Les frappes de missiles et de drones iraniens sur les Émirats arabes unis (EAU), dont Dubaï, ont poussé des milliers d’expatriés fortunés à quitter le pays depuis le début du conflit, trois mois après les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran en février 2026. Selon Courrier International, qui reprend une enquête du The Economist, cette fuite des capitaux et des talents menace l’équilibre économique d’une ville qui a bâti sa réputation sur son attractivité pour les ultra-riches.
Ce qu'il faut retenir
- Entre 3 et 4 millions d’étrangers, dont plus de 240 000 millionnaires, vivaient aux Émirats arabes unis avant le conflit.
- Les demandes de renseignements pour quitter Dubaï ont augmenté de plus de 40 % ces dernières semaines, selon le cabinet Henley & Partners.
- Milan, Singapour et Malte figurent parmi les destinations privilégiées, attirant les investisseurs par des avantages fiscaux et une stabilité relative.
- Les cryptomonnaies et certains actifs pourraient rester au Moyen-Orient, malgré les risques, en raison de la proximité avec les clients.
- L’Italie et Singapour offrent des régimes fiscaux avantageux, mais avec des contraintes administratives accrues pour les étrangers.
Une métropole en sursis pour les ultra-riches
Avant le conflit, Dubaï attirait une clientèle internationale grâce à son absence d’impôts, ses infrastructures de luxe et sa tolérance envers les modes de vie occidentaux. « Les cryptomillionnaires chinois et les oligarques russes pouvaient y côtoyer banquiers occidentaux et magnats immobiliers arabes », explique Courrier International. Pourtant, depuis le 18 mai 2026, date à laquelle une frappe iranienne a endommagé la seule centrale électrique du pays, le risque d’être pris pour cible a transformé l’équation. « On assiste à une hémorragie de départs », confirme Dominik Volek, consultant chez Henley & Partners, qui souligne une hausse de 40 % des demandes d’informations sur des juridictions alternatives.
Les projets de missiles iraniens, bien que majoritairement interceptés par les systèmes de défense émiratis, ont suffi à semer l’inquiétude. Les derniers vols en partance pour l’Europe ou les États-Unis ont affiché complet, tandis que d’autres expatriés ont choisi de rejoindre Mascate, en Oman, à plusieurs heures de route. « Beaucoup espèrent revenir une fois la guerre terminée, mais les hostilités s’éternisent », note Courrier International.
Milan, Singapour et Malte en première ligne
Parmi les destinations privilégiées, l’Italie se distingue. Milan, capitale de la mode et de la finance, séduit par son réseau entrepreneurial et son régime fiscal avantageux. « On observe une augmentation des départs de Dubaï », déclare Roberto Bonomi, avocat fiscaliste chez Withers. Les demandes, autrefois centrées sur des locations temporaires, concernent désormais des installations à long terme, avec des projets d’investissement. Diletta Giorgolo, de Sotheby’s International Realty, précise que ces requêtes « visent non seulement à se protéger à court terme, mais aussi à s’installer durablement ».p>
Côté Asie, Singapour gagne du terrain, notamment auprès des Chinois et des Indiens. La cité-État, réputée pour son efficacité administrative et ses banques solides, a vu ses transferts de fonds en provenance de Dubaï augmenter. Les importations d’or des EAU vers Singapour ont même quadruplé depuis janvier 2026. « Les demandes de clients ont explosé d’un tiers en deux mois », indique Ryan Lin, avocat chez Bayfront Law. Pourtant, Singapour n’est pas un paradis sans contraintes : elle applique un impôt sur les revenus de 24 % et impose des taxes sur les ventes immobilières des étrangers.
Des alternatives limitées, mais compétitives
D’autres pays tentent de capter cette manne. La Nouvelle-Zélande, souvent citée pour sa stabilité et son éloignement des tensions géopolitiques, reste une option pour les plus aisés. Malte, avec son programme de résidence permanente par investissement lancé en 2026, et l’Argentine, qui propose désormais la citoyenneté aux investisseurs fortunés, complètent la liste. Même la Turquie a réagi en offrant une exemption d’impôts de 20 ans sur les revenus perçus hors du pays. « Une dizaine de mes clients ont déjà acquis la citoyenneté turque en achetant une propriété », confie Jean-François Harvey, fondateur du cabinet Harvey Law Group.p>
Pourtant, ces destinations comportent leurs propres limites. En Europe, les Russes sont souvent mal perçus en raison de la guerre en Ukraine, tandis que Singapour durcit sa réglementation sur les cryptomonnaies. « Certains investisseurs appréciaient Dubaï parce qu’il n’était pas regardant », admet un banquier privé cité par Courrier International.
Un exode qui pourrait s’avérer temporaire
Malgré l’ampleur des départs, certains secteurs ne semblent pas prêts à abandonner Dubaï. Les gestionnaires de patrimoine, par exemple, doivent rester proches de leurs clients fortunés, dont une partie des actifs – notamment les cryptomonnaies – reste ancrée au Moyen-Orient. « Je pense que les cryptomonnaies resteront dans la région », estime Ryan Lin. De même, les entreprises internationales, qui avaient autorisé leurs employés à travailler à distance depuis Milan ou Londres, pourraient les rappeler à Dubaï une fois la crise passée. « Les effectifs de mon entreprise devraient retourner là-bas sous peu », confie un directeur de banque sous couvert d’anonymat.p>
Cette instabilité soulève une question plus large : jusqu’où les pays occidentaux et asiatiques sont-ils prêts à assouplir leurs règles pour attirer les fortunes en quête de sécurité ? Pour l’heure, la compétition est ouverte, mais aucune destination ne reproduit parfaitement le modèle de Dubaï.
Cette fuite des capitaux interroge également sur la résilience des économies émergentes face aux chocs géopolitiques. Si Dubaï parvient à rétablir un climat de sécurité, une partie des expatriés pourrait revenir. En revanche, si le conflit s’enlise, les Émirats risquent de perdre durablement une partie de leur attractivité au profit de destinations perçues comme plus stables – quitte à accepter des compromis sur le plan fiscal ou réglementaire.
Les frappes de missiles et drones iraniens, bien que majoritairement interceptées, ont créé un climat d’insécurité. Les expatriés craignent que le système de défense émirati ne parvienne pas à protéger les infrastructures critiques, comme l’a montré l’attaque du 18 mai 2026 contre la seule centrale électrique du pays. La perspective de vivre sous la menace permanente de nouvelles frappes a conduit nombre d’entre eux à chercher des alternatives plus sûres.
Milan arrive en tête pour les Européens, grâce à son régime fiscal avantageux et son écosystème entrepreneurial. Singapour séduit les Asiatiques, notamment les Chinois et les Indiens, pour son système bancaire solide et sa stabilité juridique. Malte et l’Argentine attirent aussi des investisseurs via des programmes de résidence ou de citoyenneté par l’investissement. La Turquie, enfin, mise sur des exonérations fiscales pour séduire les fortunes en quête de nouveaux refuges.