Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro a profité d’une tribune exceptionnelle à Hollywood pour alerter sur les dangers de l’intelligence artificielle dans la création cinématographique. Lors du dîner de gala du British Film Institute America, organisé le 16 juin 2026 à Los Angeles, le cinéaste a livré un réquisitoire sans concession contre l’essor des outils de génération d’images par IA, qualifiant cette technologie de « stupidité naturelle » et de menace pour l’avenir du septième art. Selon Numerama, son intervention, qui a réuni des figures majeures du secteur comme Leonardo DiCaprio, Jon Favreau, Michael Mann ou encore les dirigeants de Netflix, a marqué un tournant dans le débat déjà vif autour de l’IA dans l’industrie du cinéma.
Ce qu'il faut retenir
- Un discours choc : Guillermo del Toro a comparé l’IA à une « stupidité naturelle » lors de son allocution au BFI America.
- Un appel à l’unité : Le cinéaste a exhorté les professionnels du secteur à se mobiliser pour éviter un « illettrisme visuel » généralisé.
- Des engagements concrets : Il a annoncé le don d’un tiers de ses archives personnelles au BFI National Archive et des cours sur Hitchcock.
- Un contexte industriel tendu : Son intervention s’inscrit dans une série de critiques émanant de réalisateurs renommés, comme Steven Spielberg ou Martin Scorsese.
- Une métaphore forte : Il a comparé l’industrie cinématographique à un bus « proche de la falaise », nécessitant une action collective.
Dans une salle où se pressaient les dirigeants des plus grands studios et plateformes de streaming, Guillermo del Toro a choisi de briser les codes des discours protocolaires. Plutôt que de remercier ses hôtes, il a choisi de sonner l’alarme sur ce qu’il considère comme une menace existentielle pour le cinéma. Pour lui, l’humanité est en passe de vivre un « illettrisme de l’image », où les images générées par IA, dépourvues d’âme et de sens, risquent de remplacer la création artistique authentique. Selon Numerama, cette prise de position intervient alors que les outils d’IA générative s’imposent de plus en plus dans les processus de production, soulevant des questions éthiques et créatives majeures.
Le cinéaste a rappelé avec force que le cinéma, depuis ses origines gravées sur les parois des grottes préhistoriques, a toujours été un moyen d’expression humaine, porteur de sens et de connexion entre les individus. « On nous répète à l’envi que des images peuvent être générées par des moyens artificiels », a-t-il lancé devant l’assistance. « Mais l’intelligence artificielle n’est rien d’autre qu’une forme de ‘stupidité naturelle’. L’existence d’une image n’a pas pour seul but d’être là, posée sur un écran. Sa fonction est de nous connecter les uns aux autres, de nous faire ressentir la beauté. » Une déclaration qui résume sa vision d’un art vidé de sa substance par des algorithmes incapables de ressentir ou de transmettre une intention profonde.
Pour del Toro, la généralisation des images produites par IA représente bien plus qu’un simple changement technique : elle menace la capacité du cinéma à rassembler une société déjà fragilisée par les divisions politiques et sociales. « Dépouiller le cinéma de l’expérience humaine revient à détruire sa capacité à rassembler », a-t-il souligné. Son discours s’inscrit dans une réflexion plus large sur la standardisation des contenus, où les algorithmes privilégient les images consensuelles et vidées de leur singularité au détriment de la diversité artistique.
Un « illettrisme visuel » déjà en marche ?
Selon le réalisateur, le public et l’industrie perdent peu à peu les clés de compréhension du grand écran. En consommant des images produites en masse, standardisées et dénuées de profondeur, les spectateurs oublieraient ce qu’est véritablement le cinéma : un art qui reflète la complexité de l’expérience humaine. « Nous sommes au bord du gouffre », a-t-il averti. « Nous sommes sur le point de basculer dans l’illettrisme visuel, dans l’illettrisme cinématographique. » Une formule choc qui résume son inquiétude face à une industrie en train de sacrifier la qualité artistique sur l’autel de la rentabilité et de l’efficacité technologique.
Pour illustrer l’urgence de la situation, del Toro a utilisé une métaphore frappante. « En ce moment même, le bus de l’industrie cinématographique est tellement proche de la falaise que nous devons tous nous pencher du même côté pour l’empêcher de basculer », a-t-il déclaré. Cette image, reprise par de nombreux médias, a marqué les esprits en montrant à quel point le cinéaste considère la situation comme critique. Son discours s’ajoute à ceux d’autres réalisateurs emblématiques, comme Steven Spielberg ou Martin Scorsese, qui ont également exprimé leurs réserves, voire leur opposition, face à l’intégration massive de l’IA dans la création cinématographique.
Des actions concrètes pour préserver l’héritage du cinéma
Face à ce constat alarmant, Guillermo del Toro n’a pas seulement dénoncé les risques : il a aussi annoncé des mesures pour préserver l’héritage du cinéma. Lors de son intervention, il a révélé son intention de donner un tiers de ses archives personnelles et de ses écrits au BFI National Archive. Une initiative qui vise à protéger des documents historiques liés à son parcours et à ses œuvres, et à les rendre accessibles aux futures générations de cinéastes et de chercheurs. Selon Numerama, ce don s’inscrit dans une démarche plus large de transmission, reflétant sa volonté de « rendre au cinéma ce qu’il lui a donné ».
En parallèle, le réalisateur a annoncé qu’il donnerait des cours magistraux consacrés aux œuvres de jeunesse d’Alfred Hitchcock. Une façon pour lui de mettre en lumière l’importance de la formation et de l’étude des grands maîtres du cinéma, alors que les outils numériques risquent de marginaliser l’enseignement traditionnel de l’art cinématographique. Ces engagements concrets montrent que del Toro ne se contente pas de critiquer : il agit pour protéger et promouvoir un cinéma ancré dans la tradition humaine, loin des algorithmes froids et impersonnels.
Quoi qu’il en soit, le discours de del Toro a le mérite de poser les bonnes questions : jusqu’où peut-on aller dans l’automatisation de la création sans perdre ce qui fait la singularité du cinéma ? Et comment concilier innovation technologique et préservation de l’âme artistique ? Autant de défis qui devraient animer les débats dans les mois à venir, alors que l’industrie tente de naviguer entre progrès technique et préservation de son identité.
Plusieurs cinéastes renommés ont récemment exprimé leurs réserves face à l’essor de l’IA dans la création cinématographique. Steven Spielberg et Martin Scorsese font partie des personnalités les plus en vue à avoir alerté sur les risques de cette technologie. Spielberg, notamment, a souligné lors de conférences en 2025 et 2026 que l’IA pourrait « déshumaniser » le cinéma, tandis que Scorsese a évoqué la nécessité de protéger la création artistique contre les dérives de l’automatisation.