La réduction du saccharose dans les produits alimentaires, et notamment dans les glaces, s’impose comme une tendance de fond pour les industriels et artisans. Pourtant, ce choix soulève des défis techniques majeurs, comme le rappellent nos confrères du Monde. En effet, se passer de sucre dans les recettes ne se limite pas à une simple soustraction d’ingrédients : il faut compenser sa fonction structurelle et gustative pour éviter un produit final déséquilibré.

Ce qu'il faut retenir

  • Certains industriels et artisans cherchent à réduire ou supprimer le sucre dans les glaces pour répondre aux attentes des consommateurs.
  • Le saccharose joue un rôle clé dans la texture, la conservation et le goût des glaces, ce qui complique son remplacement.
  • Les substituts utilisés (édulcorants, fibres, polyols) doivent imiter les propriétés du sucre sans en apporter les calories.
  • Les professionnels optent pour des solutions sur mesure, combinant plusieurs ingrédients pour un résultat optimal.

Une substitution technique aux multiples enjeux

Le sucre n’est pas seulement un ingrédient sucrant dans les glaces : il agit aussi comme un agent de texture en abaissant la température de congélation, ce qui permet une cristallisation plus fine. « Le saccharose est indispensable pour obtenir une glace onctueuse et fondante », a expliqué Jean-Pierre Poulain, chercheur en sciences alimentaires à l’Université de Toulouse. Sans lui, les fabricants doivent recourir à des substituts comme les édulcorants intenses (aspartame, sucralose) ou des polyols (sorbitol, maltitol), qui n’ont pas les mêmes propriétés physiques.

Pourtant, ces alternatives ne sont pas sans limites. Les édulcorants, par exemple, laissent souvent un arrière-goût amer ou métallique, tandis que les polyols peuvent provoquer des troubles digestifs en cas de consommation excessive. « On cherche des solutions qui préservent à la fois le goût et la santé », a précisé Sophie Nicklaus, directrice de recherche à l’INRAE. Bref, l’équation à résoudre est complexe : il faut allier réduction des sucres, acceptabilité sensorielle et sécurité sanitaire.

Des solutions sur mesure pour des glaces adaptées

Face à ces contraintes, les professionnels du secteur développent des formulations innovantes. Certains misent sur des combinaisons d’ingrédients, comme l’association de fibres solubles (inuline, gomme de guar) avec des édulcorants pour reproduire la viscosité du sucre. D’autres explorent des techniques de fabrication alternatives, comme la cryoextraction ou l’utilisation d’enzymes pour modifier la structure des cristaux de glace.

Chez les artisans, cette transition se fait souvent au cas par cas. « Chaque recette demande une adaptation spécifique », a souligné Claire Martin, glacière à Lyon. « Certains clients demandent des glaces sans sucre ajouté, mais ils veulent retrouver la texture d’une glace classique. Il faut alors jouer sur les proportions et les temps de maturation. »

Un marché en mutation, entre attentes des consommateurs et réglementations

La demande pour des glaces allégées en sucre s’inscrit dans un mouvement plus large de réduction des sucres ajoutés, porté par les politiques de santé publique et les préférences des consommateurs. En Europe, la réglementation sur l’étiquetage nutritionnel (comme le Nutri-Score) pousse les industriels à reformuler leurs produits. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) envisage même d’imposer des limites strictes sur les allégations « sans sucre » pour éviter les abus marketing.

Pourtant, le défi reste de taille : selon une étude publiée par l’Observatoire de la nutrition en 2025, près de 60 % des consommateurs estiment que les glaces « light » ont un goût moins agréable que leurs équivalents traditionnels. « Les industriels doivent concilier santé et plaisir », a rappelé Marc Favier, expert en marketing alimentaire. « Sinon, ils risquent de perdre des parts de marché. »

Et maintenant ?

Les recherches se poursuivent pour trouver des substituts plus performants, notamment grâce aux avancées en biotechnologie alimentaire. Une date clé à surveiller : le 1er janvier 2027, date à laquelle l’Union européenne devrait publier de nouvelles lignes directrices sur l’utilisation des édulcorants dans les produits laitiers. D’ici là, les professionnels du secteur devront affiner leurs recettes pour répondre à une équation de plus en plus exigeante : moins de sucre, mais toujours autant de plaisir.

Au-delà des glaces, cette problématique interroge plus largement l’avenir de l’industrie agroalimentaire. Comment concilier innovation, santé et plaisir gustatif ? La réponse pourrait bien façonner les tendances alimentaires des années à venir.

Les professionnels utilisent principalement des édulcorants intenses (aspartame, sucralose, acésulfame-K), des polyols (sorbitol, maltitol, érythritol) et des fibres solubles (inuline, gomme de guar). Certains intègrent aussi des protéines laitières ou des hydrocolloïdes pour améliorer la texture.