Une opération sans précédent a été menée mercredi 27 mai 2026 par Greenpeace dans les profondeurs de l’océan Atlantique. Selon Euronews FR, l’organisation environnementale a déployé un robot équipé d’une banderole « Écoutez la science » à 2 315 mètres de profondeur, dans le cadre d’une campagne internationale visant à alerter sur les dangers de l’exploitation minière des fonds marins. Cette action, organisée en collaboration avec Greenpeace International, Greenpeace Allemagne et Greenpeace Nordic, intervient alors que l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) examine actuellement les futures règles encadrant ce type de projets industriels.
Ce qu'il faut retenir
- Greenpeace a déployé un robot à 2 315 mètres de profondeur pour afficher une banderole de protestation contre l’exploitation minière des fonds marins.
- Cette opération, présentée comme la plus profonde action de protestation avec banderole jamais réalisée, vise à faire pression sur les gouvernements et délégués participant aux négociations de l’AIFM.
- Les métaux extraits des fonds marins sont utilisés dans la fabrication des batteries et des nouvelles technologies.
- Greenpeace réclame un moratoire mondial sur cette exploitation, estimant que les risques environnementaux l’emportent sur les bénéfices économiques.
- Les scientifiques alertent sur les écosystèmes fragiles et encore mal connus des profondeurs océaniques, menacés par ces activités industrielles.
Une opération technique et symbolique menée dans les abysses
L’opération conduite par Greenpeace s’est déroulée dans une zone située à plus de 2 300 mètres sous la surface, là où plusieurs sociétés minières projettent d’extraire des nodules polymétalliques riches en cobalt, nickel et terres rares. Ces minerais, essentiels à la production de batteries lithium-ion et de composants électroniques, représentent un enjeu économique majeur pour les industries technologiques et énergétiques. Pourtant, selon l’organisation, les impacts environnementaux d’une telle exploitation restent largement sous-estimés.
« Cette action marque un tournant dans notre mobilisation contre l’exploitation minière des fonds marins », a déclaré un porte-parole de Greenpeace International. « Nous utilisons la robotique pour montrer que les décisions prises aujourd’hui engageront l’avenir des océans, bien au-delà de ce que l’on peut voir en surface. » Les images capturées par le robot, diffusées par l’ONG, révèlent un environnement sous-marin marqué par des reliefs accidentés et une biodiversité encore largement méconnue des scientifiques.
Un appel à un moratoire mondial face aux risques environnementaux
Greenpeace estime que les écosystèmes des fonds marins, parmi les plus vulnérables de la planète, ne peuvent supporter les conséquences d’une exploitation industrielle à grande échelle. Selon l’organisation, les perturbations causées par les engins de forage et l’extraction de minerais pourraient détruire des habitats encore inexplorés et libérer des polluants dans les colonnes d’eau. « Les fonds marins abritent des espèces uniques et des processus biogéochimiques essentiels au maintien de la vie marine », a rappelé Greenpeace dans un communiqué. « Une exploitation minière commerciale mettrait en péril ces équilibres naturels pour des décennies. »
Les scientifiques spécialisés dans les milieux marins partagent ces craintes. Une étude publiée en 2025 par l’Institut océanographique de Monaco soulignait que moins de 20 % des fonds marins ont été cartographiés à ce jour, et que les connaissances sur leur biodiversité restent parcellaires. « Les risques sont réels, mais les bénéfices économiques, eux, sont largement surévalués », a indiqué un chercheur cité par Greenpeace. « L’exploitation minière des fonds marins n’est pas une solution durable pour la transition énergétique. »
L’Autorité internationale des fonds marins sous pression
Les négociations en cours à l’AIFM, qui se tiennent actuellement à Kingston (Jamaïque), sont au cœur de cette mobilisation. L’organisation espère que cette action de protestation contribuera à influencer les débats en cours. L’AIFM, organe des Nations unies chargé de réguler les activités minières en eaux internationales, doit finaliser d’ici la fin de l’année un cadre réglementaire pour encadrer ces exploitations. Greenpeace craint que ce projet de réglementation n’ouvre la voie à une industrialisation massive des fonds marins d’ici 2028 ou 2030.
« Les gouvernements ne peuvent plus ignorer les avertissements des scientifiques et des organisations environnementales », a souligné une responsable de Greenpeace Nordic. « Si une exploitation minière commerciale est autorisée, elle deviendra rapidement incontrôlable, avec des conséquences irréversibles pour les océans. » Pour l’instant, aucun pays n’a encore accordé de licence d’exploitation commerciale, mais plusieurs États, dont la Norvège et la Chine, ont déjà mené des explorations dans leurs eaux territoriales.
Les réactions des parties prenantes
Côté industriel, les promoteurs de l’exploitation minière des fonds marins défendent leur projet au nom de la transition énergétique. « Ces minerais sont indispensables pour produire les batteries des véhicules électriques et les éoliennes offshore », a réagi un représentant de l’International Marine Minerals Society. « Une interdiction totale serait contre-productive et ralentirait nos efforts pour décarboner l’économie. »
Du côté des États, la position varie. Certains pays, comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ont déjà accordé des licences d’exploration, tandis que d’autres, comme le Chili, ont adopté des moratoires nationaux. L’Union européenne, de son côté, n’a pas encore pris de position commune, mais plusieurs États membres, dont la France, se sont prononcés en faveur d’une approche prudente.
Une chose est sûre : la pression sur l’AIFM ne fera que s’intensifier. Greenpeace a d’ores et déjà annoncé qu’elle organiserait de nouvelles actions symboliques dans les semaines à venir, tandis que des pétitions internationales circulent pour demander un moratoire immédiat. Reste à savoir si la communauté internationale parviendra à concilier développement technologique et préservation des océans.
Les fonds marins abritent des nodules polymétalliques, des concrétions rocheuses riches en métaux comme le cobalt, le nickel ou les terres rares. Ces minerais se forment sur des millions d’années par précipitation chimique et s’accumulent dans les zones abyssales, où l’activité géologique est faible. Leur extraction est rendue possible par des technologies de forage et d’aspiration adaptées aux grandes profondeurs.
Selon les données de l’AIFM, les pays les plus engagés dans l’exploration sont la Chine, la Russie, la Corée du Sud, le Japon et la France. Plusieurs États insulaires du Pacifique, comme Nauru et Kiribati, ont également signé des partenariats avec des entreprises minières pour exploiter leur zone économique exclusive.