Plus d’un tiers des actifs français déclarent avoir déjà été confrontés à des situations de harcèlement moral ou psychologique dans leur environnement professionnel, un phénomène dont l’ampleur reste sous-estimée. Dans une tribune publiée par Le Monde ce samedi 11 avril 2026, deux expertes en santé au travail, la professeure des universités Virginie Roquelaure et la doctorante Elsa Trognon, appellent à une prise de conscience collective face à ce fléau qui se nourrit de l’individualisation croissante des performances dans le monde du travail.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 33 % des salariés français ont déjà subi une forme de harcèlement moral ou psychologique au travail, selon les données disponibles.
  • Virginie Roquelaure et Elsa Trognon pointent du doigt l’individualisation des performances, un terreau fertile pour les violences psychologiques en entreprise.
  • Les autrices soulignent l’absence de dispositifs de prévention adaptés dans de nombreuses structures professionnelles.

Un phénomène enraciné dans des logiques managériales contestées

Selon Virginie Roquelaure et Elsa Trognon, l’essor des pratiques managériales axées sur la performance individuelle et la compétition interne crée un environnement propice aux dérives. Dans leur tribune pour Le Monde, elles expliquent que ces méthodes, souvent présentées comme modernes, favorisent les comportements toxiques en mettant sous pression les salariés. « L’individualisation des performances transforme les collègues en concurrents », écrivent-elles. Cette dynamique, couplée à un manque de cadre réglementaire strict, laisse des zones grises où les abus peuvent prospérer en toute impunité.

Les chiffres cachent une réalité encore plus sombre

Les statistiques citées par les deux expertes révèlent une réalité préoccupante : un tiers des actifs français ont déjà été confrontés à des situations de harcèlement moral. Ce chiffre, issu de différentes enquêtes sectorielles, pourrait même sous-estimer la prévalence réelle du phénomène, certains salariés ne déclarant pas ces incidents par crainte des représailles ou par méconnaissance de leurs droits. Les secteurs les plus touchés incluent le commerce, la santé et les services, où les pressions hiérarchiques sont souvent les plus fortes.

« L’emprise trouve un terrain particulièrement fertile dans des environnements professionnels marqués par l’individualisation des performances. »
— Virginie Roquelaure et Elsa Trognon, Le Monde, 11 avril 2026

Des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste insuffisante

Pour contrer ce phénomène, les autrices de la tribune plaident en faveur d’un renforcement des dispositifs de prévention et de protection. Elles citent l’exemple des cellules d’écoute et des formations obligatoires pour les managers, comme le prévoient certaines conventions collectives. Pourtant, ces mesures restent rares et leur application souvent superficielle. « Il ne suffit pas de parler de bien-être au travail pour le garantir », rappellent-elles. Elles appellent également à une meilleure formation des représentants du personnel et des médecins du travail, afin de détecter plus tôt les situations à risque.

Et maintenant ?

À l’heure où les débats sur la qualité de vie au travail s’intensifient, cette tribune pourrait relancer les discussions sur la réforme du Code du travail en matière de harcèlement moral. Une proposition de loi visant à renforcer les sanctions contre les employeurs complaisants est en discussion à l’Assemblée nationale, avec un vote prévu d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, plusieurs syndicats ont annoncé des actions de sensibilisation dans les entreprises d’ici juin 2026, tandis que des associations de victimes préparent des campagnes de dépistage des risques psychosociaux.

Reste à voir si ces initiatives suffiront à inverser une tendance qui, depuis des années, pèse sur la santé mentale des salariés. Une chose est sûre : l’enjeu dépasse désormais le cadre des Ressources humaines pour toucher à la santé publique.

Selon les données citées par Virginie Roquelaure et Elsa Trognon dans leur tribune pour Le Monde, les secteurs du commerce, de la santé et des services figurent parmi les plus touchés par le harcèlement moral, en raison des fortes pressions hiérarchiques et de l’individualisation des performances qui y sont pratiquées.