Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a été l’invité exceptionnel de BFM - Politique ce mercredi 29 avril 2026 depuis le Parlement européen à Strasbourg. Dans un entretien exclusif, il a abordé les enjeux majeurs liés au conflit au Moyen-Orient, ses répercussions en France, ainsi que la situation politique nationale à moins d’un an de la présidentielle de 2027.
Ce qu'il faut retenir
- Selon Jordan Bardella, la hausse des prix du carburant en France, liée au blocage du détroit d’Ormuz, devrait persister « pendant plusieurs mois, voire plusieurs années ».
- Le président du RN s’est dit favorable à une taxation des superprofits de TotalEnergies, dont les bénéfices s’élèvent à 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026.
- Il juge « périlleux » d’envoyer des troupes françaises dans le détroit d’Ormuz « tant qu’il n’y a pas de cessez-le-feu durable ».
- Bardella estime que la Russie est « la grande gagnante du conflit » au Moyen-Orient, en raison de son soutien renouvelé à l’Iran face aux États-Unis.
- Il a réaffirmé que Marine Le Pen est « totalement innocente » dans l’affaire des assistants parlementaires européens, tout en se préparant à devenir Premier ministre en cas de victoire de son parti.
Un contexte géopolitique sous haute tension
Dans un entretien accordé à BFM - Politique, Jordan Bardella a d’abord évoqué la crise persistante au Moyen-Orient, où le blocage du détroit d’Ormuz – voie stratégique pour le transport maritime d’hydrocarbures – aggrave les tensions. « La situation est difficile pour la France et va l’être sans doute pendant plusieurs mois, voire plusieurs années », a-t-il déclaré, soulignant l’impact direct de ce conflit sur les approvisionnements énergétiques du pays. Selon lui, « des millions de Français sont inquiets de voir, depuis plusieurs semaines, les prix du carburant monter de manière folle », alors que le gouvernement apparaît « totalement impuissant » face à cette hausse.
Réactions aux bénéfices record de TotalEnergies
Interrogé sur les résultats financiers du géant pétrolier TotalEnergies, qui a annoncé un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026, Jordan Bardella n’a pas exclu la possibilité d’une taxation des superprofits. « Dans le contexte de crise que nous connaissons, la mobilisation de tous est évidemment indispensable », a-t-il affirmé. Il a salué le blocage des prix du carburant décidé par l’entreprise, ajoutant : « Je souhaiterais que ce geste soit poursuivi. »
La question de l’envoi de troupes françaises dans le détroit d’Ormuz
Face à la pression médiatique et politique sur l’éventualité d’une intervention militaire française dans le détroit d’Ormuz, Bardella a adopté une position mesurée. « Tant qu’il n’y a pas de cessez-le-feu durable, il serait périlleux, et peut-être à perte, d’envoyer des soldats de la marine française dans cette zone sous haute tension », a-t-il expliqué. En revanche, il a laissé entrevoir la possibilité pour la France de participer, avec d’autres partenaires, à des missions d’accompagnement une fois le détroit rouvert. « Une fois que le détroit d’Ormuz sera réouvert, il y a un véritable enjeu pour assurer la sécurité des bateaux qui traverseront cette zone », a-t-il précisé. « La France a de réelles compétences en matière de déminage, et il faut qu’elle retrouve une défense nationale à la hauteur de ses ambitions. »
Sur un autre volet, Bardella a catégoriquement refusé l’envoi de soldats français sur le sol iranien, évoquant les objectifs « erratiques » du président américain qui, selon lui, « créent le doute dans le camp occidental ».
La Russie, principale bénéficiaire du conflit selon Bardella
Le président du RN a pointé du doigt le rôle de la Russie dans le conflit au Moyen-Orient, la qualifiant de « grande gagnante ». Depuis le début de la guerre, Moscou s’est montré particulièrement solidaire de Téhéran, réitérant son soutien face aux pressions américaines. « La Russie profite de cette instabilité pour renforcer son influence au Moyen-Orient et fragiliser les positions occidentales », a analysé Bardella, sans toutefois proposer de mesures concrètes pour contrer cette dynamique.
Confiance dans la justice française : un sujet clivant
Interrogé sur sa confiance dans la justice française, Jordan Bardella a adopté un ton nuancé. « Ça dépend », a-t-il répondu avant d’ajouter : « Je fais partie de ces Français qui ne comprennent pas certaines décisions de la justice. » Il a pris pour exemple les cas récurrents de récidivistes libérés après plusieurs passages en prison, estimant que « des millions de Français partagent cette incompréhension ». « Quand je vois certains actes de criminalité ou de délinquance, il y a de quoi s’interroger sur l’efficacité de notre système judiciaire », a-t-il souligné.
L’affaire des assistants parlementaires européens et l’éligibilité de Marine Le Pen
Sur le plan judiciaire, Bardella a réaffirmé l’innocence de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens. « Marine Le Pen est totalement innocente », a-t-il martelé. Par ailleurs, il a confirmé que son parti se prépare à tous les scénarios pour la présidentielle de 2027, tout en précisant : « Je me prépare à devenir chef du gouvernement, donc Premier ministre, et non président de la République. » La question de l’éligibilité de Marine Le Pen, dont le sort doit être scellé prochainement, reste un sujet brûlant au sein de la formation politique.
Si le conflit au Moyen-Orient et ses répercussions économiques dominent l’actualité, l’opposition entre les partis politiques sur ces sujets s’annonce plus vive que jamais. Entre mesures d’urgence et projets de long terme, les choix qui seront faits dans les mois à venir pourraient façonner durablement le paysage politique français.
Le détroit d’Ormuz est une voie maritime essentielle pour le transport du pétrole et du gaz en provenance du Golfe persique. Environ 20 à 30 % du pétrole mondial transite par cette zone, ce qui en fait un point de passage incontournable pour de nombreux pays, dont la France. Son blocage, comme c’est le cas actuellement, provoque des tensions sur les prix de l’énergie et des risques de pénurie pour les pays importateurs.