La plus grande copropriété d’Europe, Parly 2 située au Chesnay-Roquencourt (Yvelines), vient d’être raccordée à un réseau de chauffage et d’eau chaude sanitaire alimenté par géothermie. Ce projet de 35 millions d’euros, dont 12 millions financés par les 7 500 copropriétaires sur 12 ans, couvre désormais l’équivalent de 9 000 logements, un hôpital, l’hôtel de ville et plusieurs écoles, selon BFM Immo.
Ce qu'il faut retenir
- Un réseau de 20 km alimente désormais 70 % des besoins en eau chaude sanitaire des usagers, le reste étant assuré par du gaz pour garantir la continuité du service.
- Deux puits forés à 1 700 mètres de profondeur puisent une eau à 62 °C dans la nappe phréatique du Dogger, principale réserve d’eau chaude naturelle d’Île-de-France.
- L’investissement de 35 millions d’euros a été partiellement subventionné à hauteur de 9 millions par l’Ademe, le surplus étant réparti entre les résidents.
- Une baisse des charges de 15 à 20 % dès 2027, puis de 25 % à partir de 2029, est attendue par les habitants, qui avaient voté à 99 % en faveur du projet en 2022.
- Engie table sur un retour sur investissement en 15 ans, tandis que la géothermie profonde ne représente aujourd’hui que 1 % de la consommation de chauffage en France.
- L’Île-de-France concentre 81 % des projets français de géothermie profonde, avec des initiatives similaires à Saint-Denis, Issy-les-Moulineaux ou encore dans l’Est parisien.
Un forage à 1 700 mètres pour une énergie renouvelable constante
Le projet repose sur l’exploitation de la nappe du Dogger, une réserve naturelle d’eau chaude située sous l’Île-de-France. Deux puits ont été forés à près de 1 700 mètres de profondeur afin d’en extraire une eau à 62 °C, explique Méril Telhaoui, responsable de département réseaux chez Engie en Île-de-France. Cette eau est ensuite acheminée vers une centrale géothermique de trois étages, où elle est filtrée pour éliminer les matières corrosives avant d’être envoyée dans un réseau de 20 kilomètres.
Le système fonctionne en circuit fermé : l’eau est réinjectée dans sa nappe d’origine après utilisation, limitant ainsi les pertes. Les pompes à chaleur installées sous les bâtiments amplifient ensuite cette énergie géothermique, réduisant la consommation d’électricité nécessaire à la production de chaleur de 5 à 6 fois par rapport à un système classique.
Un coût maîtrisé pour les résidents, malgré un investissement initial élevé
Avec un budget global de 35 millions d’euros, dont 9 millions pris en charge par l’Ademe, le projet reste coûteux. Les 18 000 résidents de Parly 2 – une copropriété de 7 500 logements répartis dans 278 bâtiments, dotée de huit piscines et sept courts de tennis – paieront 12 millions d’euros sur 12 ans, soit moins de 200 euros par an et par propriétaire en moyenne.
Pour comparaison, le budget annuel de fonctionnement de Parly 2 s’élève à 30 millions d’euros, selon les données du Monde citées par BFM Immo. Les économies sur les charges de chauffage, estimées entre 15 % et 20 % dès 2027, puis 25 % à partir de 2029, constituent un argument majeur pour les habitants, qui avaient massivement approuvé le projet en 2022.
« Avec la géothermie, vous avez l’assurance d’un prix constant. En plus de ça, vous verdissez la copropriété, parce que vous consommez moins de gaz et vous rejetez moins de CO₂. Et quand on rejette moins de CO₂, on paye moins de taxes. »
— Yves de Lavergne, retraité et membre du conseil syndical de Parly 2
Une technologie prometteuse, mais encore limitée en France
La géothermie profonde représente aujourd’hui seulement 1 % de la consommation de chauffage en France, un taux bien inférieur à celui d’autres pays européens comme l’Islande. Pourtant, l’Île-de-France concentre à elle seule 81 % des projets français, avec des réalisations notables comme le village olympique des JO de Paris 2024 à Saint-Denis ou encore les réseaux en construction dans l’Est parisien.
Ces initiatives bénéficient d’un soutien croissant de l’État, qui vise à quadrupler la production de chaleur géothermique d’ici 2035. Un objectif jugé « irréaliste » par la Cour des comptes dans un rapport publié en novembre 2025. Le principal frein reste le coût initial : environ 30 000 euros par centrale, un montant qui pousse souvent particuliers et entreprises à opter pour des solutions moins onéreuses, comme les pompes à chaleur classiques.
Des risques sismiques et un manque d’expertise à surmonter
La géothermie profonde n’est pas sans défis. En Alsace, des séismes de magnitude 2,1 et 3,6 avaient été ressentis en 2019 et 2020 à proximité d’un site de forage de l’entreprise Fonroche à Vendenheim. Ces événements avaient conduit à l’arrêt définitif du projet en janvier 2022, après un investissement de 90 millions d’euros. D’autres secousses ont depuis été enregistrées, rappelant les risques liés à cette technologie.
Par ailleurs, la France ne comptait que 80 entreprises de forage qualifiées en 2023, un nombre insuffisant selon le Haut-Commissariat au plan, qui estime qu’il en faudrait 2 000 d’ici 15 à 20 ans pour répondre à la demande. L’État mise pourtant sur cette énergie pour réduire la dépendance au gaz, notamment dans le contexte géopolitique actuel.
Si la géothermie profonde offre une solution durable pour le chauffage urbain, son développement à grande échelle en France se heurte encore à des contraintes techniques et économiques. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer sa viabilité, alors que l’État affiche des ambitions fortes en matière de transition énergétique.
La géothermie permet de réduire les charges de chauffage de 15 à 25 %, offre une énergie renouvelable et stable, et limite les émissions de CO₂. Elle peut aussi réduire les taxes liées aux énergies fossiles.
Les coûts initiaux élevés (environ 30 000 € par centrale), le manque d’entreprises de forage qualifiées (80 en 2023 contre 2 000 nécessaires) et les risques sismiques limitent son essor.