Selon Euronews FR, la polémique autour de huit femmes iraniennes présentées comme condamnées à mort a pris une tournure inattendue. La semaine dernière, le président américain Donald Trump a relayé une image de ces femmes sur sa plateforme Truth Social, affirmant qu’elles risquaient l’exécution. Le lendemain, il a corrigé son propos en indiquant que quatre d’entre elles avaient été libérées et quatre autres condamnées à un mois de prison. Une affirmation immédiatement contestée par les autorités iraniennes et mise en doute par des spécialistes en vérification de faits.

Ce qu'il faut retenir

  • Donald Trump a partagé puis corrigé une information sur huit femmes iraniennes condamnées à mort le 20 et 21 avril 2026 sur Truth Social.
  • L’agence iranienne Mizan, liée au pouvoir judiciaire, a qualifié ces déclarations d’inventées, affirmant qu’aucune de ces femmes n’a été condamnée à mort.
  • Seule Bita Hemmati, présente sur l’image, a bien été condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire de Téhéran pour des faits liés aux manifestations.
  • Les ONG Iran Human Rights et Human Rights Activists in Iran confirment l’absence d’informations fiables sur sept des huit femmes.
  • En 2025, l’Iran a enregistré 1 639 exécutions, le nombre le plus élevé depuis 1989, selon un rapport d’ONG.

Une allégation relayée puis contestée par les acteurs politiques

Le 20 avril 2026, Donald Trump a publié sur Truth Social une photo de huit femmes iraniennes en précisant qu’elles avaient été condamnées à mort. Il appelait alors les dirigeants iraniens à les libérer. Moins de 24 heures plus tard, il revenait sur son affirmation en annonçant que quatre d’entre elles avaient été libérées immédiatement et que les quatre autres écopaient d’une peine de prison d’un mois. Une volte-face qui a rapidement suscité des interrogations sur la fiabilité de ces informations.

Les autorités iraniennes, via l’agence de presse Mizan, ont qualifié ces déclarations d’inventées dès le lendemain. Selon Mizan, aucune des femmes figurant sur l’image n’a été condamnée à mort. L’agence précise que plusieurs ont été libérées, tandis que d’autres font l’objet d’accusations passibles de peines de prison, mais pas de la peine capitale. Parallèlement, des comptes pro-iraniens ont diffusé la rumeur selon laquelle l’image partagée par Trump aurait été générée par l’intelligence artificielle, semant le doute sur son authenticité.

Bita Hemmati, seule femme de l’image effectivement condamnée à mort

Selon les deux ONG indépendantes Iran Human Rights (basée à Oslo) et Human Rights Activists in Iran (HRA, basée aux États-Unis), une seule des femmes présentes sur la photo a bien été condamnée à mort : Bita Hemmati. Arrêtée début janvier 2026 avec son mari, son frère et deux autres personnes, elle a été condamnée à mort par la branche 26 du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Ses chefs d’accusation sont multiples : blessure infligée à un membre du Corps des gardiens de la révolution islamique, participation à des actions opérationnelles pour le compte des États-Unis et de groupes terroristes, utilisation d’explosifs et de matériaux incendiaires lors de manifestations, ainsi que des blessures causées à des « citoyens innocents et défenseurs de la sécurité ».

L’ONG Human Rights Activists in Iran précise que ces aveux, sur lesquels s’appuie la condamnation, auraient été extorqués sous la contrainte. IranWire, un média indépendant basé au Royaume-Uni, souligne par ailleurs que cette condamnation n’est pas définitive et peut encore faire l’objet d’un appel. Cependant, les informations disponibles sur l’état actuel de son dossier et l’issue de sa procédure restent très limitées.

Des informations fragmentaires sur les sept autres femmes

Pour les sept autres femmes de l’image, les données disponibles sont encore plus incertaines. Mahboubeh Shabani a bien été arrêtée le 2 février 2026 et se trouve actuellement détenue à la prison de Vakilabad à Mashhad, selon Iran Human Rights. Toutefois, Human Rights Activists in Iran n’a pu confirmer ni la gravité des accusations portées contre elle ni le bien-fondé de sa détention. Les deux organisations s’accordent à dire qu’il n’existe aucune information crédible attestant que Ghazal Ghalandari ait été condamnée à mort ou reste détenue depuis son arrestation en janvier 2026.

Les cas de Golnaz Naraghi et Venus Hosseinnejad restent également flous : aucun élément fiable ne permet d’affirmer qu’elles soient toujours incarcérées ou condamnées à mort. Quant à Ensieh Nejati, Human Rights Activists in Iran indique qu’elle est toujours détenue, mais aucune confirmation n’a été obtenue concernant une éventuelle condamnation à mort. Diana Taher Abadi a été arrêtée et menacée de la peine capitale, mais aucune preuve ne confirme qu’elle ait été effectivement condamnée. Enfin, Panah Movahedi, disparue depuis les manifestations du 9 janvier 2026, n’a laissé aucune trace vérifiable.

Un contexte judiciaire opaque et une désinformation généralisée

La difficulté à vérifier ces informations s’explique en grande partie par l’opacité du système judiciaire iranien et les restrictions drastiques à l’accès à l’information. Depuis le début de la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, les coupures quasi totales d’internet en Iran ont encore compliqué la tâche des ONG et des observateurs indépendants. Iran Human Rights et l’association française Together Against the Death Penalty ont révélé dans un rapport conjoint que l’Iran a exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, un chiffre record depuis 1989. Ce recours massif à la peine de mort, notamment dans des affaires liées aux manifestations, a été condamné à plusieurs reprises par la communauté internationale.

En avril 2025, le Parlement européen avait adopté une résolution dénonçant une « vague d’exécutions » en Iran, citant notamment l’exécution des militants Behrouz Ehsani et Mehdi Hassani le 27 juillet 2025. Ces condamnations sont régulièrement qualifiées de violations des droits de l’homme fondamentaux par les instances européennes.

Et maintenant ?

La situation des huit femmes iraniennes reste incertaine, faute d’informations indépendantes et vérifiables. Les prochaines semaines pourraient apporter des éclaircissements, notamment si les condamnations à mort font l’objet d’appels ou si des libérations sont effectivement confirmées. Dans l’immédiat, la polémique autour de cette affaire illustre les défis posés par la désinformation dans un contexte de tensions géopolitiques accrues. Les organisations de défense des droits de l’homme appellent à une transparence accrue de la part des autorités iraniennes, sans laquelle il sera difficile de faire la lumière sur ces cas.

Une polémique révélatrice des tensions entre Téhéran et Washington

Cette affaire survient dans un climat de relations déjà très tendues entre l’Iran et les États-Unis. Les déclarations de Donald Trump, suivies de leur démenti par les autorités iraniennes, s’inscrivent dans une stratégie de communication où chaque camp cherche à instrumentaliser les récits sur les droits humains. L’utilisation de l’intelligence artificielle pour discréditer les images relayées par l’administration américaine ajoute une dimension supplémentaire à cette guerre de l’information.

Pourtant, derrière les échanges de accusations, une réalité persiste : l’Iran continue de recourir massivement à la peine de mort, y compris dans des affaires politiques. Les condamnations à mort de manifestants, comme celle de Bita Hemmati, rappellent la répression systématique des oppositions en Iran. Sans accès à des sources fiables et indépendantes, il est cependant difficile de déterminer l’ampleur exacte de cette répression ou d’évaluer les progrès éventuels dans ces dossiers.

Cette guerre de l’information s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques extrêmes. Les autorités iraniennes cherchent à minimiser l’impact des critiques internationales sur leur politique judiciaire, tandis que l’opposition en exil et certains médias occidentaux utilisent des images choc pour sensibiliser l’opinion publique. L’utilisation présumée de l’intelligence artificielle par l’un ou l’autre camp illustre cette course à l’influence, où la crédibilité des sources devient un enjeu majeur.