Selon Le Monde, les plateformes numériques sont devenues des champs de bataille pour les femmes qui osent afficher leur passion pour le football. Que ce soit des influenceuses établies ou de simples anonymes, toutes subissent des attaques ciblées remettant en cause leur légitimité à s’exprimer sur ce sujet.

Ce qu'il faut retenir

  • Des milliers de femmes, actives sur les réseaux sociaux, partagent leur passion pour le football malgré les risques encourus.
  • Elles sont régulièrement la cible de messages haineux, de moqueries et de tentatives de délégitimation.
  • Les insultes comme « Sale footix, ta place c’est à la cuisine » illustrent la misogynie ordinaire de ces attaques.

Des profils variés, une cible commune

Journalistes sportives, créatrices de contenu ou simples spectatrices engagées, ces femmes ont en commun une passion pour le ballon rond. Pourtant, sur Twitter, Instagram ou TikTok, leurs publications sont systématiquement noyées sous les commentaires sexistes. Le Monde rapporte que les insultes ne visent pas seulement leur opinion footballistique, mais leur identité même de femme.

Parmi elles, certaines ont acquis une visibilité notable grâce à leur expertise. C’est le cas de Marie Lopez, chroniqueuse sportive connue sous le pseudonyme @FootBalleuse, qui cumule plus de 200 000 abonnés. Malgré son audience, elle décrit un quotidien où chaque tweet sur le football s’accompagne de réactions agressives. «

On me renvoie systématiquement à mon genre avant même d’envisager mon avis, a-t-elle expliqué à nos confrères. C’est comme si mon statut de femme invalidait toute capacité à comprendre le jeu.
»

Un phénomène amplifié par l’anonymat des réseaux

Les plateformes en ligne offrent une liberté d’expression sans précédent, mais aussi une impunité quasi totale. Selon une étude citée par Le Monde, près de 60 % des femmes actives sur les réseaux sportifs déclarent avoir subi au moins une fois une remarque sexiste ou une insulte liée à leur genre. Les modérations, souvent automatisées, peinent à endiguer ce flot de haine.

Les cas les plus extrêmes basculent parfois dans le harcèlement organisé. Des groupes de trolls coordonnent leurs attaques pour submerger leurs victimes de messages. En 2025, une enquête de l’Observatoire des réseaux sociaux avait révélé que 42 % des comptes féminins liés au sport avaient été signalés pour harcèlement, contre 18 % pour leurs homologues masculins.

Le football, un bastion masculin toujours difficile à conquérir

Le monde du football reste l’un des derniers refuges d’une culture machiste où la légitimité des femmes est sans cesse questionnée. Que ce soit en tant que joueuses, dirigeantes, journalistes ou simples supporters, elles doivent constamment prouver leur place. Le Monde souligne que cette hostilité s’exprime avec une violence particulière sur les réseaux, où l’anonymat décuple les excès.

Les insultes ne se limitent pas aux performances sportives. Elles visent aussi l’apparence physique, la vie privée ou les compétences intellectuelles des femmes concernées. Une autre influenceuse, @StadiaGirl, a raconté à nos confrères comment ses analyses tactiques étaient systématiquement réduites à des « caprices de midinette ». — Autant dire que la passion pour le football est rarement le seul critère en jeu.

Et maintenant ?

Face à l’ampleur du phénomène, plusieurs pistes sont évoquées pour tenter d’y remédier. Les associations féministes réclament un durcissement des sanctions contre les comptes harceleurs, tandis que certaines plateformes testent de nouveaux algorithmes de modération. Une proposition de loi contre le cyberharcèlement, prévue pour être examinée à l’Assemblée nationale en octobre 2026, pourrait introduire des mesures plus strictes. Reste à voir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance.

En attendant, les femmes qui persistent à partager leur amour du football doivent souvent choisir entre leur passion et leur tranquillité. Pour beaucoup, le calcul est vite fait : poster un avis sur une rencontre ou un joueur devient un acte militant, presque une résistance.

Les victimes peuvent signaler les contenus haineux directement sur les plateformes, porter plainte pour harcèlement ou diffamation, et se tourner vers des associations comme Les Glorieuses ou le Collectif Féministes Contre le Cyberharcèlement, qui accompagnent les démarches juridiques.