Plus d’un demi-siècle après la partition de l’île de Chypre, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’est rendu en visite officielle à Nicosie les 28 et 29 juillet 2026. Son objectif : tenter de relancer un processus de négociation pour une éventuelle réunification, ou du moins, comme le titrait Politis, « donner de l’oxygène au processus », selon Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- António Guterres s’est rendu à Nicosie les 28 et 29 juillet 2026 pour relancer les négociations sur la réunification de Chypre.
- L’île est divisée depuis 1974 après un coup d’État soutenu par la junte grecque et l’invasion turque du nord.
- La partie nord est autoproclamée « République turque de Chypre du Nord » (RTCN), reconnue uniquement par Ankara.
- L’élection de Tufan Erhürman à la présidence de la RTCN en octobre 2025 avait suscité de nouveaux espoirs.
- Guterres n’a pas annoncé d’ouverture immédiate de négociations, mais cherchait à évaluer les conditions politiques.
Comme le rapporte Courrier International, il était clair dès le départ que la visite du secrétaire général de l’ONU à Chypre ne visait pas à annoncer l’ouverture de nouvelles négociations. Son rôle consistait plutôt à déterminer si les conditions politiques étaient enfin réunies pour que le processus de règlement du conflit chypriote puisse reprendre son élan. « Il s’agissait de donner de l’oxygène au processus », a souligné le quotidien chypriote Politis.
Le contexte historique reste lourd. Le 15 juillet 1974, une tentative de coup d’État soutenue par la junte militaire grecque, visant à rattacher l’île à la Grèce, a déclenché l’invasion de la partie nord par l’armée turque. Depuis, Ankara occupe toujours un tiers du territoire, correspondant aujourd’hui à la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Ce territoire, reconnu uniquement par la Turquie, vit sous perfusion économique et politique d’Ankara, tout en bénéficiant d’une autonomie relative.
La situation a connu un tournant en octobre 2025 avec l’élection de Tufan Erhürman à la présidence de la RTCN. Son arrivée au pouvoir avait alors suscité des espoirs de renouveau dans les discussions, même si les divergences persistantes entre les deux communautés — grecque et turque — rendent toute avancée complexe. Bref, autant dire que la route vers une solution durable reste semée d’embûches.
Lors de sa visite, António Guterres a rencontré les principaux acteurs politiques des deux côtés de la ligne verte, cette zone tampon qui sépare depuis 1974 la partie grecque de l’île de sa partie nord. Selon Courrier International, son objectif était de sonder la volonté réelle des parties à s’engager dans des négociations sérieuses, sans pour autant créer de fausses attentes. « L’objectif n’était pas d’annoncer des avancées immédiates, mais d’évaluer si le moment était propice pour relancer un dialogue constructif », a précisé une source diplomatique sous couvert d’anonymat.
Le départ imminent de Guterres lance désormais un compte à rebours pour les observateurs. Si aucun calendrier précis n’a été évoqué, la pression internationale — notamment européenne, Chypre étant membre de l’Union européenne — pourrait inciter les parties à faire preuve de flexibilité. D’autant que la question chypriote pèse sur les relations entre l’UE et la Turquie, un partenaire clé malgré des tensions récurrentes.
Pour l’instant, les positions restent figées sur certains points clés. La partie grecque de l’île, dirigée par Nikos Christodoulides, insiste sur le retour à une Chypre unie au sein de la République de Chypre, tandis que la RTCN, bien que dépendante de la Turquie, cherche à préserver une forme d’autonomie dans un éventuel État fédéral. Les discussions sur la sécurité, la propriété des terres et la répartition des pouvoirs ont toujours constitué des pierres d’achoppement majeures.
Côté européen, la question chypriote reste un sujet de préoccupation, d’autant que l’élargissement de l’UE vers les Balkans et les tensions géopolitiques en Méditerranée orientale accentuent l’importance stratégique de l’île. La France, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE au second semestre 2026, a déjà indiqué qu’elle suivrait de près les développements. Pour Ankara, une solution négociée pourrait aussi représenter une opportunité de normaliser ses relations avec Bruxelles, un objectif poursuivi depuis des années.
En attendant, la population chypriote, divisée entre les deux communautés, continue de vivre avec les conséquences d’un conflit qui dure depuis plus de cinq décennies. Les cicatrices historiques, les déplacements de population et les tensions communautaires persistent, malgré les efforts internationaux. La visite de Guterres, aussi symbolique soit-elle, rappelle que la paix à Chypre passe avant tout par une volonté politique durable des deux côtés.
L’Union européenne soutient une solution basée sur une Chypre unie au sein de la République de Chypre, conformément aux résolutions de l’ONU. Elle considère que la partition de l’île est une violation du droit international et appelle à la reprise des négociations sous l’égide de l’ONU, comme le rappelle régulièrement le Conseil européen.