Avec l’arrivée des beaux jours, la commune du Croisic, en Loire-Atlantique, voit ses habitants et ses touristes confrontés à une nuisance récurrente : la prolifération des goélands. Pour limiter les désagréments liés aux cris, aux fientes et aux dégradations, la mairie recourt chaque année à une campagne de stérilisation de 260 embryons d’oiseaux marins. Une méthode contestée par trois associations environnementales, qui ont saisi le tribunal administratif de Nantes pour faire cesser cette pratique. Selon Le Figaro, l’affaire a été examinée en référé le 25 mai 2026, alors que les opérations de stérilisation battent leur plein.
Ce qu’il faut retenir
- Le Croisic stérilise 260 embryons de goélands par an pour limiter les nuisances, une pratique contestée par trois associations.
- Bretagne vivante, France Nature Environnement et la LPO estiment que la stérilisation est inefficace et nuit à la préservation des espèces protégées.
- Les associations ont obtenu l’examen de leur recours en référé le 25 mai 2026 au tribunal administratif de Nantes.
- La mairie défend sa méthode, tandis que d’autres communes comme Granville ou Concarneau ont abandonné cette pratique.
- Les associations invoquent l’article du code de l’environnement exigeant trois critères pour justifier une dérogation à la protection des espèces.
Une méthode controversée pour réguler les populations de goélands
Chaque été, les 4 000 habitants du Croisic doivent composer avec les nuisances causées par les goélands. Les oiseaux, dont les populations de goélands argentés, bruns et marins sont en déclin depuis trente ans, génèrent des cris stridents, des fientes sur les toits et les voitures, et des dégradations de poubelles. Face à ces désagréments, la mairie a choisi de stériliser chaque année 260 œufs à l’aide d’un insecticide, une solution qu’elle présente comme une régulation « mesurée ». Cette pratique est encadrée par un arrêté de dérogation pris par la préfecture de Loire-Atlantique, mais elle est vivement critiquée par les défenseurs de l’environnement.
Trois associations déposent un référé pour faire cesser la stérilisation
Le 19 mai 2026, Bretagne vivante, France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ont publié un communiqué pour dénoncer cette méthode. Dans leur recours en référé, elles soulignent que la stérilisation non seulement « ne remplit pas l’objectif de réduction des populations en milieu urbain », mais qu’elle favorise en réalité « un étalement des colonies vers des secteurs jusqu’alors non occupés ». Résultat : les conflits avec les habitants s’intensifient, et les nuisances se déplacent plutôt que de disparaître. « Ces oiseaux sont des espèces protégées », rappelle l’association Bretagne vivante, qui rappelle que leurs effectifs sont en baisse depuis des décennies.
Selon l’avocate des associations, Me Fanny Le Reste, la campagne de stérilisation du Croisic pourrait impacter jusqu’à 15 % de la population des goélands argentés en Loire-Atlantique. Elle estime que les trois critères cumulatifs prévus par le code de l’environnement pour justifier une dérogation à la protection des espèces ne sont pas remplis : « Aucun motif légitime, aucune alternative satisfaisante et aucun maintien d’un état de conservation favorable de l’espèce ne sont démontrés. » Le délibéré du tribunal est attendu « dans les meilleurs délais », courant juin 2026.
La mairie du Croisic assume sa démarche, mais d’autres communes font machine arrière
Face aux critiques, la mairie du Croisic défend sa position. « Les goélands font partie de notre environnement littoral, et l’objectif n’est pas de les faire disparaître mais de mieux réguler leur présence », a réaffirmé la collectivité le 4 mai 2026. Elle rappelle que les oiseaux peuvent abîmer les toitures, éventrer les poubelles ou se montrer agressifs, notamment en période de nidification. Pour autant, les associations et certains élus locaux pointent le manque de résultats concrets de cette méthode.
Plusieurs communes du département ont d’ailleurs abandonné la stérilisation ces dernières années. Granville a arrêté cette pratique en 2023, préférant une médiation accrue pour limiter les conflits. Quant à Concarneau, elle a mis fin à ses campagnes de stérilisation en 2025, les jugeant « onéreuses, peu satisfaisantes et non écologiques ». La ville dépensait alors près de 12 000 euros par an pour ces opérations. Désormais, Concarneau mise sur des affichages pédagogiques, l’installation d’aménagements dissuasifs sur les toits et la fauconnerie pour éloigner les oiseaux. Une approche similaire est adoptée à La Baule, où des opérations d’effarouchement par fauconnerie sont menées.
« Une meilleure sensibilisation des filières de la pêche et de l’alimentation sur la gestion des déchets est aussi une solution viable. »
Quelles alternatives à la stérilisation ?
Les associations plaident pour des méthodes non létales, déjà expérimentées ailleurs. À Concarneau, la sensibilisation du public et les aménagements dissuasifs ont montré leur efficacité. À La Baule, la fauconnerie est utilisée pour éloigner les goélands sans recourir à la stérilisation. Ces solutions reposent sur trois piliers : la gestion des déchets, l’information des habitants et des professionnels, et l’aménagement urbain pour limiter l’attractivité des sites pour les oiseaux. « Ces méthodes permettent de réduire les conflits sans porter atteinte aux espèces protégées », insiste Me Le Reste.
La mairie du Croisic, de son côté, n’a pas encore annoncé de changement de stratégie. Pour l’instant, la campagne de stérilisation se poursuit, dans l’attente de la décision du tribunal administratif. Les associations, elles, espèrent que la justice leur donnera raison et mettra un terme à cette pratique controversée. Leur argumentaire repose sur l’urgence écologique et la nécessité de préserver les goélands, dont les populations sont déjà fragilisées.
Cette affaire illustre plus largement les défis posés par la cohabitation entre humains et espèces protégées en milieu urbain. Alors que les populations de goélands reculent, les conflits d’usage se multiplient, obligeant les collectivités à trouver un équilibre entre préservation de la biodiversité et qualité de vie des riverains. La décision du tribunal de Nantes pourrait donc faire jurisprudence et inspirer d’autres communes confrontées à des problématiques similaires.
Les goélands, notamment les espèces argentées, brunes et marines, sont protégés en France depuis plusieurs décennies en raison de leur déclin démographique. Selon les associations de protection de la nature, leurs populations ont chuté de près de 30 % en trente ans, principalement en raison de la perte d’habitats naturels et de la pression humaine. Leur protection est encadrée par le code de l’environnement, qui interdit toute atteinte à leur reproduction ou à leur habitat sans dérogation.
Plusieurs méthodes non létales sont utilisées en France. La première consiste à limiter l’accès aux déchets, principale source de nourriture des goélands en milieu urbain, via des poubelles sécurisées et une gestion rigoureuse des décharges. Une autre approche repose sur l’effarouchement des oiseaux, notamment par la fauconnerie, qui reproduit le comportement naturel de leurs prédateurs. Enfin, des aménagements dissuasifs, comme des filets ou des systèmes sonores, peuvent être installés sur les toits et les zones sensibles. Ces solutions, combinées à des campagnes de sensibilisation, ont montré leur efficacité dans des villes comme Concarneau ou La Baule.