Le réalisateur et ethnologue d’origine iranienne Hamid Sardar, figure de l’exploration contemporaine, consacre son travail à documenter les modes de vie nomades des steppes mongoles et des hauts plateaux tibétains. Dans le cadre de la série « Le Monde d’Élodie » diffusée cette semaine sur Franceinfo – Culture, il revient sur son parcours, marqué par une attirance précoce pour ces territoires et une quête de sens à travers l’image et l’écriture. Ses films, comme son dernier opus Tumur, le bandit des steppes, ne se contentent pas de montrer des paysages grandioses : ils captent des cultures en voie de disparition, où l’équilibre entre l’homme et la nature reste fragile.
Ce qu'il faut retenir
- Hamid Sardar est un réalisateur et ethnologue iranien, spécialisé dans la documentation des cultures nomades d’Asie centrale.
- Son dernier film, Tumur, le bandit des steppes, plonge le spectateur dans le quotidien des cavaliers mongols et des chasseurs à l’aigle.
- Il évoque une « lassitude » face aux environnements urbains et une nécessité vitale de vastes horizons pour créer.
- Ses travaux mettent en lumière des modes de vie menacés par le changement climatique et l’exode rural vers les villes.
- Sardar insiste sur la transmission des récits et légendes des peuples autochtones, reflets d’une relation perdue avec la nature.
Un parcours guidé par l’attrait des grands espaces
Hamid Sardar ne cache pas son attachement viscéral pour les steppes d’Asie centrale, un sentiment qu’il qualifie d’« instinctif et intuitif ». Dès son enfance en Iran, il était fasciné par ces paysages, notamment lors des étés passés au bord de la mer Caspienne, où la nature sauvage – ours, panthères, sangliers – a façonné sa vision du monde. « Je ne peux pas l’expliquer, c’est quelque chose de très profond », confie-t-il à Franceinfo – Culture. Son exil après la révolution iranienne en 1979 a accentué ce besoin de parcourir des terres où le temps semble suspendu, loin des contraintes des sociétés modernes.
Ce n’est qu’après des études et des recherches ethnographiques qu’il a basculé vers le cinéma, un médium permettant de « raconter une histoire » tout en préservant l’âme des peuples qu’il rencontre. Ses films et photographies ne sont pas de simples témoignages : ils restituent une mémoire vivante, celle de communautés où la survie dépend encore des rythmes saisonniers et de la relation aux animaux. « Mes récits essayent de réveiller quelque chose qui est refoulé, qu’on a oublié », précise-t-il. Une mission qui prend d’autant plus d’importance à l’heure où ces modes de vie disparaissent.
Entre appel et fuite : l’équation personnelle d’un explorateur
Pour Sardar, voyager n’est ni une escapade ni un simple divertissement, mais une nécessité existentielle. « J’ai un sentiment de lassitude et une frustration comme un nuage qui descend », explique-t-il. Sans ces vastes horizons, il se sent incapable de créer ou même d’exister pleinement. Cette quête le pousse à arpenter des régions reculées, où les paysages offrent une « récompense » : la possibilité de se reconnecter à une nature qu’il juge essentielle à son équilibre. « C’est un moyen de donner à ces peuples, à ces paysages, ce qu’ils m’ont offert. »
Pourtant, ce choix de vie s’accompagne d’un paradoxe douloureux : celui de quitter un pays aimé tout en observant la souffrance de ses habitants. « Il faut assumer cela avec amour et compassion », souligne-t-il. Son approche rejette la colère ou le rejet, privilégiant une forme de résilience face aux tragédies humaines. « Cette lumière jaillit seulement quand il y a un peu de compréhension, même avec vos adversaires », ajoute-t-il, rappelant que l’histoire est faite de cycles où la compréhension finit par émerger.
Un miroir tendu vers notre propre rapport au monde
Les œuvres de Sardar ne documentent pas seulement des cultures menacées ; elles interrogent notre relation à la nature et au temps. Dans Tumur, le bandit des steppes, il montre un monde où le sablier semble s’écouler au ralenti, une illusion fragile face à l’accélération globale. « C’est une réalité, mais une réalité fragile », admet-il. Le changement climatique, l’exode des nomades vers les villes, et la disparition des savoir-faire ancestraux accélèrent cette transformation.
Pourtant, il reste des poches de résistance, des lieux où la mémoire des ancêtres persiste. « Je veux documenter ces gens avant qu’ils ne disparaissent ou ne changent trop », explique-t-il. Ses films deviennent ainsi des archives vivantes, mais aussi des appels à se réapproprier une relation perdue avec l’environnement. « On a oublié ce que ces peuples savent encore : comment coexister avec la nature, comment écouter les récits des animaux totems. » Une leçon que Sardar espère faire résonner bien au-delà des steppes mongoles.
Une vie entre deux rives
L’itinéraire de Sardar illustre une tension permanente entre deux mondes : celui de l’Iran de son enfance, marqué par la révolution et l’exil, et celui des steppes mongoles, où il a trouvé une forme de paix. « C’était un voyage qui a commencé dans mon enfance, qui a été interrompu par la révolution, et que j’ai poursuivi à travers mes études, mes recherches, et mes films », confie-t-il. Cette dualité nourrit son œuvre, où se mêlent nostalgie, exploration et urgence de préserver ce qui peut encore l’être.
Son message, à travers ses films et ses prises de parole, est clair : ces cultures ne sont pas des reliques du passé, mais des sources d’inspiration pour repenser notre rapport au monde. « Je ne fais pas des films pour dire qu’il faut sauver ces gens », précise-t-il. « Je veux simplement montrer ce que nous avons perdu, et ce qu’ils peuvent nous apprendre. » Une invitation à ralentir, à écouter, et à regarder au-delà de l’horizon.
Les nomades mongols font face à deux menaces majeures : le changement climatique, qui réduit les pâturages et menace les troupeaux, et l’exode rural vers les villes, attirées par les promesses de modernité et de revenus stables. Selon les données relayées par Franceinfo – Culture, près de 30 % des familles nomades auraient quitté les steppes pour Oulan-Bator ces dix dernières années, un phénomène qui accélère la disparition de traditions ancestrales.
Le réalisateur s’appuie sur un mélange de subventions culturelles, de coproductions avec des chaînes comme Arte ou France Télévisions, et parfois de financements privés. Ses films sont également soutenus par des festivals internationaux, où ses œuvres sont primées. Pour son dernier projet, il a bénéficié d’une bourse du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), comme le rapporte Franceinfo – Culture.