Le projet de création d’une société commerciale de la Fifa, abandonné dans la nuit de vendredi à samedi, laisse Gianni Infantino dans une position plus fragile que jamais. Selon RMC Sport, le président de la Fifa, déjà contesté par plusieurs fédérations et l’UEFA, pourrait avoir perdu un soutien essentiel : Donald Trump.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet de société commerciale de la Fifa, porté par Gianni Infantino, a été abandonné après des mois de controverses.
  • Plusieurs dirigeants du football mondial, dont l’UEFA, réclament désormais son départ.
  • Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, a démissionné en signe de protestation.
  • Donald Trump, autrefois proche d’Infantino, n’a pas répondu à ses tentatives de contact.
  • Une plainte a été déposée contre Infantino auprès de la commission d’éthique du CIO pour cinq violations présumées des règles de neutralité politique.
  • La relation entre Infantino et Trump, notamment lors de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, avait suscité des critiques.

Un projet abandonné, une crédibilité ébranlée

Malgré l’abandon de son projet de création d’une société commerciale pour la Fifa, Gianni Infantino reste sous pression. Selon RMC Sport, le patron du football mondial avait tenté de mobiliser des investisseurs privés pour ouvrir le capital de la Fifa, une initiative qui a provoqué une vague de contestations. Désormais, plusieurs fédérations nationales et l’UEFA exigent son départ, remettant en cause sa légitimité à diriger l’instance jusqu’en 2027.

L’échec de ce projet a également révélé des tensions internes. Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, a démissionné avec effet immédiat vendredi, invoquant son opposition au projet dont il n’avait pas été informé. Une décision qui illustre les divisions au sein même de la Fifa et affaiblit davantage la position du président suisse.

Donald Trump, un allié potentiel en retrait

Pour tenter de se relancer, Gianni Infantino aurait cherché à obtenir le soutien de Donald Trump, avec qui il avait entretenu des relations étroites lors de la Coupe du monde 2026 organisée aux États-Unis. Selon des informations rapportées par le New York Post et reprises par RMC Sport, le président américain aurait été contacté à plusieurs reprises par Infantino, qui se sentait « isolé » face à la tempête médiatique. Infantino aurait même évoqué une rencontre avec Marco Rubio, secrétaire d’État américain, pour discuter de « l’influence douce du football » aux États-Unis. Une proposition rapidement démentie par l’adjoint de Rubio, Dylan Johnson, qui a précisé sur X : « Il n’y a aucun projet pour que Marco Rubio s’entretienne avec Infantino. »

La Maison Blanche, interrogée par L’Équipe, n’a pas répondu à la question d’un éventuel soutien de Trump à Infantino. Pourtant, les liens entre les deux hommes étaient visibles lors du Mondial américain. Infantino avait remis à Trump le prix de la Paix de la Fifa, et les deux dirigeants avaient multiplié les apparitions publiques ensemble, affichant une proximité remarquée.

Des alliances controversées et des accusations persistantes

Cette proximité n’a pas manqué de susciter des critiques. Un représentant démocrate a ainsi demandé à Infantino de s’exprimer publiquement devant un comité pour clarifier sa relation avec Trump. Par ailleurs, l’ONG de défense des droits humains FairSquare a déposé une plainte auprès de la commission d’éthique du CIO, accusant Infantino d’avoir « enfreint à cinq reprises les règles du CIO en matière de neutralité politique » entre janvier 2025 et février 2026. Une procédure qui ajoute une pression supplémentaire sur le président de la Fifa.

Le projet de société commerciale était au cœur de ces critiques. Le fonds Thrive Eternal, qui devait en prendre la tête, est dirigé par Joshua Kushner, frère cadet du gendre de Donald Trump et fils de l’ambassadeur des États-Unis en France. Une coïncidence qui a alimenté les soupçons de conflits d’intérêts, bien que ni Trump ni Infantino n’aient officiellement commenté cette dimension.

Une Coupe du monde 2026 sous le signe des polémiques

La Coupe du monde organisée aux États-Unis, et largement soutenue par la Fifa, avait été marquée par plusieurs interventions controversées de Trump. Le président américain était notamment intervenu pour faire annuler un carton rouge attribué à Folarin Balogun, attaquant des États-Unis, avant un huitième de finale contre la Belgique. Une décision qui avait alimenté les débats sur l’ingérence politique dans le sport.

Gianni Infantino, lui, avait tenté de se présenter comme un acteur clé de l’unité mondiale à travers le football. Dans un bilan controversé, il avait qualifié la Fifa de « fournisseuse officielle de bonheur pour l’humanité ». Une rhétorique qui contraste avec les tensions internes et les accusations de partialité qui pèsent désormais sur lui.

Et maintenant ?

La situation d’Infantino reste précaire. Sans soutien visible de Donald Trump ni d’autres figures influentes, sa réélection en 2027, autrefois considérée comme acquise, est désormais incertaine. Les prochaines semaines pourraient voir émerger une motion de défiance au sein du comité exécutif de la Fifa, tandis que les fédérations nationales pourraient durcir leur position. La plainte déposée auprès du CIO, si elle aboutit, pourrait également entraîner des sanctions. Autant dire que la Fifa entre dans une période de turbulences sans précédent.

Les prochaines échéances, comme la tenue du prochain congrès de la Fifa, seront déterminantes pour l’avenir d’Infantino. D’ici là, le football mondial observe, divisé, entre ceux qui réclament son départ et ceux qui redoutent une crise institutionnelle.