Comme chaque année, Courrier International propose une sélection d’articles publiés au cours des douze derniers mois, spécialement conçus pour accompagner les élèves en histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP). Cette compilation, signée Benjamin Daubeuf, s’adresse en priorité aux terminales, mais aussi aux premières et secondes, comme outil de révision ou d’anticipation des programmes.
Ce qu'il faut retenir
- Démocraties fragilisées : les « activités de zone grise » et la « démocratie zombie » aux États-Unis sont au cœur des analyses, notamment dans Die Zeit et The Atlantic.
- Puissances émergentes : la Chine, l’Inde et la Russie renforcent leur bloc « Sud global » lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai en septembre 2025.
- Conflits et frontières : tensions en mer de Chine méridionale, reconnaissance du Somaliland par Israël en décembre 2025, et blocages géopolitiques comme celui du détroit d’Ormuz.
- Environnement : Xi Jinping s’engage à réduire les émissions chinoises de 7 à 10 % d’ici 2035, tandis que l’administration Trump démantèle les régulations climatiques.
- Mémoires et histoire : tensions franco-algériennes après l’adoption d’une résolution du Rassemblement national en octobre 2025, et reconnaissance par l’ONU de la traite transatlantique comme « crime contre l’humanité ».
Démocraties sous pression : entre autoritarisme et résilience
Pour le programme de première, Courrier International revient sur les défis des régimes démocratiques. Le concept de « grey zone activities » (« activités de zone grise »), analysé par le journal allemand Die Zeit, désigne ces conflits hybrides où les démocraties peinent à répondre, tandis que les régimes autoritaires en tirent profit. Autant dire que ce phénomène déstabilise les institutions, comme en témoignent les réflexions du philosophe Peter Sloterdijk. Plus inquiétant encore, The Atlantic évoque une « démocratie zombie » aux États-Unis, illustrant la dérive autoritaire sous l’administration Trump, notamment après la publication en janvier 2025 d’un hors-série intitulé « Goodbye America ».
Cette tendance se manifeste aussi par des tentatives de contrôle de l’information. En octobre 2025, le Pentagone a tenté d’imposer aux médias américains de ne diffuser que des contenus validés par la Maison-Blanche, une mesure largement contestée. Par ailleurs, la répression des médias critiques s’intensifie, comme le dénonce USA Today à propos des attaques contre la presse lors de l’intervention américaine en Iran.
Puissances internationales : le « Sud global » en mouvement
Le thème des dynamiques des puissances internationales est illustré par les positions antioccidentales adoptées par la Chine, l’Inde et la Russie lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai en septembre 2025. Ces trois pays, membres des Brics, ont clairement affiché leur opposition aux États-Unis et à l’Europe, marquant une étape dans la structuration du « Sud global ». Cette alliance, encore informelle, pourrait redéfinir les équilibres géopolitiques dans les années à venir.
Côté américain, l’héritage de la doctrine Monroe, vieille de deux siècles, connaît une réinterprétation sous le nom de « doctrine Donroe ». The New York Times en explique les contours : elle justifie désormais des actions unilatérales comme l’enlèvement du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse par l’armée américaine, le 3 janvier 2026. Une décision qui confirme le virage interventionniste de Washington, bien au-delà des frontières traditionnelles.
Frontières et conflits : quand la géopolitique s’enflamme
Le programme de première aborde également les divisions politiques du monde à travers le prisme des frontières. En mer de Chine méridionale, Pékin pousse ses revendications territoriales en s’appuyant sur la protection des milieux marins, une stratégie qui contourne les contestations internationales. Le quotidien singapourien The Straits Times souligne que cette approche, basée sur la « ligne en neuf traits », reste un sujet de friction majeure avec les autres États riverains.
Autre zone de tension : le Somaliland, région sécessionniste de la Somalie. En décembre 2025, Israël a officiellement reconnu cet État, une décision qui a relancé les débats sur la légitimité des séparatismes en Afrique. Un choix diplomatique qui pourrait inspirer d’autres acteurs régionaux, tout en alimentant les tensions avec Mogadiscio.
Religions et conflits : l’endoctrinement comme arme de guerre
Pour les terminales, Courrier International propose des analyses sur les liens entre États et religions. James M. Dorsey, spécialiste du Moyen-Orient, explique dans The Turbulent World comment l’Iran, Israël et les États-Unis utilisent la religion comme levier idéologique dans leurs conflits. Selon lui, l’endoctrinement religieux au sein des armées pourrait radicaliser davantage les tensions, avec des conséquences imprévisibles sur les équilibres régionaux.
Aux États-Unis, l’administration Trump instrumentalise par ailleurs le 250e anniversaire de l’indépendance du pays pour promouvoir une vision chrétienne de l’histoire. USA Today souligne comment cette stratégie s’inscrit dans une volonté de réécrire l’identité nationale, en s’appuyant sur des symboles religieux pour légitimer une politique intérieure et extérieure.
Nouveaux espaces de conquête : entre ciel et glace
Le programme de terminale consacre une partie aux « nouveaux espaces de conquête ». Dans ce domaine, Bloomberg.com analyse comment SpaceX mise sur une mégafusée pour la Nasa, symbolisant la course à l’innovation spatiale. Une compétition où les États-Unis, mais aussi la Chine et l’Europe, cherchent à dominer le secteur.
Plus près du sol, l’Arctique devient un enjeu géopolitique majeur. Après les déclarations de Donald Trump en janvier 2026 sur une possible annexion du Groenland, The Financial Times dresse un état des lieux des ambitions des puissances dans cette région. Avec la fonte des glaces, les routes maritimes et les ressources naturelles attirent toujours plus d’acteurs, des États-Unis à la Russie en passant par la Chine.
Guerre et paix : l’échec de la diplomatie au Moyen-Orient
Le thème « Faire la guerre, faire la paix » est illustré par plusieurs analyses. Dans ArabNews, un éditorial dresse un constat accablant sur l’inefficacité de l’ONU dans le conflit à Gaza, appelant à des réformes radicales pour que l’institution retrouve son rôle dans la résolution des crises. Un plaidoyer qui rejoint les critiques récurrentes sur le multilatéralisme en crise.
Côté européen, The Times se penche sur les provocations russes contre plusieurs États membres de l’OTAN. Entre cyberattaques, désinformation et pressions militaires, Moscou teste les réactions de l’Alliance atlantique, posant la question des ripostes possibles pour l’Europe. Un sujet d’autant plus urgent que la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année, comme le rappelle une infographie détaillée de Courrier International.
Mémoires et environnement : les enjeux du passé et du futur
L’histoire et les mémoires sont au cœur d’autres articles. En octobre 2025, l’Assemblée nationale française adopte une résolution du Rassemblement national visant à dénoncer l’accord franco-algérien de 1968. Une décision qui ravive les tensions entre Paris et Alger, comme l’analyse le site algérien Twala. Un dossier sensible, alors que les relations bilatérales restent marquées par des non-dits et des contentieux historiques.
Plus globalement, l’environnement s’impose comme un enjeu planétaire. En septembre 2025, Xi Jinping s’engage devant l’ONU à réduire les émissions de gaz à effet de serre de la Chine de 7 à 10 % d’ici 2035. Une annonce qui contraste avec les positions climatosceptiques de Donald Trump, qui a qualifié le réchauffement climatique d’« escroquerie » lors de la même tribune.
Cette divergence se matérialise aussi lors de la COP30, organisée à Belém, au Brésil, en novembre 2025. Carbon Brief révèle le rapprochement stratégique entre la Chine et le Brésil dans le domaine climatique, une alliance qui pourrait redéfinir les équilibres internationaux en matière d’environnement. Pendant ce temps, l’administration Trump poursuit son démantèlement des régulations sur les émissions de gaz à effet de serre, au grand dam des scientifiques et des défenseurs du climat.
En attendant, Courrier International invite les lecteurs à poursuivre leur veille médiatique, soulignant que l’actualité – souvent négligée – fait la différence au moment des épreuves. Une habitude à prendre, surtout dans un paysage international aussi mouvant.
Les « grey zone activities » désignent des conflits hybrides où des États ou des acteurs non étatiques utilisent des moyens indirects (cyberattaques, désinformation, pressions économiques) pour déstabiliser leurs adversaires, sans entrer dans une guerre ouverte. Ce concept, popularisé par le journal allemand Die Zeit, illustre une nouvelle forme de conflictualité qui échappe aux cadres traditionnels du droit international.