS.
- 1,7 million de déplacés entassés dans 1 600 sites, dans des conditions sanitaires « très mauvaises », selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU.
Des conditions de vie indignes et une santé publique en péril
Les camps de déplacés, comme celui de Nuseirat dans le centre de Gaza, illustrent l’ampleur de la crise. Des familles entières vivent sous des tentes ou dans des bâtiments endommagés, entourées de gravats et de déchets. « On trouve facilement des chips ou des barres chocolatées sur les marchés, mais plus de viande ni de poisson », explique Claire Nicolet, responsable des urgences pour Médecins sans frontières (MSF). Elle souligne que la population, déjà affamée, n’a plus accès à une alimentation équilibrée. Selon l’ONG, la production agricole a chuté de 95 % à 98 %, et la pêche de 99 %, en raison de la destruction des infrastructures et des restrictions imposées par Israël.
La malnutrition touche particulièrement les enfants. « Des enfants arrivent dans nos cliniques souffrant de malnutrition aiguë sévère », confirme Janti Soeripto, de Save the Children. Leur nombre a augmenté entre janvier et avril 2026. Côté santé, le système médical est « à terre » : la moitié des hôpitaux et centres de santé ne fonctionnent pas ou partiellement. « Il n’y a pas de reconstruction », précise Claire Nicolet. L’OMS recense 22 attaques contre les infrastructures médicales en 2026. « Sans équipements de laboratoire ni concentrateurs d’oxygène, nous ne pouvons ni diagnostiquer les maladies ni sauver les patients en état critique », alerte Reinhilde Van de Weerdt, représentante de l’OMS dans les territoires palestiniens.
Eau, assainissement et maladies : une crise sanitaire sans précédent
L’accès à l’eau potable est un autre défi majeur. Israël a détruit ou endommagé près de 90 % des infrastructures hydrauliques — usines de dessalement, forages, canalisations — selon l’ONU, l’Union européenne et la Banque mondiale. « L’eau est en quantité insuffisante et souvent de mauvaise qualité », indique Claire Nicolet. Un tiers des demandes de MSF pour importer des unités de dessalement ou des produits de traitement de l’eau ont été refusées ou ignorées par les autorités israéliennes. Faute de toilettes, les populations creusent des trous dans le sable, ce qui contamine les nappes phréatiques et favorise la propagation de maladies. « L’eau est utilisée comme une arme punitive », accuse MSF.
Les conditions d’hygiène aggravent encore la situation. Dans les camps, les déchets s’accumulent, attirant rats et parasites. « Mes enfants ont été mordus par des souris, dont un à l’œil », témoigne Mohammed al-Raqab, un père de famille vivant près de Khan Younès. Ghalia Abou Selmi, 53 ans, déplacée à 20 reprises depuis octobre 2023, décrit des « allergies cutanées provoquées par les puces ». Plus de la moitié des foyers signalent des maladies de peau, selon l’Unicef. Les maladies respiratoires, diarrhéiques et les infections se multiplient, notamment chez les enfants. « Plus de la moitié des foyers signalent des maladies de la peau », indique Salim Oweis, porte-parole de l’Unicef, le 29 mai 2026.
Un cessez-le-feu bafoué et un droit international ignoré
Malgré l’accord de trêve, les violences persistent. Entre le 10 octobre 2025 et le 25 mai 2026, 881 personnes sont mortes et 2 621 blessées dans des frappes ou des tirs, selon le ministère de la Santé de Gaza. « Les attaques contre les infrastructures médicales se poursuivent », rappelle l’OMS. Mathilde Philip, professeure de droit public et coordinatrice de la Chaire lyonnaise des droits humains et environnementaux, dénonce une « violation du droit humanitaire ». « Ce droit, établi depuis le XIXe siècle, doit s’appliquer même pendant un cessez-le-feu », souligne-t-elle. « Or, la situation est épouvantable : une nouvelle catastrophe humanitaire s’ajoute à la guerre menée depuis le 7 octobre 2023. »
Les ONG dénoncent également les restrictions imposées par Israël sur l’acheminement de l’aide humanitaire. « Les quantités de marchandises entrant à Gaza sont insuffisantes et incertaines », souligne Human Rights Watch. Le plan de paix américain, qui prévoyait une reprise totale de l’aide, n’a pas été respecté. « Il y a un écart flagrant entre les engagements et la réalité sur le terrain », confirment Oxfam, Save the Children et Refugees International.
La reconstruction des infrastructures détruites, la levée des restrictions sur les biens à « double usage » et le respect scrupuleux du cessez-le-feu apparaissent comme des conditions sine qua non pour envisager une amélioration, même minime, de la situation.
Israël classe une partie du matériel — comme les pièces détachées pour générateurs, les médicaments ou les équipements métalliques — dans la catégorie « à double usage », estimant qu’il pourrait servir à des fins militaires. Selon Human Rights Watch, ces restrictions limitent considérablement l’acheminement de l’aide, malgré les besoins criants de la population civile.