En décembre 1949, près de 700 femmes ivoiriennes quittent Abidjan en direction de Grand-Bassam, à quelque 40 kilomètres plus au sud. Leur objectif ? Exiger la libération des dirigeants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), alors emprisonnés par l’administration coloniale française. Selon RFI, cette mobilisation historique, connue sous le nom de « marche des femmes de Grand-Bassam » ou « marche des Dames glorieuses », fut violemment réprimée par les forces coloniales. Soixante-quinze ans plus tard, cette action reste un symbole majeur de résistance et de courage dans l’histoire ivoirienne.

Ce qu'il faut retenir

  • En décembre 1949, environ 700 femmes marchent d’Abidjan à Grand-Bassam pour réclamer la libération des dirigeants du PDCI-RDA, dont Félix Houphouët-Boigny.
  • Cette mobilisation, violemment réprimée, est aujourd’hui considérée comme un acte fondateur de la lutte anticoloniale en Côte d’Ivoire.
  • Les participantes, surnommées les Dames glorieuses, incarnent une résistance féminine face à l’oppression coloniale.
  • Leur héritage est aujourd’hui étudié et commémoré, notamment lors d’événements comme le Festival des Dames glorieuses, organisé à Grand-Bassam.

Une marche historique dans le contexte colonial

La Côte d’Ivoire était alors une colonie française, administrée sous un régime strict qui contrôlait étroitement les mouvements politiques. Le PDCI-RDA, dirigé par Félix Houphouët-Boigny, était perçu comme une menace par les autorités coloniales en raison de son engagement en faveur de l’indépendance et de l’émancipation des Africains. En décembre 1949, plusieurs dirigeants du parti, dont Houphouët-Boigny, furent arrêtés et emprisonnés. Leur détention déclencha une vague de protestations, dont la marche des femmes de Grand-Bassam fut l’une des plus marquantes.

Les participantes, majoritairement des épouses ou des parentes des dirigeants incarcérés, parcoururent à pied la distance séparant Abidjan de Grand-Bassam. Leur action, à la fois pacifique et déterminée, visait à attirer l’attention sur leur cause. Pourtant, dès leur arrivée, elles furent accueillies par une répression violente de la part des forces coloniales. Selon les archives citées par RFI, des dizaines de femmes furent blessées, et plusieurs arrestations eurent lieu.

Un symbole de résistance féminine

Les Dames glorieuses sont aujourd’hui célébrées comme des figures emblématiques de la lutte anticoloniale. Leur courage a inspiré des générations de militants, tant en Côte d’Ivoire qu’ailleurs en Afrique. Historiens et chercheurs s’accordent à dire que cette marche a joué un rôle clé dans la prise de conscience collective des injustices coloniales. À Grand-Bassam, où elle s’est terminée, des monuments et des plaques commémoratives rappellent cet événement.

Le site historique de Grand-Bassam, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est devenu un lieu de mémoire. Chaque année, des cérémonies y sont organisées pour honorer la mémoire des marcheuses. Des témoignages recueillis par RFI auprès de descendants de participantes soulignent l’impact durable de cette action sur la société ivoirienne. « Leur détermination a montré que les femmes pouvaient jouer un rôle central dans les luttes politiques », explique un historien local.

Transmission et mémoire : comment l’héritage est-il perpétué ?

Depuis plusieurs années, des initiatives visent à préserver et à transmettre la mémoire des Dames glorieuses. À Abidjan et à Grand-Bassam, des écoles et des associations organisent des ateliers et des conférences pour évoquer leur combat. En 2023, le gouvernement ivoirien a même décrété une journée nationale en leur honneur, fixée au 24 décembre. Les réseaux sociaux jouent également un rôle dans cette transmission, avec des publications et des documentaires qui circulent largement.

Des recherches universitaires sont en cours pour approfondir l’étude de cette marche et de ses conséquences. Une thèse récente, soutenue à l’université Félix Houphouët-Boigny, met en lumière les stratégies de résistance utilisées par les femmes lors de cette période. « Leur action n’était pas isolée. Elle s’inscrivait dans un mouvement plus large de contestation contre le colonialisme », précise l’autrice de l’étude.

Et maintenant ?

Pour les années à venir, les autorités ivoiriennes prévoient d’intensifier les commémorations autour des Dames glorieuses. Un projet de musée dédié à leur mémoire est notamment à l’étude à Grand-Bassam, avec une ouverture envisagée pour 2027. Par ailleurs, des échanges avec des universitaires français pourraient permettre de mieux documenter les échanges entre les militantes africaines et les réseaux anticoloniaux en métropole. Reste à voir si ces initiatives parviendront à ancrer durablement leur héritage dans la mémoire collective.

La marche de Grand-Bassam reste un rappel puissant du rôle des femmes dans les luttes de libération. Leur combat, bien que lointain, continue d’inspirer ceux qui luttent pour la justice et l’égalité.

Les Dames glorieuses est le surnom donné aux femmes ivoiriennes qui ont participé à la marche de décembre 1949 entre Abidjan et Grand-Bassam pour réclamer la libération des dirigeants du PDCI-RDA, emprisonnés par les autorités coloniales françaises.