Alors que les derniers foyers des incendies qui ont ravagé plus de 40 000 hectares en Gironde en juillet 2026 viennent d’être maîtrisés, la question de la reconstruction des massifs forestiers se pose avec acuité. Selon Le Figaro, les acteurs locaux et nationaux doivent désormais trancher entre replantation rapide et approche plus mesurée, afin d’éviter de reproduire les mêmes schémas dans vingt ans. Théophane Le Méné, directeur général d’EcoTree, alerte sur les risques d’une précipitation qui pourrait « planter des bombes à retardement » dans les paysages déjà profondément marqués par les flammes.
Ce qu’il faut retenir
- Les mégafeux de Gironde ont brûlé plus de 40 000 hectares en quelques jours, illustrant l’urgence d’adapter la gestion forestière aux nouveaux risques climatiques.
- Replanter sans réflexion préalable risque de reproduire les mêmes conditions propices aux incendies, faute de coupures de combustibles et de diversification des essences.
- La régénération naturelle, quand elle est possible, est souvent plus efficace qu’une plantation hâtive sur des sols fragilisés.
- Les pare-feu, les coupures de combustible et la diversification des milieux sont des infrastructures de sécurité aussi essentielles que les digues ou les canaux d’évacuation.
- Une doctrine nationale sur la prévention des incendies en forêt, associant État et acteurs locaux, est jugée indispensable par les forestiers.
Reconstruire sans précipitation : l’erreur à éviter après un incendie
Face à l’ampleur des dégâts, le réflexe politique est souvent de vouloir agir vite : replanter massivement, annoncer des aides financières, et montrer que l’on agit. Pourtant, comme le souligne Théophane Le Méné dans une tribune publiée par Le Figaro, « un sol brûlé n’est pas un sol mort, mais un sol en sursis qui a besoin de temps ». La précipitation, alerte-t-il, pourrait conduire à replanter « la même forêt pour le même incendie dans vingt ans ». Les forestiers recommandent d’observer le terrain pendant une à deux saisons, voire plus, avant d’engager toute replantation. « La forêt n’est pas Notre-Dame de Paris », rappelle-t-il, soulignant que la nature ne se reconstruit pas en quelques mois, contrairement à un bâti humain.
Diversifier les essences, mais aussi les milieux
Au-delà du choix des arbres, c’est l’aménagement global des massifs qui doit être repensé. Les incendies de 2026 en Gironde ont montré les limites d’une forêt pensée uniquement pour la production de bois, avec des parcelles monospécifiques s’étendant sur des dizaines de milliers d’hectares. « Une forêt qui brûle sur 40 000 hectares d’un seul tenant est une forêt qui n’a pas été pensée pour freiner un incendie », explique Théophane Le Méné. Il plaide pour l’intégration de pare-feu, de coupures de combustible, de chemins entretenus et de zones intercalaires de landes ou de prairies, qui agissent comme des infrastructures de sécurité. La question des zones humides, asséchées à la fin du XVIIIe siècle pour l’agriculture, est également soulevée : « Ne faudrait-il pas, aujourd’hui, rendre sa part aux zones humides, alliés indispensables contre le feu ? »
Ces aménagements ne relèvent pas de la simple esthétique, mais bien de la prévention des risques. « Les pare-feu, les coupures de combustible, les chemins entretenus […] sont des infrastructures de sécurité au même titre qu’une digue ou un canal d’évacuation des eaux », insiste l’expert.
Une sylviculture irrégulière et locale pour limiter les risques
La diversification des essences est souvent évoquée, mais elle ne suffit pas. Selon Théophane Le Méné, il faut également avancer vers une « sylviculture plus irrégulière », mélangeant les âges et les espèces plutôt que d’aligner des parcelles monospécifiques du même âge. Problème : dans les landes sableuses du Sud-Ouest, trouver des essences à la fois adaptées au sol, économiquement viables et moins inflammables que le pin maritime relève du casse-tête. « Le chêne pubescent, le chêne-liège, les bouleaux dans certaines stations, quelques feuillus locaux peuvent apporter une rupture de continuité utile », explique-t-il, tout en précisant qu’il n’existe pas de « solution miracle importée d’un autre climat ». « Ce sera un travail de patience, d’essais et d’ajustements locaux, pas un changement d’essence sur catalogue. »
Vers une doctrine nationale de prévention des incendies ?
Le sujet dépasse le cadre girondin. Théophane Le Méné appelle à l’élaboration d’une « doctrine nationale sur la prévention des incendies en forêt », définissant où placer les coupures, quelle densité de pistes créer, ou encore quelles obligations de diversification imposer dans les zones à risque. L’État aurait un rôle clé à jouer, en tant qu’arbitre et garant de la cohérence entre territoires. « Cet arbitrage ne vaudra que s’il s’appuie sur l’expérience des forestiers, des gestionnaires de massifs privés et publics, des sapeurs-pompiers qui connaissent le terrain mieux que quiconque », souligne-t-il. Il met en garde contre les subventions mal fléchées, comme celles distribuées après les feux de 2022, qui ont mis des mois à être versées et n’ont pas toujours répondu aux priorités locales.
Pour éviter les erreurs du passé, les acteurs privés – entreprises et particuliers – doivent également prendre leur part. « Une forêt reconstituée rend des services concrets à ceux qui l’entourent : eau, biodiversité, cadre de vie, parfois carbone », rappelle l’expert. Des mécanismes existent déjà pour canaliser cet engagement vers des projets de reboisement suivis et documentés, sans attendre que l’argent public, souvent mal orienté, y pourvoie seul.
Un engagement sur plusieurs décennies
Reconstruire une forêt après un mégafeu n’est pas un acte de réparation immédiate, mais une décision qui engage le paysage pour cinquante ans et plus. « Elle mérite la lenteur de l’observation, l’exigence de la diversité, et l’humilité de reconnaître qu’aucune administration, aucune entreprise, aucun forestier seul n’a toutes les réponses », estime Théophane Le Méné. Pourtant, cette humilité ne dispense pas de trancher : « Sans coupures de combustible dignes de ce nom et sans mélange d’essences, on replantera la même forêt, pour le même incendie, dans vingt ans. »
Reconstruire après un mégafeu, c’est choisir entre répéter les erreurs du passé ou innover pour des forêts plus résilientes. La balle est désormais dans le camp des décideurs.
Selon Théophane Le Méné, cité par Le Figaro, un sol brûlé n’est pas mort mais en sursis. Une plantation hâtive sur un terrain dont on n’a pas mesuré l’érosion, l’acidité ou la capacité de rétention d’eau risque d’échouer. La régénération naturelle, quand elle est possible, coûte moins cher et réussit souvent mieux, car elle s’adapte aux conditions réelles du sol.
Dans les landes sableuses du Sud-Ouest, trouver des essences à la fois adaptées au sol, économiquement viables et moins inflammables que le pin maritime relève du casse-tête. Les alternatives locales comme le chêne pubescent ou le chêne-liège ne peuvent remplacer une filière entière et doivent être testées localement, ce qui demande du temps et des ajustements.