Selon Euronews FR, le dernier rapport « Commodity Markets Outlook » de la Banque mondiale, publié mardi 28 avril 2026, révèle une hausse historique des prix de l’énergie cette année. La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, point névralgique du transport maritime mondial, provoquent un choc sans précédent sur les marchés, avec une envolée de 24 % des cours énergétiques en 2026. Cette flambée s’inscrit comme la plus forte depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, risquant d’alimenter une inflation durable et de freiner la croissance économique, notamment dans les pays en développement.
Ce qu'il faut retenir
- Une hausse de 24 % des prix de l’énergie est prévue pour 2026, la plus forte depuis 2022, selon la Banque mondiale.
- Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, voit son trafic presque à l’arrêt en raison du conflit.
- Le prix moyen du baril de Brent devrait atteindre 86 dollars en 2026, contre 69 dollars en 2025.
- L’Union européenne a déjà dépensé plus de 27 milliards d’euros supplémentaires pour ses importations d’énergie depuis le début de la guerre.
- Le FMI a revu à la baisse sa prévision de croissance mondiale à 3,1 % pour 2026, contre 3,3 % précédemment.
- Une baisse de 1 % de la production pétrolière due à un choc géopolitique entraîne une hausse des prix d’environ 11,5 %.
Un choc énergétique comparable à celui de 2022
Les analystes de la Banque mondiale soulignent que la situation actuelle rappelle les perturbations massives observées lors de l’invasion de l’Ukraine en 2022. La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, corridor maritime essentiel pour le transport du pétrole, ont déjà provoqué la plus importante perturbation de l’offre de pétrole jamais enregistrée. La production mondiale a chuté de plus de 10 millions de barils par jour depuis le début du conflit, selon le rapport. Même si certains prix se sont légèrement détendus par rapport à leurs pics initiaux, les analystes estiment que les coûts de l’énergie resteront élevés dans les mois à venir.
Cette volatilité s’inscrit dans un contexte de stagflation, où l’inflation persiste tandis que la croissance économique ralentit. Les banques centrales se retrouvent ainsi dans une position délicate pour ajuster leurs taux d’intérêt, alors que les marchés des matières premières traversent leur période la plus instable depuis quatre ans. « Les turbulences actuelles ont inversé la tendance baissière des prix observée en 2025 », précise le document.
Le Brent et le WTI dépassent les 100 dollars le baril
Au moment de la rédaction du rapport, le baril de WTI (West Texas Intermediate), référence américaine, s’échangeait à plus de 102 dollars, tandis que le Brent, étalon international, dépassait 110 dollars — un niveau inédit depuis trois semaines. La Banque mondiale table sur un prix moyen du Brent à 86 dollars en 2026, contre 69 dollars en 2025, sous réserve d’une atténuation des perturbations d’ici mai et d’un retour progressif à la normale d’ici la fin de l’année.
Les Émirats arabes unis ont annoncé mardi leur retrait de l’OPEP et de l’OPEP+, effectif à partir du 1er mai 2026. Le ministre émirati de l’Énergie a justifié cette décision par une « restructuration de la stratégie énergétique » du pays, visant à s’adapter à une demande en mutation et à augmenter progressivement sa production de pétrole. Reste à savoir si cette initiative contribuera à stabiliser les prix ou, au contraire, accentuera les tensions sur un marché déjà fragilisé.
Des répercussions mondiales sur l’inflation et la croissance
L’impact de cette crise dépasse largement le cadre des marchés pétroliers. Les prix du gaz naturel et du gaz naturel liquéfié (GNL) sont également sous pression, les pays cherchant à sécuriser des approvisionnements alternatifs. L’Union européenne, particulièrement touchée, a déjà dépensé 27 milliards d’euros supplémentaires pour ses importations de combustibles fossiles depuis le début du conflit. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) qualifie cette situation de « plus grande menace pour la sécurité énergétique de l’histoire ».
Les conséquences sur l’économie mondiale s’annoncent lourdes. Le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, l’estimant désormais à 3,1 %, contre 3,3 % précédemment. Pour la zone euro, la croissance a été revue à 1,1 %, contre 1,4 % attendu. L’inflation mondiale, déjà élevée, pourrait atteindre 4,4 % en 2026. Dans un scénario plus sévère, où la volatilité persisterait jusqu’en 2027, le FMI craint une chute de la croissance mondiale à 2 %.
Un « effet de débordement » sur les autres marchés
Le rapport de la Banque mondiale met en lumière l’impact disproportionné des chocs géopolitiques sur les marchés. Une analyse détaillée révèle que la volatilité des prix du pétrole est environ deux fois plus élevée en période de conflit qu’en temps normal. Une baisse de 1 % de la production pétrolière d’origine géopolitique entraîne en moyenne une hausse des prix d’environ 11,5 %.
Ces chocs se propagent à d’autres secteurs. Une hausse de 10 % des prix du pétrole, déclenchée par un conflit, se traduit par une augmentation de 7 % des prix du gaz naturel et de plus de 5 % des engrais, avec un décalage d’environ un an. Autant dire que, même si le conflit en Iran venait à s’apaiser rapidement, l’économie mondiale continuerait de subir des pressions inflationnistes bien au-delà de 2026.
Quelle que soit l’évolution du conflit, les économies mondiales devront composer avec une inflation persistante et un ralentissement de la croissance. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer si les prévisions de la Banque mondiale — un retour progressif à la normale d’ici fin 2026 — se confirment ou si les tensions géopolitiques prolongent cette période d’incertitude.
Le détroit d’Ormuz est le principal point de passage pour 20 % du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde. Tout blocage ou restriction de son trafic — comme celui observé depuis le début de la guerre en Iran — perturbe massivement l’approvisionnement mondial et fait mécaniquement flamber les prix. Selon la Banque mondiale, une baisse de 1 % de la production pétrolière d’origine géopolitique entraîne une hausse des prix de près de 12 %.
Les pays en développement, souvent dépendants des importations d’énergie, sont les plus vulnérables à cette flambée des prix. Une inflation élevée et une croissance ralentie pourraient freiner leur développement industriel et aggraver les inégalités. Le rapport de la Banque mondiale souligne que ces économies risquent de subir des « effets de ricochet » prolongés, notamment sur les prix des engrais et des denrées alimentaires.