Le premier libraire indépendant de France, Gibert Joseph, placé en redressement judiciaire depuis avril 2026, a dévoilé vendredi un plan de restructuration prévoyant la suppression de 84 postes sur 500 d’ici la fin de l’année, selon Franceinfo - Culture. Ce projet, destiné à « renouer avec la rentabilité dès 2028 », a été présenté en comité social et économique (CSE) aux représentants du personnel et aux syndicats, avec lesquels il sera « discuté dans les prochaines semaines ».
Ce qu'il faut retenir
- 16 magasins composent le réseau Gibert Joseph en France, dont certains pourraient fermer ou être cédés à des repreneurs.
- Le groupe, spécialisé dans le livre d’occasion, mise sur ce secteur pour relancer son activité malgré un marché du neuf en déclin.
- Parmi les 84 suppressions de postes, la direction promet de rechercher des « possibilités de reclassements internes et externes ».
- Des fermetures de boutiques sont envisagées, notamment dans le quartier de Barbès à Paris et à Poitiers.
- Le tribunal de commerce de Paris a validé la demande de redressement judiciaire du groupe en avril 2026.
Un plan de redressement ambitieux pour sauver le premier libraire indépendant français
Avec seize points de vente répartis dans douze villes françaises — de Lyon à Montpellier en passant par Dijon ou Grenoble —, Gibert Joseph incarne depuis 1884 l’histoire du livre d’occasion en France. Fondée boulevard Saint-Michel à Paris, l’enseigne a vu son modèle économique mis à mal par le « déclin du marché des livres neufs », comme l’a souligné la direction. Pour inverser la tendance, le groupe mise sur une « transformation radicale » de son activité, en plaçant le livre d’occasion « au cœur de son modèle », a expliqué une porte-parole à Franceinfo - Culture.
Le plan présenté vendredi prévoit notamment le développement d’un « service d’occasion » à destination des librairies indépendantes, ainsi qu’un « renforcement du maillage territorial » via des partenariats d’affiliation. L’objectif ? Permettre à des librairies locales de bénéficier de la notoriété de la marque Gibert et de son catalogue, tout en élargissant leur offre de livres neufs et d’occasion. « Ces décisions sont difficiles, mais elles sont indispensables pour réussir notre transformation et préserver la dynamique de rebond de notre réseau », a affirmé la direction dans un communiqué.
Des suppressions de postes inévitables pour sauver l’entreprise
Sur les 500 salariés que compte actuellement Gibert Joseph, 84 postes devraient être supprimés d’ici la fin 2026, selon les projections de la direction. Ces réductions s’inscrivent dans une logique de « recentrage sur les activités rentables », a précisé une porte-parole. Les discussions avec les représentants du personnel et les syndicats devraient s’étaler sur « les prochaines semaines », le temps de finaliser les modalités pratiques de ces départs et d’envisager des solutions de reclassement. « Toutes les possibilités de reclassements internes et externes seront recherchées », a-t-il été rappelé.
Pour autant, ces suppressions ne suffiront pas à assurer la pérennité de l’entreprise. Gibert Joseph envisage également des fermetures de boutiques, en particulier dans le quartier de Barbès à Paris, ainsi que la cession de certains magasins à des repreneurs. Poitiers et une librairie emblématique du quartier latin à Paris font partie des sites concernés. « Certains magasins du réseau pourraient revenir en positif, mais d’autres resteraient malgré tout déficitaires », a reconnu la direction.
Un marché du livre neuf en difficulté, un virage vers l’occasion
Le redressement judiciaire de Gibert Joseph, validé par le tribunal de commerce de Paris fin avril 2026, intervient dans un contexte économique particulièrement tendu pour les librairies indépendantes. Le groupe, qui a bâti sa réputation sur le livre d’occasion, subit de plein fouet le recul des ventes de livres neufs, un phénomène accéléré par l’essor du numérique et de la vente en ligne. « Le déclin du marché des livres neufs nous a contraints à revoir en profondeur notre modèle », a expliqué la direction.
Pour relancer son activité, Gibert Joseph mise sur un double levier : le développement de son offre d’occasion et l’affiliation avec des librairies indépendantes. L’idée est de créer un réseau élargi, où chaque partenaire bénéficierait de la visibilité de la marque tout en conservant son indépendance. Ce projet s’accompagne d’une modernisation des magasins existants, avec l’objectif de « rendre la majorité des points de vente rentables d’ici 2028 ».
Un héritage de 142 ans en jeu
Fondé en 1884 par Joseph Gibert, le premier magasin du boulevard Saint-Michel à Paris a marqué l’histoire du livre en France. Spécialisé à l’origine dans la vente de livres d’occasion sur les quais de Seine, l’enseigne s’est progressivement imposée comme un acteur incontournable de la librairie indépendante. Aujourd’hui, avec ses seize magasins, Gibert Joseph emploie plus de 500 personnes et revendique une place centrale dans le paysage culturel hexagonal.
La survie de ce patrimoine, pourtant, n’est plus garantie. Le plan de redressement présenté vendredi marque un tournant décisif pour l’entreprise, dont l’avenir dépendra de sa capacité à séduire un public de plus en plus habitué aux achats en ligne et aux formats numériques. Pour les salariés comme pour les amateurs de livres, la question est désormais de savoir si cette transformation sera suffisante pour éviter le pire.
Reste à savoir si ces mesures suffiront à redonner un souffle à une enseigne emblématique, dont l’histoire est indissociable de celle du livre en France.
Les suppressions de postes concernent l’ensemble des seize magasins du réseau Gibert Joseph, répartis dans douze villes françaises, dont Paris, Lyon, Dijon, Grenoble et Montpellier. Aucune ville n’est épargnée a priori, mais les discussions avec les syndicats pourraient permettre de préciser les sites les plus touchés.
La direction a promis de rechercher « toutes les possibilités de reclassements internes et externes » pour les 84 salariés concernés par les suppressions de postes. Des entretiens individuels et des formations pourraient être proposés, mais aucun détail n’a encore été rendu public sur les dispositifs concrets.