Invitée ce mercredi 26 août dans l’émission Good Morning Business sur BFM Business, Estelle Grelier, présidente de Saur France et de la Fédération française des entreprises de l’eau (FFEE), a dressé un état des lieux des enjeux liés à la gestion de l’eau potable et de l’assainissement en France. Lors de son entretien avec Brigitte Boucher, elle a également évoqué les solutions envisagées pour faire face aux vagues de chaleur et aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, comme l’a rapporté BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Estelle Grelier, présidente de Saur France et de la FFEE, était l’invitée de Brigitte Boucher dans Good Morning Business ce 26 août 2026.
- Les discussions ont porté sur la gestion de l’eau potable et l’assainissement, deux secteurs clés pour l’adaptation aux changements climatiques.
- Les solutions pour limiter l’impact des vagues de chaleur et des sécheresses récurrentes ont été au cœur des échanges.
- Saur France, filiale du groupe Saur, est l’un des acteurs majeurs du secteur en France, aux côtés d’autres entreprises comme Veolia ou Suez.
- La Fédération française des entreprises de l’eau (FFEE) représente les intérêts des professionnels du secteur et participe aux débats publics sur les politiques de l’eau.
Un secteur sous tension face aux aléas climatiques
Alors que la France connaît des épisodes de sécheresse de plus en plus marqués et des températures estivales élevées, les entreprises du secteur de l’eau doivent adapter leurs infrastructures et leurs stratégies. Selon les dernières données, près de 30 % des communes françaises sont concernées par des restrictions d’eau en période estivale, un chiffre qui pourrait encore augmenter d’ici 2030 si aucune mesure d’adaptation n’est prise. Estelle Grelier a rappelé que ces défis exigent une coordination renforcée entre les acteurs publics et privés, ainsi qu’un investissement accru dans les technologies de préservation des ressources.
« Le secteur de l’eau en France fait face à une équation complexe : répondre à une demande croissante tout en préservant des ressources de plus en plus fragilisées par le changement climatique », a-t-elle souligné lors de son intervention. Elle a également pointé du doigt le besoin de moderniser les réseaux de distribution, certains datant de plus d’un siècle et accusant des taux de fuite dépassant parfois les 20 % dans certaines villes.
Des pistes pour sécuriser l’approvisionnement en eau
Parmi les solutions évoquées par Estelle Grelier, la diversification des sources d’approvisionnement occupe une place centrale. Elle a notamment insisté sur le développement des réseaux de récupération des eaux pluviales et des stations de dessalement, bien que ces dernières restent coûteuses et énergivores. Autre levier : l’optimisation de la gestion des eaux usées, qui pourrait permettre de réduire la pression sur les ressources naturelles. « Il est urgent de considérer l’eau comme une ressource stratégique, au même titre que l’énergie », a-t-elle affirmé.
Le rôle des collectivités locales a également été mis en avant. Plusieurs grandes villes, comme Paris ou Lyon, ont déjà mis en place des plans de sobriété hydrique, combinant sensibilisation des citoyens et investissements dans des infrastructures résilientes. « La gestion de l’eau ne peut plus être envisagée à l’échelle d’une commune ou d’un département, mais doit s’inscrire dans une approche globale », a-t-elle conclu.
L’innovation au service de la résilience
Estelle Grelier a également évoqué l’apport des nouvelles technologies pour améliorer la gestion de l’eau. L’intelligence artificielle, par exemple, commence à être utilisée pour anticiper les risques de pénurie et optimiser la distribution. Des capteurs connectés permettent désormais de détecter en temps réel les fuites sur les réseaux, réduisant ainsi les pertes. « Ces outils ne sont pas une option, mais une nécessité pour garantir un approvisionnement stable dans les années à venir », a-t-elle expliqué.
Côté assainissement, les procédés de traitement des eaux usées évoluent également. Les stations modernes intègrent désormais des systèmes de récupération des boues pour produire de l’énergie, réduisant ainsi l’empreinte carbone des infrastructures. « Le secteur avance, mais le rythme doit s’accélérer pour répondre à l’urgence climatique », a-t-elle précisé.
Un appel à une politique nationale ambitieuse
Alors que la France prépare son prochain plan national d’adaptation au changement climatique, Estelle Grelier a appelé à une vision à long terme. Elle a salué les avancées récentes, comme la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), mais a rappelé que les moyens alloués restaient insuffisants face à l’ampleur des défis. « Sans un engagement financier fort de l’État et des collectivités, nous risquons de subir des crises majeures dans les années à venir », a-t-elle averti.
Elle a également souligné l’importance de la coopération européenne, alors que plusieurs pays du sud du continent font face aux mêmes problématiques. « La gestion de l’eau ne connaît pas de frontières. Une approche coordonnée au niveau de l’Union européenne serait un atout majeur pour partager les bonnes pratiques et mutualiser les investissements », a-t-elle proposé.
Restent à voir les arbitrages budgétaires et les engagements concrets des pouvoirs publics. Une chose est sûre : sans une mobilisation rapide et coordonnée, la pression sur les ressources en eau ne fera que s’aggraver dans les années à venir.
Les fuites sur les réseaux d’eau en France sont principalement attribuées au vieillissement des infrastructures, certaines datant du XIXe ou du début du XXe siècle. Selon les dernières estimations, près de 30 % des pertes en eau sont liées à des réseaux vétustes, dont une partie a été construite il y a plus d’un siècle. Le manque d’investissements dans la rénovation des canalisations aggrave ce phénomène, bien que des programmes de modernisation aient été lancés dans certaines villes.