Selon Ouest France, les tensions croissantes dans le Golfe, consécutives à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, perturbent sévèrement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Dans un rapport conjoint, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale expriment désormais leurs craintes quant à une possible pénurie de pétrole dans les trois prochains mois.

Ce qu'il faut retenir

  • Blocage du détroit d’Ormuz : artère majeure pour le transport pétrolier mondial, actuellement menacée par les hostilités en cours.
  • Risque de pénurie : le FMI et la Banque mondiale estiment qu’une interruption prolongée pourrait entraîner une rupture d’approvisionnement dans un délai de 90 jours.
  • Impact économique mondial : l’Iran, 4e producteur de l’OPEP, détient une part significative des exportations pétrolières passant par cette voie maritime stratégique.
  • Réactions des institutions : les deux organisations internationales appellent à une désescalade urgente pour éviter une crise énergétique majeure.

Un détroit d’Ormuz paralysé par les conflits

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est devenu le théâtre d’affrontements indirects entre Téhéran et les forces américaines et israéliennes. Les attaques récurrentes contre les navires marchands, attribuées à des milices pro-iraniens ou à des contre-mesures occidentales, ont drastiquement réduit le trafic maritime dans cette zone. Selon Ouest France, plus de 40 % des navires ont modifié leurs routes depuis le début des hostilités, contournant désormais la région par le cap de Bonne-Espérance ou le détroit de Malacca.

Cette situation a des répercussions immédiates sur les prix du baril. Les marchés, déjà fragilisés par les sanctions contre Moscou, subissent une nouvelle pression. Les analystes interrogés par Ouest France évoquent une volatilité accrue, avec des pics à 100 dollars le baril pour le Brent en cas de blocage total.

Le FMI et la Banque mondiale sonnent l’alarme

Dans un document publié ce 29 mai 2026, le FMI et la Banque mondiale dressent un tableau alarmant. Les deux institutions rappellent que l’Iran exporte environ 2,5 millions de barils par jour, principalement via le détroit d’Ormuz. «

Une interruption même temporaire de cette voie maritime pourrait avoir des conséquences économiques globales, comparables à la crise pétrolière des années 1970
», a déclaré Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, lors d’une conférence de presse à Washington.

La Banque mondiale, de son côté, a souligné que les pays importateurs d’Asie, comme la Chine et l’Inde, seraient les premiers touchés. «

Les stocks stratégiques ne suffiraient à couvrir les besoins que pour quelques semaines
», a précisé Indermit Gill, économiste en chef de l’institution. Les deux organisations appellent les belligérants à « suspendre immédiatement les hostilités » pour éviter une escalade incontrôlable.

Une crise énergétique aux effets en cascade

Les répercussions d’une pénurie de pétrole ne se limiteraient pas aux marchés. Les industries pétrochimiques, les transports et l’agriculture dépendent massivement de cette énergie. En Europe, où les réserves sont déjà basses en raison de la guerre en Ukraine, une crise supplémentaire pourrait aggraver les tensions sociales. Ouest France rappelle que lors du choc pétrolier de 1973, les prix avaient quadruplé en quelques mois, provoquant des files d’attente aux stations-service et des rationnements.

Côté géopolitique, la situation pourrait aussi renforcer les alliances entre producteurs. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, membres de l’OPEP+, ont déjà annoncé une augmentation de leur production de 500 000 barils par jour pour tenter de compenser. Cependant, leur marge de manœuvre reste limitée, d’autant que leurs capacités excédentaires sont aujourd’hui marginales.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. Une réunion d’urgence de l’OPEP+ est prévue pour le 10 juin 2026 à Vienne, où les membres devraient discuter d’une possible libération de stocks stratégiques. Parallèlement, les négociations indirectes entre Washington et Téhéran, menées sous l’égide de l’ONU, pourraient aboutir à un cessez-le-feu. Reste à savoir si les parties prenantes parviendront à éviter une aggravation de la crise avant que les réserves mondiales ne s’épuisent.

En attendant, les gouvernements des pays importateurs multiplient les mesures préventives. En France, le ministre de l’Économie a convoqué une cellule de crise pour anticiper d’éventuels rationnements. Du côté des États-Unis, l’administration Biden étudie la possibilité de puiser dans la réserve stratégique de pétrole, bien que cette solution ne soit envisagée qu’en dernier recours.

Le détroit d’Ormuz est la principale voie maritime pour l’exportation de pétrole du Moyen-Orient. Environ 20 millions de barils par jour, soit près de 20 % de la production mondiale, y transitent quotidiennement. Toute interruption dans cette zone, même temporaire, aurait un impact immédiat sur les prix et la disponibilité du pétrole à l’échelle planétaire.