Le secteur des vins et spiritueux français subit de plein fouet les conséquences des droits de douane imposés par l’administration Trump en 2025. Selon Le Figaro, la filière, l’un de ses premiers marchés à l’export, enregistre des pertes se chiffrant en centaines de millions d’euros, des emplois supprimés et une recomposition des circuits de distribution. Des entrepreneurs comme Grégoire Gueden, dont l’entreprise basée dans le Rhode Island générait près de dix millions de dollars de chiffre d’affaires, doivent désormais envisager des solutions radicales pour poursuivre leur activité.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, les droits de douane américains ont frappé de plein fouet les exportations de vins et spiritueux français, entraînant des pertes estimées à plusieurs centaines de millions d’euros.
- Grégoire Gueden, distributeur de rhums, cognac et liqueurs aux États-Unis, a réduit ses effectifs de quinze à douze salariés et envisage de fusionner ou de céder son activité.
- Les marques touchées incluent Clément, JM, Chairman’s Reserve, Bounty, Carton, ainsi que des spiritueux comme le cognac ou le gin.
- Le marché américain, malgré sa complexité, représentait jusqu’alors le débouché le plus convoité pour les producteurs français.
- Les professionnels du secteur, pris au dépourvu par l’ampleur des mesures, s’interrogent sur l’avenir de leur présence sur place.
Un secteur en crise après des années d’efforts
Grégoire Gueden incarne la situation critique dans laquelle se trouve une partie de la filière. Quinze ans lui ont été nécessaires pour bâtir une distribution solide aux États-Unis : une filiale implantée dans le Rhode Island, dix-sept collaborateurs, et un portefeuille diversifié incluant des rhums des Antilles, des liqueurs françaises et des spiritueux internationaux. Pourtant, depuis l’instauration des taxes Trump, son activité est en péril. Son chiffre d’affaires a chuté, ses marges se sont réduites, et il doit désormais choisir entre plusieurs options peu engageantes : fusionner avec un partenaire, confier ses marques à un importateur local (lui-même confronté aux mêmes difficultés), ou s’associer avec un acteur américain proposant des marques fabriquées localement — et donc exonérées de droits de douane.
« Je ne peux pas rester dans la position dans laquelle je suis », confie-t-il. Une phrase qui résume l’état d’esprit d’une profession mise à rude épreuve. Autant dire que le rêve américain, pour ces entrepreneurs, s’est transformé en cauchemar tarifaire.
Des pertes financières et humaines concrètes
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les estimations du secteur, les exportations de vins et spiritueux français vers les États-Unis ont reculé de plus de 40 % en valeur depuis le début de l’année 2025. Certains domaines viticoles, notamment en Bourgogne et en Champagne, ont vu leurs commandes américaines s’effondrer. Les spiritueux, eux, subissent une double peine : les droits de douane s’ajoutent à un dollar affaibli, ce qui renchérit encore leurs prix sur le marché américain.
Côté emploi, les suppressions de postes se multiplient. Les PME et les maisons familiales, souvent dépendantes de l’export, n’ont d’autre choix que de réduire leurs effectifs ou de suspendre certains projets d’investissement. Certains viticulteurs envisagent même des plans d’arrachage temporaire de vignes, comme l’a annoncé récemment l’interprofession du cognac — une décision exceptionnelle prise en réponse à la baisse de la demande et à l’augmentation des coûts.
Un marché stratégique devenu incertain
Les États-Unis constituent le premier marché d’exportation pour les vins et spiritueux français, devant la Chine et l’Allemagne. En 2024, les ventes y avaient atteint près de 1,8 milliard d’euros, selon les chiffres de FranceAgriMer. Une manne essentielle pour un secteur qui génère plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et emploie directement plus de 500 000 personnes en France. Pourtant, cette année, la donne a radicalement changé.
Les droits de douane, initialement présentés comme une mesure de rétorsion dans le cadre d’un différend commercial plus large, ont pris une ampleur imprévue. Les professionnels du secteur, qui espéraient jusqu’au dernier moment un revirement de la part de l’administration américaine, ont dû se rendre à l’évidence : ces taxes sont bien réelles et risquent de s’installer dans la durée. Résultat, certains acteurs réfléchissent désormais à des stratégies de contournement, comme le développement de partenariats avec des producteurs locaux ou la relocalisation partielle de leur production.
« Ce n’est pas à moi de payer la taxe Trump ! »
— Propos tenus par plusieurs vignerons français, selon Le Figaro
La Chine, autre front d’une guerre commerciale
Si les États-Unis concentrent l’essentiel des tensions actuelles, la Chine reste un autre point de friction pour les exportateurs français. Depuis 2023, les droits de douane chinois sur les vins français ont été augmentés à plusieurs reprises, passant de 14 % à plus de 20 % pour certains produits. Ces deux marchés clés — États-Unis et Chine — représentaient en 2024 près de 40 % des exportations totales de vins et spiritueux français. Leur fermeture progressive menace donc directement la stabilité financière de nombreux producteurs.
Face à ce double front, certains acteurs du secteur envisagent des solutions alternatives. La diversification géographique est l’une d’elles : l’Europe de l’Est, l’Afrique du Sud ou encore le Moyen-Orient pourraient offrir de nouvelles opportunités, même si ces marchés restent moins lucratifs que les États-Unis ou l’Asie.
L’histoire de la filière des vins et spiritueux français est marquée par sa capacité à rebondir après les crises. Mais cette fois, l’ampleur des défis — droits de douane, dollar faible, concurrence accrue — pourrait bien forcer une remise en question plus radicale. Pour l’heure, les acteurs du secteur restent mobilisés, mais le temps presse.
Tous les vins et spiritueux français sont concernés, mais certains produits sont plus exposés que d’autres. Les vins tranquilles (notamment les rouges de Bordeaux et de Bourgogne) et les champagnes subissent de plein fouet la baisse de la demande américaine, tandis que les spiritueux comme le cognac, le rhum ou le gin voient leurs prix augmenter de 25 % à 30 % en raison des taxes et de la faiblesse du dollar. Les liqueurs et autres alcools premium sont également très affectés.
Oui, plusieurs dispositifs sont en cours d’étude ou déjà déployés. Le gouvernement français a annoncé un fonds d’urgence de 200 millions d’euros pour soutenir les filières viticole et spiritueuse en difficulté. Par ailleurs, des aides européennes pourraient être mobilisées via le plan de résilience agricole. Enfin, certaines régions, comme la Nouvelle-Aquitaine, proposent des subventions pour aider les PME à diversifier leurs débouchés.