« Pour la première fois depuis le début de la Ve République, les questions internationales vont être majeures dans le scrutin présidentiel. » La mise en garde formulée par François Hollande en janvier 2026, lors d’un colloque organisé par Le Grand Continent, prend une résonance particulière à quelques mois de la campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Selon BFM Business, les enjeux de sécurité, de défense et les relations européennes pourraient peser autant, sinon plus, que les thèmes traditionnels comme le pouvoir d’achat ou la dette publique.

Ce qu'il faut retenir

  • La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques pourraient devenir des critères déterminants pour les électeurs en 2027.
  • La France a vu le nombre de crises internationales passer de 30 à 120 en trente ans, selon la Croix-Rouge.
  • Les Français intègrent désormais l’impact des conflits internationaux sur leur quotidien, notamment via l’énergie.
  • L’ingérence étrangère en France s’est multipliée depuis 2023, selon les services de renseignement.
  • La Russie a désigné la France comme son principal adversaire en Europe, selon l’ancien chef d’état-major Thierry Burkhard.

Un contexte international inédit pour une campagne présidentielle

François Hollande, interrogé en janvier 2026, n’a pas mâché ses mots : la présidentielle de 2027 s’annonce comme un scrutin où l’international ne sera plus un simple décor, mais un acteur central. Selon nos confrères de BFM Business, cette situation est inédite sous la Ve République. Les électeurs pourraient devoir trancher non seulement sur des questions de société, mais aussi sur des choix stratégiques : jusqu’où soutenir l’Ukraine ? Faut-il rompre avec les États-Unis sous une administration Trump ? Comment gérer la montée en puissance de la Chine ?

Le sondeur cité par BFM Business souligne que les chocs géopolitiques pèsent désormais davantage dans le vote. Les Français ont pris conscience de leur impact concret : la guerre en Ukraine a fait flamber les factures d’énergie, tandis qu’un blocage du détroit d’Ormuz, par exemple, aurait des répercussions immédiates sur les prix des carburants et des denrées alimentaires.

La France, cible d’une guerre hybride et d’ingérences étrangères

Le phénomène des ingérences étrangères s’est intensifié ces dernières années. Lors de l’université d’été du Medef, la directrice générale de la sécurité intérieure (DGSI) a alerté sur la multiplication fulgurante de ces menaces depuis 2023. La France n’est pas seule dans cette situation : les services de renseignement allemands ont également signalé une hausse spectaculaire des cyberattaques et des pressions économiques visant des entreprises européennes.

Ce contexte s’inscrit dans une dynamique plus large. En juillet 2025, l’ancien chef d’état-major des armées, Thierry Burkhard, avait déjà prévenu que Moscou avait désigné la France comme son principal adversaire en Europe. Entre guerre hybride, retour des empires et remise en cause des alliances historiques, les Français vivent désormais dans un environnement où les menaces se diversifient et se superposent. Ukraine, Moyen-Orient, tensions commerciales, rivalité sino-américaine : autant de foyers de crise qui ne se succèdent plus, mais coexistent.

Un monde plus dangereux, des crises qui s’empilent

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la Croix-Rouge, le nombre de crises internationales est passé de 30 à près de 120 en trente ans. Une augmentation de 300 % qui illustre l’emballement du contexte géopolitique. Pourtant, la part de la France dans le PIB mondial ne représente plus que 3 %. Une faiblesse relative qui pourrait inciter les électeurs à privilégier, lors du vote, la capacité des candidats à incarner un leadership fort face à des dirigeants comme Vladimir Poutine, Donald Trump ou Xi Jinping.

Cette réalité n’est pas totalement nouvelle. En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, survenue six semaines avant le premier tour, avait déjà influencé le scrutin. À l’époque, près d’un tiers des sondés avaient déclaré que ce conflit pèserait sur leur choix. En 2017, après une série d’attentats, la lutte contre le terrorisme était devenue le thème central de la campagne. Plus tôt encore, en 1981, Valéry Giscard d’Estaing avait été critiqué pour sa politique étrangère jugée trop conciliante avec Moscou, dans un contexte marqué par la guerre en Afghanistan et la révolution islamique en Iran.

L’international comme facteur différenciant en 2027

Ce qui pourrait distinguer l’élection de 2027, c’est la radicalité des choix qui attendent le prochain président. Faut-il aller plus loin dans le soutien à l’Ukraine ? Comment reconstruire les alliances européennes fragilisées par les divergences transatlantiques ? Et surtout, la question taboue du moment : faut-il envisager une rupture avec les États-Unis sous une présidence Trump ?

Ces interrogations ne sont pas restées lettre morte. Jean-Luc Mélenchon en a fait un thème de campagne lors d’un meeting à Valence. « Macron, en s’alignant sans cesse et sans retenue sur le trumpisme, nous a rayés devant le monde de la liste des pays écoutés », a-t-il lancé, illustrant ainsi la politisation du débat international. Le trumpisme, déjà utilisé comme une arme électorale, pourrait donc peser sur les choix des électeurs français.

« Pour la première fois depuis le début de la Ve République, les questions internationales vont être majeures dans le scrutin présidentiel. Les questions de sécurité, de défense et aussi les questions européennes. »
François Hollande, ancien président de la République, janvier 2026

Des précédents historiques qui rappellent l’influence de l’international

L’histoire récente montre que les crises internationales ont souvent façonné les campagnes présidentielles. En 2022, la guerre en Ukraine avait occupé une place centrale dans les débats, tout comme en 2017, où la lutte contre le terrorisme s’était imposée après les attentats de 2015. Même en 1981, la politique étrangère de Giscard d’Estaing avait été critiquée dans un contexte marqué par la guerre froide et les chocs pétroliers.

En 2027, le défi pourrait être encore plus complexe. Les candidats devront non seulement répondre aux attentes des Français sur le pouvoir d’achat ou la sécurité intérieure, mais aussi démontrer leur capacité à naviguer dans un monde où les alliances traditionnelles sont remises en question. La montée des ingérences étrangères, la guerre hybride et la rivalité des grandes puissances ajoutent une couche de complexité inédite.

Et maintenant ?

La campagne pour 2027 s’annonce donc comme un exercice d’équilibriste. Les candidats devront à la fois rassurer sur les enjeux domestiques et prouver leur légitimité face à des défis internationaux qui ne cessent de s’aggraver. Les premières réunions de campagne, comme celle organisée ce mercredi à La REF, l’université d’été du Medef, pourraient donner le ton. Les électeurs, eux, auront à trancher : dans un monde plus dangereux, quel leader est capable de protéger les intérêts de la France ?

La présidentielle de 2027 pourrait ainsi marquer un tournant, où la géopolitique ne serait plus un sujet annexe, mais un critère décisif. Reste à voir si les candidats sauront se saisir de ce débat ou s’il sera relégué au second plan, comme cela a souvent été le cas par le passé.

Selon BFM Business, la multiplication des crises internationales, l’impact concret de ces conflits sur le quotidien des Français (facture d’énergie, sécurité économique) et la radicalisation des choix stratégiques (soutien à l’Ukraine, relations avec les États-Unis ou la Chine) pourraient faire de l’international un critère de vote déterminant. Les électeurs sont désormais conscients que ces enjeux ne sont plus abstraits, mais touchent directement leur vie quotidienne.