Plus de 300 auteurs, parmi lesquels des figures majeures du paysage littéraire français, ont signé une pétition s’engageant à ne plus publier chez Grasset. Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de protestation contre le licenciement d’Olivier Nora, PDG de la maison d’édition depuis vingt-six ans, décidé par Hachette Livre, maison mère du groupe. Selon le Figaro, l’affaire, qualifiée de « séisme » par plusieurs observateurs, reflète une crise profonde au sein du secteur du livre, où les tensions autour des stratégies éditoriales et des choix économiques divisent la profession.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 300 auteurs ont signé une pétition promettant de ne plus publier chez Grasset, suite au licenciement d’Olivier Nora.
  • Olivier Nora, PDG de Grasset depuis 26 ans, a été écarté par Hachette Livre, la maison mère du groupe.
  • Parmi les signataires figurent des écrivains célèbres, des jurés de prix littéraires et des acteurs indépendants du secteur.
  • Un collectif nommé « Déborder Bolloré » porte un projet éditorial et politique pour s’opposer à ce qu’il qualifie de « libéralisme autoritaire » dans le monde du livre.

Une mobilisation sans précédent dans l’édition

La pétition, lancée en avril 2026, a rassemblé des auteurs de tous horizons : des écrivains à succès, des plumes moins connues, mais aussi des personnalités influentes du milieu littéraire. Certains n’ont publié qu’un seul ouvrage chez Grasset il y a plusieurs années, tandis que d’autres siègent dans des jurys de prix littéraires. « Déborder Bolloré », le mouvement à l’origine de cette initiative, se présente comme un collectif de « près d’une centaine d’éditeur·rice·s indépendant·e·s ». Son objectif affiché est de « faire face au libéralisme autoritaire dans le monde du livre », une critique directe des orientations prises par les grands groupes éditoriaux, selon nos confrères du Figaro.

Le licenciement d’Olivier Nora, figure emblématique de Grasset, a servi de catalyseur à cette fronde. Son départ, intervenu après un quart de siècle à la tête de la maison, a été perçu comme le symbole d’un changement de cap stratégique imposé par les actionnaires. Hachette Livre, contrôlé par le groupe Bolloré, est désormais pointé du doigt pour ses choix jugés trop alignés sur des logiques économiques strictes, au détriment de la diversité éditoriale.

Un mouvement aux motivations multiples

Les signataires de la pétition ne partagent pas tous les mêmes motivations, mais tous expriment une forme de rejet envers la nouvelle direction prise par Grasset. Certains y voient une attaque contre l’indépendance éditoriale, tandis que d’autres dénoncent une concentration excessive du secteur. « C’est une question de survie pour un certain modèle de la littérature », a expliqué un éditeur indépendant ayant rejoint le mouvement. « Quand un groupe comme Hachette Livre impose des logiques purement financières, c’est toute la chaîne du livre qui en pâtit. »

Parmi les signataires, on compte aussi bien des auteurs établis que des figures émergentes. Certains, comme des jurés du Goncourt ou du Renaudot, pourraient influencer indirectement les choix des prix littéraires à venir. D’autres, moins visibles, représentent la diversité des voix que le mouvement souhaite défendre. Autant dire que l’impact de ce boycott potentiel dépasse le cadre strict de Grasset pour toucher l’ensemble du paysage éditorial français.

Grasset dans la tourmente : quelles conséquences ?

La menace d’un boycott des ouvrages de Grasset ne concerne pas uniquement les auteurs, mais aussi les libraires, les organisateurs de salons du livre et, in fine, les lecteurs. Plusieurs librairies indépendantes ont déjà annoncé qu’elles pourraient réduire leurs commandes auprès de la maison d’édition, tandis que des festivals littéraires réfléchissent à écarter les titres de Grasset de leurs sélections. « On ne peut pas ignorer un mouvement de cette ampleur », a déclaré un responsable d’un grand salon du livre parisien. « Les auteurs sont les premiers ambassadeurs de nos événements, et leur absence se ferait immédiatement sentir. »

Côté Grasset, la direction n’a pas encore réagi publiquement à cette fronde. Interrogé en off, un cadre du groupe a simplement indiqué que « les décisions stratégiques étaient prises dans l’intérêt de l’entreprise et de ses salariés ». Pour autant, la maison d’édition, fondée en 1907, pourrait subir un préjudice durable si le mouvement s’amplifie. Ses ouvrages, souvent primés et médiatisés, pourraient perdre en visibilité, notamment lors des remises de prix littéraires où les jurys sont composés en partie de signataires de la pétition.

Et maintenant ?

La mobilisation contre Grasset devrait s’étendre dans les prochaines semaines, avec une possible radicalisation des positions. Une réunion des signataires est prévue pour la mi-septembre, afin de coordonner leurs actions et d’envisager des mesures concrètes, comme le retrait de leurs livres en cours ou la non-participation à des événements organisés par la maison. D’ici là, Hachette Livre pourrait tenter de désamorcer la crise en communiquant sur sa vision du secteur, tandis que Grasset devra évaluer l’impact de cette fronde sur ses ventes et sa réputation. Reste à voir si cette crise marquera un tournant dans les rapports de force entre les grands groupes éditoriaux et les acteurs indépendants du livre.

La question se pose désormais : jusqu’où ira ce mouvement ? Les prochains mois pourraient révéler si cette mobilisation, partie d’un conflit interne, a le pouvoir de transformer durablement les règles du jeu dans l’édition française.

Olivier Nora était le PDG de Grasset depuis 1999, soit 26 ans. Son licenciement par Hachette Livre, maison mère du groupe, a été perçu comme un symbole des changements stratégiques imposés par les actionnaires, notamment le groupe Bolloré. Nora incarnait une ligne éditoriale plus autonome, tandis que sa succession semble s’inscrire dans une logique plus commerciale, ce qui a provoqué l’indignation d’une partie du milieu littéraire.