Kiev intensifie ses frappes en profondeur sur le territoire russe alors que Moscou subit déjà de sérieuses difficultés sur la ligne de front. Dans ce contexte, la légitimité du pouvoir de Vladimir Poutine semble érodée sous plusieurs angles, comme le rapporte France 24. Vincent Jauvert, grand reporter et ancien chef du service étranger du Nouvel Obs, auteur de Kremlin confidentiel (éditions Albin Michel), a analysé cette situation lors de son passage à l’émission Au Cœur de l’Info.
Ce qu'il faut retenir
- Les forces ukrainiennes multiplient les frappes ciblées en profondeur sur le sol russe, une première depuis le début du conflit.
- Moscou subit des revers militaires sur plusieurs segments du front, affaiblissant la position stratégique de la Russie.
- Le régime de Vladimir Poutine traverse une phase de fragilité politique et sociale sans précédent depuis son arrivée au pouvoir.
- Vincent Jauvert, spécialiste de la Russie, évoque une période critique pour le président russe dans son analyse.
Une intensification des frappes ukrainiennes en territoire ennemi
Depuis plusieurs semaines, les forces ukrainiennes ont élargi leur rayon d’action en ciblant des infrastructures logistiques et militaires situées loin des zones de combat traditionnelles. Ces frappes, autrefois limitées aux régions frontalières comme Belgorod ou Koursk, s’étendent désormais jusqu’à des villes plus éloignées, comme Voronej ou Riazan, selon les rapports des services de renseignement occidentaux. L’objectif affiché par Kiev est de perturber la chaîne d’approvisionnement russe et de saper le moral des populations civiles proches des zones stratégiques.
Les autorités russes, qui minimisent l’ampleur de ces attaques, reconnaissent toutefois des dégâts matériels significatifs dans plusieurs régions. « Ces frappes ne changent pas fondamentalement l’issue de la guerre, mais elles illustrent la capacité de l’Ukraine à frapper là où la Russie se croyait à l’abri », a souligné Vincent Jauvert. Pour autant, le bilan humain reste difficile à établir, Moscou refusant d’accorder un accès aux observateurs internationaux dans les zones touchées.
Un front russe sous pression et une économie en difficulté
Sur le plan militaire, l’armée russe peine à maintenir ses positions dans plusieurs secteurs clés du front, notamment dans la région de Donetsk. Les contre-offensives ukrainiennes ont permis de reprendre des villages stratégiques, comme cela a été le cas autour de la ville de Vuhledar début mai. Les pertes humaines et matérielles s’accumulent, tandis que les réserves de mobilisation s’épuisent. Selon les estimations de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), basé à Washington, les pertes russes depuis janvier 2026 dépasseraient les 120 000 hommes, morts ou blessés.
Côté économique, les sanctions occidentales continuent de peser sur l’industrie russe, malgré les contournements via des pays tiers. « La Russie tente de maintenir son économie à flot en développant des partenariats avec l’Iran, la Corée du Nord ou la Chine, mais ces échanges ne compensent pas les pertes subies », a rappelé Jauvert. Le rouble reste instable, et l’inflation touche désormais les produits de première nécessité, alimentant un mécontentement croissant au sein de la population.
Poutine face à une défiance croissante
Sur le plan intérieur, le pouvoir de Vladimir Poutine est fragilisé par une série de crises simultanées. Les manifestations sporadiques, bien que réprimées, se multiplient dans plusieurs grandes villes, notamment à Saint-Pétersbourg et Moscou. Les proches du régime, autrefois silencieux, commencent à exprimer des réserves, comme l’a révélé une enquête du Kommersant en avril dernier. Les élites économiques, dépendantes des contrats publics, subissent de plein fouet les conséquences des sanctions et des restrictions budgétaires imposées par le Kremlin.
« Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de la défiance. Même les cercles traditionnellement loyaux au pouvoir commencent à douter de la capacité de Poutine à sortir le pays de l’impasse », a expliqué Vincent Jauvert. Les réseaux sociaux, bien que sous haute surveillance, deviennent des espaces de contestation, où circulent des appels à des réformes ou, pour certains, à un changement de régime. « Autant dire que Poutine n’a jamais été aussi vulnérable depuis son arrivée au pouvoir en 1999 », a-t-il ajouté.
La guerre en Ukraine entre dans une phase où chaque camp cherche à marquer des points avant l’hiver. Mais une question reste en suspens : jusqu’où l’Ukraine peut-elle pousser son avantage militaire sans risquer une escalade incontrôlable ? Et dans quelle mesure Moscou, affaibli mais toujours dangereux, pourrait-il recourir à des mesures désespérées pour inverser la tendance ?
Kiev vise principalement à perturber la logistique militaire russe en ciblant les nœuds ferroviaires, les dépôts de munitions et les centres de commandement situés loin du front. L’objectif est double : affaiblir la capacité opérationnelle de l’armée russe et fragiliser le soutien de la population civile à la guerre. Selon des sources ukrainiennes citées par le Kyiv Post, ces attaques ont déjà permis de retarder plusieurs offensives russes planifiées.