Alors que les tensions entre l’Iran et les États-Unis s’intensifient depuis six mois, les pays du Golfe multiplient les initiatives pour sécuriser leurs exportations de pétrole. Selon nos confrères du Monde, plusieurs projets d’oléoducs sont désormais en phase avancée de conception ou de construction, visant à réduire la dépendance au détroit d’Ormuz, artère stratégique par laquelle transite près de 20 % du brut mondial.
Ces infrastructures alternatives permettraient aux monarchies pétrolières de contourner un point de passage vulnérable aux pressions géopolitiques. D’après les informations recueillies par Le Monde, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, principaux producteurs de la région, seraient les plus avancés dans ces démarches. Le projet saoudien, notamment, prévoit un oléoduc de plus de 1 200 kilomètres reliant les champs pétrolifères de l’est du royaume à un terminal sur la mer Rouge, évitant ainsi le détroit d’Ormuz et le golfe d’Aden.
Ce qu'il faut retenir
- Les tensions entre l’Iran et les États-Unis ont duré six mois, poussant les pays du Golfe à chercher des alternatives au détroit d’Ormuz.
- L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont les plus avancés dans leurs projets d’oléoducs.
- Un oléoduc saoudien de 1 200 km est prévu pour relier les champs pétrolifères à un terminal sur la mer Rouge.
- Près de 20 % du brut mondial transite actuellement par le détroit d’Ormuz, selon les estimations de l’EIA (Energy Information Administration).
Des projets motivés par la vulnérabilité d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est une voie maritime cruciale pour l’exportation du pétrole du Golfe. Or, depuis le début de l’année, les tensions entre Téhéran et Washington se sont cristallisées autour de plusieurs incidents, dont des attaques contre des navires marchands et des exercices militaires menés par l’Iran. En juin 2026, une crise diplomatique avait failli dégénérer après la saisie par Téhéran d’un pétrolier sous pavillon britannique.
Face à ce risque, les pays du Golfe accélèrent leurs projets d’infrastructures terrestres. « La sécurité de nos exportations est une priorité absolue », a déclaré un haut responsable saoudien sous couvert d’anonymat. « Nous ne pouvons plus dépendre d’une route maritime aussi exposée », a-t-il ajouté, confirmant l’urgence de ces projets.
L’Arabie saoudite et les Émirats en première ligne
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, mise sur son projet d’oléoduc « East-West », un pipeline existant qu’elle prévoit d’étendre et de moderniser. Selon des sources proches du dossier, le gouvernement saoudien a alloué plus de 5 milliards de dollars à ce projet, avec une mise en service prévue d’ici 2028. Ce pipeline, long de 1 200 km, reliera les champs de Ghawar, dans l’est du pays, au port de Yanbu, sur la mer Rouge, en contournant totalement le golfe Persique.
De leur côté, les Émirats arabes unis développent un oléoduc reliant leurs gisements onshores à un terminal portuaire sur le golfe d’Oman. Ce projet, moins ambitieux que celui de l’Arabie saoudite, vise à sécuriser une partie de leurs exportations en cas de blocage du détroit d’Ormuz. « Nous diversifions nos routes pour garantir la continuité de nos livraisons », a indiqué un responsable émirati au Monde.
Un enjeu économique et géopolitique majeur
La réduction de la dépendance au détroit d’Ormuz s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des routes commerciales pour les pays du Golfe. Outre le pétrole, ces infrastructures pourraient aussi servir à exporter du gaz naturel liquéfié (GNL), dont les exportations devraient augmenter dans les années à venir. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande en GNL en Asie, principal marché pour le Golfe, devrait croître de 40 % d’ici 2030.
Cependant, ces projets ne sont pas sans défis. Les coûts élevés des infrastructures, les risques sécuritaires dans certaines zones et les délais de construction pourraient retarder leur mise en œuvre. « Même avec ces oléoducs, le détroit d’Ormuz restera difficile à contourner complètement », tempère un analyste du secteur, cité par Le Monde. « Les capacités supplémentaires ne suffiront pas à absorber l’ensemble des exportations en cas de crise majeure ».
Une chose est sûre : l’équilibre géopolitique de la région continuera de peser sur la réalisation de ces projets. En attendant, les pays du Golfe misent sur la rapidité pour sécuriser leurs approvisionnements et leurs revenus.
Le détroit d’Ormuz est le point de passage obligatoire pour près de 20 % du brut mondial. Chaque jour, près de 21 millions de barils transitent par cette voie maritime, reliant le golfe Persique à l’océan Indien. Une fermeture, même temporaire, aurait des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux.
Non, les capacités des oléoducs en projet ne suffiraient pas à absorber l’intégralité des exportations actuelles. Les experts estiment que même avec ces infrastructures, environ 50 % du trafic pétrolier du Golfe resterait dépendant du détroit d’Ormuz. Ces projets visent donc davantage à réduire la vulnérabilité qu’à l’éliminer complètement.