Une grève générale a paralysé une partie de l’économie portugaise ce mercredi 3 juin 2026, alors que les tensions sociales persistent autour du projet de réforme du Code du travail, surnommé « Trabalho XXI ». Selon Euronews FR, plusieurs secteurs clés, notamment la santé, les transports et l’éducation, ont été fortement perturbés, tandis que le gouvernement, par la voix de la ministre du Travail, Maria Rosário da Palma Ramalho, a tenté de minimiser l’ampleur des mouvements.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 95 % à 100 % des travailleurs du Service national de santé (SNS) ont participé à la grève dans plusieurs hôpitaux publics, selon la FNSTFPS.
  • 190 vols annulés dans les aéroports de Lisbonne, Porto et Faro, ainsi qu’un arrêt quasi total du Métro de Lisbonne.
  • Le gouvernement reconnaît une « plus grande adhésion » dans le secteur public, mais affirme que « le pays fonctionne normalement ».
  • La CGTP-IN, principale confédération syndicale, revendique une mobilisation massive, citant des taux de participation de 100 % dans certains secteurs industriels et des transports.
  • Cette grève s’inscrit dans un mouvement de protestation contre le paquet législatif « Trabalho XXI », qui comprend plus de 100 modifications du Code du travail.

Un mouvement de protestation aux multiples visages

Dès la nuit précédente, le service de nuit des hôpitaux publics avait été quasi paralysé, avec des taux de grève atteignant 100 % dans plusieurs établissements. À Lisbonne, les hôpitaux São Francisco Xavier et São José, ainsi que l’hôpital Santa Maria, ont enregistré une participation massive, tandis qu’à Porto, les hôpitaux de l’ULS Viseu Dão Lafões et São João ont connu une grève totale. Même constat dans les maternités et les pôles universitaires, comme à Coimbra, où la maternité Bissaya Barreto a été entièrement désorganisée. Dans le secteur privé, les hôpitaux Lusíadas (Amadora et Lisbonne), l’hôpital CUF de Sintra et l’Hospital da Luz (Lisbonne) ont également subi des perturbations, selon les syndicats.

Les transports ont également été fortement touchés. Le Métro de Lisbonne était à l’arrêt en raison d’un manque de services minimums, tandis que celui de Porto ne maintenait en service que deux lignes sur six. Dans le transport fluvial, plusieurs liaisons sur le Tage ont été supprimées, et la CP (Chemins de fer portugais) a réduit ses dessertes aux seuls services essentiels. Côté aérien, près de 190 vols ont été annulés dans les trois principaux aéroports du pays : 43 arrivées et 46 départs à Lisbonne, 29 arrivées et 27 départs à Porto, et 21 arrivées et 23 départs à Faro, selon les données de l’ANA – Aeroportos de Portugal.

Le gouvernement et les syndicats s’opposent sur l’ampleur de la mobilisation

Lors d’une conférence de presse tenue à 11 h 30 ce mercredi, la ministre du Travail, Maria Rosário da Palma Ramalho, a présenté une vision optimiste de la situation. « L’immense majorité des travailleurs est au travail » et « le pays fonctionne normalement », a-t-elle déclaré, s’appuyant sur des données provisoires de la CIP (Confédération des entreprises du Portugal). Selon elle, l’adhésion dans le secteur privé est « absolument marginale, voire nulle » dans certains domaines. Elle a cité l’industrie (« toutes les usines sont en activité »), le commerce (« les portes sont ouvertes »), le secteur bancaire (« aucune agence n’est fermée ») et le tourisme (« aucune perturbation, même dans les agences de voyages »). Concernant les hôpitaux privés, elle a affirmé qu’ils « fonctionnaient normalement », tout en reconnaissant une « plus grande adhésion » dans le public.

Cette analyse a été immédiatement contestée par Tiago Oliveira, secrétaire général de la CGTP-IN (Confédération générale des travailleurs portugais – Intersyndicale nationale). Lors d’une conférence de presse en début d’après-midi, il a présenté des chiffres montrant une mobilisation bien plus large. Plusieurs entreprises industrielles, comme DS Smith-Leiria, Saica, Sovena ou Cedial, ont enregistré une adhésion de 100 %. Les secteurs du bâtiment, de la céramique, du ciment et du verre ont également été fortement touchés. Dans les transports, Tiago Oliveira a souligné une participation totale au Métro de Lisbonne, ainsi qu’aux transports urbains de Guarda et Covilhã. Les ateliers de Carris ont atteint 98 % de grève, tandis que Soflusa/Transtejo et la CP (aux seuls services minimums) ont connu des perturbations majeures.

« L’objectif est de dénoncer le paquet législatif sur le travail, d’obtenir le retrait de ce paquet. Pendant dix mois, les travailleurs ont montré qu’ils ne voulaient pas de ce paquet législatif et le Premier ministre (Luís Montenegro) a fait preuve d’arrogance et d’un manque de respect envers les travailleurs. »

L’éducation et les services publics au cœur des tensions

Le mouvement a également touché le secteur de l’éducation, avec la fermeture de plusieurs établissements à travers le pays, perturbant notamment l’épreuve de portugais de 6e année, prévue ce mercredi. José Feliciano da Costa, secrétaire général de la FENPROF (Fédération nationale des professeurs), a indiqué que l’adhésion à la grève était « significative » dans des villes comme Sintra, Olivais, Fundão, Coimbra, Moita, Castelo Branco et Mafra. Il a critiqué la décision du ministre de l’Éducation de maintenir l’épreuve, déclarant que cela reflétait le fait que « les épreuves n’intéressent pas » et « peuvent être organisées n’importe quel autre jour ».

La ligne téléphonique SNS24, dédiée aux conseils médicaux, a également été paralysée en raison de la grève des travailleurs du Service national de santé. Les temps d’attente pourraient atteindre trois heures, alors que ce service faisait déjà face à une forte pression opérationnelle. À l’hôpital de Portalegre, les consultations externes ont été annulées, bien que les services minimums aient été maintenus.

Un paquet législatif controversé au cœur des revendications

Cette grève générale s’inscrit dans un contexte de profonde opposition à la réforme du Code du travail, portée par le gouvernement de Luís Montenegro (PSD/CDS-PP). Ce projet, baptisé « Trabalho XXI », prévoit plus de 100 modifications, dont certaines jugées contraires aux droits des travailleurs par les syndicats. Les discussions entre l’exécutif et les partenaires sociaux n’ont abouti à aucun accord, poussant la CGTP-IN à déposer un préavis de grève dès le mois d’août 2025. Les syndicats dénoncent notamment une tentative de flexibilisation des conditions de travail et une remise en cause des acquis sociaux.

Le Code du travail portugais impose, en cas de grève, le maintien de services minimums dans les secteurs essentiels : soins médicaux, transports, énergie, postes et télécommunications. Malgré les perturbations, le gouvernement affirme que ces services ont été assurés, même si les syndicats contestent cette évaluation dans certains cas, notamment dans les hôpitaux privés.

Et maintenant ?

Alors que la grève s’est achevée en fin de journée, les prochaines étapes dépendront des réactions des deux camps. Le gouvernement pourrait être amené à ajuster certaines mesures du paquet « Trabalho XXI » pour tenter de désamorcer la crise sociale, mais aucune annonce concrète n’a encore été faite. Du côté des syndicats, la mobilisation pourrait se poursuivre sous d’autres formes si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Une nouvelle réunion de concertation sociale est prévue la semaine prochaine, mais les chances d’un compromis restent incertaines.

En attendant, les perturbations dans les transports et la santé devraient s’atténuer progressivement, même si certains effets, comme les annulations de vols ou les retards dans les soins, pourraient persister jusqu’à demain. La question des services minimums, particulièrement dans le secteur hospitalier, sera sans doute au cœur des débats dans les prochains jours.

Le projet de réforme du Code du travail, porté par le gouvernement portugais, prévoit plus de 100 modifications. Parmi les mesures contestées par les syndicats figurent la flexibilisation des horaires de travail, la facilitation des licenciements, la réduction des indemnités de licenciement et la modification des règles relatives aux congés payés. Les syndicats craignent une dégradation des conditions de travail et une précarisation accrue du marché de l’emploi.